Ces enquêtes furent ouvertes le 21 et le 28 mars
2. Plus tard, quand on a proposé le tarif de 1892 qui a supprimé le système libéral déjà entamé par le tarif de 1881 et qui a rétabli le protectionnisme (mais non le prohibitionnisme), le rapporteur général à la Chambre des députés disait : « Nous n'irons pas jusqu'à dire que les traités de 1860 ont ruiné la France ; nous accorderons même, si l'on veut, que pour certaines de nos industries on pouvait sans inconvénients abaisser les tarifs existants. Les faits sont là pour l'établir jusqu'à l'évidence... Le mouvement ascendant des affaires de la France dans les deux années qui ont précédé les traités de 1860 s'est ralenti au lieu de s'accentuer... Ces traités qui étaient, dans la pensée de leurs auteurs, surtout destinés à donner un si merveilleux développement à notre exportation de produits fabriqués, n'ont servi en réalité qu'à favoriser l'envahissement de notre marché. » Journal officiel du 9 mars 1891.
LJévidence est contestable. La progression annuelle a été en effet plus forte de 1852 à 1859 que de 1860 à 1869 ; nous avons dit pourquoi. Mais elle a été plus forte de 1859, année qui a précédé les traités de commerce, à 1869 (3 milliards 907 millions en 1859 et 6 milliards 228 millions en 1869, augmentation 2 milliards 321 millions, soit 232 millions en moyenne par an) et de 1871 à 1880 (6 milliards 440 millions en 1871 et 8 milliards 501 en 1880, soit 206 millions en moyenne par an) ; l'année 1871 a été, il est vrai, contrariée par les événements, tandis que l'année 1872 reçut d'eux une impulsion extraordinaire : 7 milliards 332 millions ; de sorte que, si on la prenait comme terme du rapport, on n'aurait pour les huit années qu'une augmentation annuelle de 117 millions. Il en a été autrement sous le régime protectionniste rétabli en 1892. De 1891 (dernière année du régime semi-libéral) à 1902, durant une période de paix européenne, l'augmentation totale du commerce extérieur n'a été que de 30S millions (8 milliards 338 millions en 1891 et 8 milliards 646 millions en 1902). Il est vrai que si le protectionnisme cherche à restreindre l'importation, il se félicite de l'accroissement de l'exportation qui rend le pays créancier de l'étranger, et de ce côté, les chiffres lui ont été favorables ; car l'exportation avait augmenté de 409 millions de 1859 à 1869, elle a augmenté de 664 millions de 1891 à 1902.
Les questions de commerce extérieur sont complexes. Toutefois il ressort de ces chiffres que le régime protectionniste n'interprète pas exactement la statistique quand
Quelques slalisliques industrielles. — L'influence exercée par les traités de commerce sur l'industrie à l'intérieur de la France est moins facile à préciser, parce qu'il existe peu de statistiques de la production industrielle. Cependant on peut juger de l'ensemble au moyen de divers indices. La production du charbon de terre a presque doublé de 1859 à 1869 \ et la consommation a passé de 13.300.000 tonnes à 21.809.000 ; or la grande industrie était, après les chemins de fer, la principale consommatrice de ce combustible.
La production de la fonte et du fer était de 1.376.000 tonnes en 1859 et de 2.284 . 000 en 1 869 ; celle de l'acier, de 23. 1 1 7 tonnes et de 1 10.224. Ce résultat avait été obtenu, il est vrai, au prix d'une transformation coûteuse pour ceux qui étaient en état d'affronter la lutte, et très pénible pour ceux qui durent y renoncer * ; mais les usiniers français firent assez de progrès pour enrayer l'importation étrangère, et le prix du fer baissa 3.
En 1857-1859 l'excédent moyen annuel des importations de laine sur les exportations a été de 36 millions 1/2 de kilogrammes ; en 1867-1869 il a été de 93 millions ; comme, dans le même temps, la production de laine indigène a peu diminué*, cette augmentation est la preuve certaine d'un grand développement de l'industrie lainière.
Lors du débat de 1868 ces chiffres n'étaient pas tous connus \ Ceux qui l'étaient furent interprétés différemment suivant l'opinion préconçue des auteurs, qui, dans le mouvement complexe et divers de la production et de l'échange, pouvaient chacun les glaner à leur gré pour en émailler leur thèse. On les semait dans les discours, les conférences 6, les brochures, surfout dans les articles de presse. Les libreéchangistes annonçaient d'un ton un peu emphatique la vie à bon
il affirme que le régime libérai a été la ruine, et que le régime protectionniste est le salut.
(1) 7.600.000 tonnes en 1859 et 13.509.000 en 1869.
(2) En effet, l'importation des fers, fontes et aciers, qui avait été en 1859 de 45.869 tonnes, monta jusqu'à 288.163 en 1862 ; mais elle baissa ensuite jusqu'à 22.228 en;i869.
