Décrets du 17 janvier et du 10 décembre
5. Toutefois le gouvernement, pour ne pas engager à la fois le débat avec l'agriculture et l'industrie, ne comprit pas dans son projet les mesures relatives aux céréales, aux bestiaux, aux spiritueux.
pour tenter une expérience, le prince Napoléon, président de la commission, fit décider, avant même l'ouverture de l'exposition, que tous les objets exposés, qu'ils fussent prohibés ou non, pourraient être vendus en France en payant un droit de 22 p. 100 \ Or, sur un total de 22 millions de richesses étrangères qui avaient été pendant plusieurs mois étalées sous les yeux de milliers de visiteurs,2 millions 1/2 seulement trouvèrent des acheteurs français \ L'industrie française n'était donc pas exposée à être submergée par la concurrence du dehors autant que le proclamaient les parties intéressées.
« L'observation qui m'a frappé tout d'abord, disait le prince dans son rapport, c'est que de ces grands concours jaillit une fois de plus la preuve que les sociétés modernes marchent vers la liberté. »
La loi de douane venait d'être votée lorsque, le 9 juin 1856, au lendemain du Congrès de Paris qui terminait triomphalement la guerre de Crimée, le gouvernement saisit le Corps législatif d'un projet beaucoup plus général, élaboré en Conseil d'Etat et ayant pour objet le retrait de toutes les prohibitions. « Le gouvernement, disait l'exposé des motifs, a pensé que celte mesure devait être, en quelque sorte, la consécration de nos triomphes industriels. Il a pensé qu'aucune date ne saurait être mieux choisie, pour effacer la trace économique des luttes de vos pères et des nôtres, que le lendemain d'événements qui onl rendu à la France, dans l'équilibre de l'Europe coalisée de nouveau mais cette fois autour de nous, la place qui lui appartient. »
L'émotion fut vive dans le monde des grands manufacturiers et des agriculteurs. Pour la première fois peut-être, le gouvernement sentit une résistance qui l'étonna d'autant plus qu'elle était plus rare et qu'elle travailla à prendre son point d'appui hors de l'Assemblée, dans une agitation des villes manufacturières. Le Comité central de l'industrie, en effet, sonna l'alarme, recommandant aux comités locaux d'observer une sévère discipline, « d'empêcher des adversaires ou des amis douteux de pénétrer dans les chambres de commerce et dans les chambres consultatives des arts et manufactures ». La Normandie et le Nord protestèrent, comme d'ordinaire, et comme d'ordinaire aussi, l'intérêt du monopole chercha à se dissimuler derrière sa sollicitude pour les salariés : Roubaix déclara que lever les prohibitions, c'était réduire ses ouvriers « à la misère et à la mendicité » ; Tourcoing usa d'un argument sentimental : « Que le lendemain du baptême du prince impérial ne soit pas le premier jour d'une ère de calamités ! »
Pour calmer l'émotion, le gouvernement modifia quelques détails de son projet, sans obtenir que le Corps législatif le mit en discussion pendant sa session. Il se décida alors à le retirer, en annonçant qu'une