Décret du 18 août
5. Le déficit pouvait être estimé à une quinzaine de millions d'hectolitres. L'importation des céréales et de leurs farines au commerce spécial, qui avait été de 232.000 quintaux en 1852, monta à 3.667.000 en 1853 et à 4.428.000 en 1854, soit en deux ans une dizaine de millions d'hectolitres.
6. En 1859 le gouvernement soumit au Conseil d'Etat un projet de loi qui abrogeait définitivement l'échelle mobile. Mais il le retira à la suite de réclamations des agriculteurs qui arguaient de la baisse du prix du blé. L'échelle mobile fut même remise en vigueur le 12 mai 1859.
7. Les droits sur les bœufs et sur les taureaux furent réduits de 502 francs à 3 francs. L'importation au commerce spécial avait été de 225.000 tètes en 1852 ; elle fut de 363.000 en 1853 et de 538.000 en 1854.
Dans les deux camps opposés on s'émut. Jean Dollfus, grand manufacturier de Mulhouse, entreprit une campagne contre la prohibition des fils de coton qui gênaient le développement de l'industrie mulhousienne. Le débat, engagé d'abord à la Société industrielle de Mulhouse, fut porté ensuite au Conseil supérieur de commerce, puis dans le cabinet de l'empereur, devant lequel Dollfus attaqua et Feray d'Essonne et Seillière défendirent le système protectionniste. A la suite de ce débat, le tarif des cotons subit une légère modification par le décret du 28 septembre 1853. C'était une brèche dans la muraille douanière qui s'ajoutait à une autre brèche faite un mois auparavant (décret du 22 novembre 1853) par un remaniement des zones d'entrée de la houille et par un abaissement de moitié environ des droits sur les fers \ Deux ans après fut édictée une nouvelle réduction sur les fers, et comme conséquence, un abaissement du droit sur le fer-blanc, le fil de fer, la vieille ferraille et les machines 2. L'année suivante fut marquée en oulre par le retranchement de plus de deux cents articles sans importance, tels que les yeux d'écrevisse et le gui de chêne, qui allongeaient le tarif sans profit pour le Trésor ou pour une industrie quelconque3, et par une diminution importante du droit sur les laines et sur les peaux brutes '\
D'autres réductions portèrent sur les spiritueux, les résines, les matériaux de construction navale. La prohibition des bâtiments construits à l'étranger, qui datait de 1793, fut remplacée par un droit d'entrée de 10 p. 100. La tendance du gouvernement à favoriser le développement industriel par le bon marché des matériaux se dessinait donc.
Pour rendre ces réformes définitives, il fallait la sanction du Corps législatif. Le gouvernement impérial la lui demanda en bloc 5 par un projet de loi présenté à la session de 1856. Le Corps législatif manifesta son sentiment intime en choisissant pour rapporteur un protectionniste déclaré, Randoing ; mais il était alors trop docile pour aller plus loin en séance publique.
Les produits étrangers à l'exposition universelle dé 1855 et le projet de loi pour la suppression des prohibitions. — L'exposition universelle de Paris venait d'avoir lieu ; l'industrie française y avait brillé au premier rang parmi les nations. Pour épargner aux exposants étrangers la coûteuse nécessité de remporter leurs produits et sans doute aussi
1. Décret du 22 novembre 1853. La diminution sur l'acier fondu était même beaucoup plus forte : de 132 francs à 33 francs.