‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 112 sur 266 · Séance du 18 mai · texte numérisé non relu

Séance du 18 mai

tues du libre-échange et de la production se réduisent à ces mots si simples : Par des droits modérés et justement calculés, assurer la préférence au produit national. » Thiers, énumérant les progrès accomplis par l'industrie, en attribuait le mérite au système protecteur qui avait été, disait-il, de tout temps un système français. Il ne daignait pas remarquer que d'autres pays, tels que la Belgique et la Suisse, n'avaient pas eu recours à ce système pour obtenir des progrès analogues. Dans ses conclusions, il n'était pas moins absolu que ses collègues : « Votre système, disait-il en parlant de la suppression de l'échelle mobile, je le résume en deux mots : dans les temps d'abondance, c'est la ruine de l'agriculture: dans les temps de cherté, c'est la ruine du consommateur. » Dilemme qu'en 1868 les faits ne justifiaient pas.

Le gouvernement eut pour auxiliaires dans cette circonstance non seulement des amis, comme Auguste Chevalier qui insista sur l'amélioration du sort des ouvriers, ou Pagezy qui déclara n'apercevoir nulle part les ruines industrielles dont on faisait bruit, mais des membres du tiers-parti tels qu'Emile Ollivier qui n'eut pas de peine à démontrer que les difficultés présentes étaient causées non par les traités, mais par une crise générale en Amérique comme en Europe, et des membres de l'opposition comme Jules Simon qui professait le libéralisme en économie politique comme en politique. Forcade de la Roquette et Rouher soutinrent l'attaque. Forcade rappela à Thiers qu'il avait éloquemment combattu le droit au travail demandé par les ouvriers, et que le droit au profit par la protection n'était qu'une autre face de la même prétention. « Est-ce que, Messieurs, quand il s'agit de questions industrielles, vous devez une autre protection que celle qui protège l'ensemble de l'industrie? Est-ce qu'il y a des industriels qui ont le droit de dire : Discutons nos situations, il faut que j'aie un revenu net, il faut que j'aie un prix rémunérateur \ » Rouher, comme Emile Ollivier, établissait la distinction entre la crise présente qui était un accident et l'influence générale des traités sur l'industrie et le commerce de la France. 11 faisait observer que l'évolution qui substituait la manufacture outillée mécaniquement a l'industrie domestique ne créait pas les crises, mais en déplaçait le point aigu : auparavant l'ouvrier restait dans sa chaumière, sans ouvrage ; maintenant le grand industriel s efforçait de maintenir son atelier en activité pour ne pas laisser ses frais généraux entièrement improductifs. Il opposait des chiffres aux chiffres de ses adversaires : en sept ans, l'importation des laines s'était accrue de 90 p. 100, et l'exportation des fils et tissus de laine avait augmenté de 120 millions ; la filature de coton, aux 6 millions de broches qu'elle possédait avant le traité, en avait ajouté

1. Discours de Forcade de la Roquette, ministre du commerce. Séance du 14 mai

800.000, et elle avait renouvelé en partie les anciennes ; l'extraction de la houille et la production de la fonte, au sujet desquelles on faisait en 1860 de sinistres prédictions, étaient en progrès, la première de 60. la seconde de 46 p. 100 '. En terminant, l'orateur déclarait que le gouvernement était désormais disposé à ne modifier les lois de douane qu'avec le concours du Corps législatif, mais qu'il était résolu à maintenir les traités. « Nous attachons à cet ordre économique notre honneur... Nous ne marcherons que d'un pas modéré et prudent, mais nous marcherons en avant, avec le sentiment du progrès. »

L'assemblée prononça l'ordre du jour sur la demande d'interpellation \

Néanmoins le parti protectionniste prenait de la force à mesure que l'autorité dictatoriale de l'empereur faiblissait. Dans les réunions publiques ou privées, dans des conférences, depuis qu'elles étaient permises, les deux partis défendaient leur doctrine. En 1868 l'agitation protectionniste fut très vive, particulièrement à Amiens, à Lille, à Roubaix 3; à Reims, où l'industrie de la laine prospérait, la Société industrielle se prononça au contraire pour la réforme libérale '. En 1870 la bataille recommença au Corps législatif. Le cabinet n'avait plus une foi aussi officielle dans la liberté commerciale. « Ni protectionniste,.ni libre-échangiste », se disait le nouveau ministre du commerce, Louvet, Il consentit à ouvrir deux enquêtes, l'une sur l'indus-

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