(3) D'après le Comité des forges de France, le prix moyen du quintal de fer était de 25 fr. 25 en 1860 et de 19 francs en 1867. Il se releva les années suivantes.
(4) La stalistique décennale agricole de 1862 évaluait la tonte à 60 millions de kilogrammes ; de 1885 à 1890 la moyenne annuelle a été de 57 millions.
(5) Les chiffres de l'enquête sur l'industrie n'étaient pas connus non plus ; le volume n'a été publié qu'en 1873. Les cadres de cette enquête ne corre<pondent pas à ceux de l'enquête de 1840-1845 publiée de 1847 à 1856 et restée incomplète. Klle donnait pour la valeur de la production 4 milliards 167 millions ; celle de 1861-1865 en a donné 12. Ces chiffres n'ont qu'une médiocre valeur ; il n'est pas possible d'eu conclure que la valeur des produits de l'industrie ait triplé d'une époque à l'autre.
(6) Parmi les conférences qui furent faites en 1868 nous citons comme une des meilleures celle de Wolowski à l'Association polytechnique (Voir La liberté commerciale et !es résultats du traité de commerce de 1860, par Wolowski, 1 vol. 1869).
marché, dont ne s'apercevaient guère encore les acheteurs au détail ; les protectionnistes, tirant argument des fabriques qui mal situées ou trop mal agencées se fermaient, prédisaient la débâcle générale au moment où la production augmentait. En 1868 parut une brochure intitulée Le Râle de l'industrie française, et un journaliste calcule que l'alliance anglo-française nous coûtait déjà 20 milliards \ Les chiffres officiels que nous venons de produire enseignent tout autre chose.
(1) «... Quinze milliards, coût de l'alliance anglo-française, quinze milliards sans compter les chiffres du traité belge, de celui que nous avons conclu avec le Zollverein, et nous avons un total de 20 milliards... Les traités de commerce, la grande réforme économique, l'œuvre qui illustrera la seconde moitié du xix° siècle, ont donc porté au passif de notre bilan la bagatelle de vingt milliards. » L. Cahrk, Moniteur industriel du 9 janvier 1868.
Somm.urb. — Le régime légal des colonies (313). — L'extension de la conquête algérienne (315).— La colonisation algérienne (316). — Le commerce de l'Algérie (319). — Colonies d'Afrique (319). — En Asie (324). — En Océanie (325). - En Amérique (326). — Résumé du commerce colonial (328).
Le régime légal des colonies. — Sous le règne de Louis-Philippe, des projets de loi avaient été présentés pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies \ Dès le lendemain, pour ainsi dire, de la proclamation de la République, le 4 mars 1848, une commission fut nommée pour préparer l'acte d'émancipation. Cet acte fut promulgué par les décrets du 27 avril, des 2 et 3 mai 1848,puis sanctionné parla constitution (art: 6).
L'esclavage était déjà aboli dans les colonies anglaises depuis l'acte du 28 août 1833. L'esclavage était incompatible avec l'état de la civilisation et les idées régnantes sur les droits de l'homme dans la société ; le xixe siècle a vu disparaître successivement cette institution de tous les Etats d'Amérique et des colonies européennes, pacifiquement et par l'autorité de la métropole dans les colonies, après une sanglante guerre civile aux Etats-Unis. Mais partout le changement a causé une crise économique très grave dont les colonies ont eu peine à sortir.
La constitution du 4 novembre 1848 porte que le nombre total des représentants du peuple sera de 750, « y compris les représentants de l'Algérie et des colonies françaises ». Plusieurs arrêtés du gouvernement provisoire eurent pour objet de rattacher plusieurs services administratifs à la métropole.
Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851 la représentation coloniale fut supprimée. D'après la constitution de janvier 1852 il appartenait au Sénat de régler le régime de l'Algérie et des Colonies. Celui de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion le fut par le sénalusconsrilte du 3 mai 1854. L'article 1er porte : « L'esclavage ne peut jamais être rétabli dans les colonies françaises. » L'article 4 dispose : « Les lois concernant le régime commercial des colonies sont votées et promulguées dans les formes prescrites par la constitution de l'empire.») Les attributions du gouverneur exerçant le pouvoir exécutif et du
1. Principalement le projet présenté par Hippolyte Passy le 10 février 1838, les lois des 18 et 19 juillet 1845 avaient sous certains rapports amélioré le sort des esclaves.
conseil général, composé moitié de membres nommés par le gouverneur et moitié de membres élus par les conseils municipaux, et votant les dépenses d'intérêt local, étaient déterminées. Cet acte maintient les lois, décrets, ordonnances ayant force de loi et porte qu'ils ne peuvent être, dans la majorité des cas, modifiés que par sénatus-consulte. