‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 97 sur 175 · Autorisation renouvelée en · texte numérisé non relu

Autorisation renouvelée en

2. L'intendant du Herry écrivait sous Louis XIV : « Dt's qu'un marchand a amassé un peu de bien, il ne songe plus qu'à estre échevin et puis il ne veut plus se mêler d'aucun commerce. » ^

3. Quelle usure et quelle voleric n'y a-t-il pan dans les boutiques? écrit Tabbé

rillusion de certains publicistes qui sont d'autant plus facilement portés à se faire un idéal du temps passé qu'ils ont moins de moyens de connaître les détails intimes de la vie de comptoir *.

Le nombre et la condition sociale des marchands. — Quelle était dans la population française l'importance relative du nombre des marchands ? Nous l'ig-norons ; il n'y avait pas alors de dénombrement et les chiflres approximatifs qu'ont donnés les intendants dans leurs mémoires de 1698-1700 ne distinguent guère les professions. Cependant un des mémoires les plus détaillés, celui de Baville en Languedoc, en fournit une statistique qu'il n est pas sans intérêt de reproduire pour prendre quelque idée de proportion à ce sujet: 4.489 gentilshommes, 10.800 bourgeois, 6.833 marchands, 76.700 artisans, 91.148 laboureurs, 32.805 mendiants. Ce dernier chiffre paraît monstrueux.

De tout temps il y a eu en France de gros marchands opulents et

Marolles dans ses Mémoires. La Bruyère juge de même les boutiquiers : « L'on ouvre et. l'on étale tous les matins pour tromper son monde et l'on ferme le soir après avoir trompé tout le jour », et il dénonce le faux jour des boutiques sombres, le mauvais ouvrage des étoffes, l'art de faire valoir la marchandise.il est vrai que La Bruyère regardait les marchands de l'air dédaigneu.x d'un hôte de Versailles.

1. Sans insister sur ce point, nous transcrivons ici en note le passage d'une lettre du xvii» siècle que M. Masson a citée dans son Histoire des établissements et du commerce français dans l'Afrique barbaresque .

« Lorsque quelques fils de familles tombent dans le déplorable état de captivité, ils écrivent promptement chez eux... Leurs parents ne manquent pas aussitôt de donner ordre à des marchands qui ont des correspondants ou des associés sur les lieux où ils sont... Ces marchands, après avoir reçu l'argent, l'emploient en marchandises et les envoient en Barbarie à leurs facteurs qui résident à Salé, à Alger, ou dans les autres villes maritimes où sont les captifs. Ces facteurs, qui sont la plupart des misérables ou des banqueroutiers, vendent ces marchandises et en emploient le prix en d'autres qu'ils envoient en Espagne et en Portugal. Pendant qu'ils font ce beau négoce, ils récrivent en France à leurs associés qu'ils travaillent puissamment au rachat des captifs, mais qu'il faut se donner un peu de patience et ne pas précipiter les choses, de crainte que leurs patrons ne demandent de plus grandes sommes. Les marchands français qui demeurent actuellement à Marseille, à La Rochelje, à Bordeaux et à Bayonne, qui sont de concert avec leurs facteurs et avec lesquels ils partagent le gain, font voir les lettres qu'ils en reçoivent aux parents des captifs... Les pauvres esclaves.. . se désespèrent assez souvent et se font renégats. . .

« Voilà le trafic ordinaire de la plupart des marchands qui font aujourd'hui commerce dans la Barbarie ; et comme ils s'accordent tous entre eux et qu'ils s'avertissent les uns les autres... afin de séquestrer les lettres qui pourraient découvrir leurs friponneries, je les ai bien voulu déclarer en ce lieu, afin d'en enseigner le remède. J'en ai connu plusieurs qui ont fait la môme chose du temps que j'y étais et, entre autres, le consul qui est encore à Salé ne s'est enrichi que par ce moyen et par celui du butin ; ayant même tenu plus de deux ans les rançons de Claude Loyer de la Garde, mon cousin, et du sieur Paul le Vasseur de Pontoise, sans le déclarer, quoique le R. P. Lartigues, religieux delà Merci, supérieur du couvent de Marseille, qui les avait envoyées, l'eût dit à d'autres captifs qui avaient été mis en liberté, lesquels le leur firent savoir en leur écrivant par la voie de Tanger et de Ceuta. »

une foule de petits boutiquiers qui végétaient. M. Babeau a décrit l'état d'une famille de riches marchands de Troyes qui se sont succédé pendant deux siècles dans le même commerce et que Louis XV anoblit en 1773. « Nous mettons au nombre de nos devoirs, dit le mandement, de tendre nos soins à tout ce qui peut faire fleurir le commerce et à faire connaître ceux de nos sujets qui y contribuent avec le plus de succès afin que les grâces dont nous les jugeons dignes soient pour d'autres un sujet d'émulation... ; à ces causes nous avons anobli ledit sieur Gouault et du titre et qualité d'escuyer nous l'avons décoré et nous plaît qu'il soit tenu censé et réputé noble tant en jugement que dehors, ensemble ses enfants nés ou à naître. »

On pourrait citer des familles du même genre dans d'autres villes, indépendamment de Paris ; par exemple à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Nantes, à Rouen, à Lille.

Il y avait d'ailleurs un progrès général dans l'aisance et dans les mœurs ; Voltaire le constate dans le Siècle de Louis XIV. « Le moyen ordre, écrit-il, s'est enrichi par l'industrie. Les gains du commerce ont augmenté. 11 s'est trouvé moins d'opulence chez les grands et plus dans le moyen ordre et cela a mis moins de distance entre les hommes... » On s'aperçoit aujourd'hui jusque dans le fond des boutiques que la politesse a gagné toutes les conditions. » Voltaire visait particulièrement Paris où il y avait d'ailleurs des marchands de toute condition et de toute fortune. Il y avait aussi, comme nous venons de le dire, de très gros marchands dans certaines villes de province, surtout dans les ports ; mais on y menait en général une vie plus simple qu'à Paris.

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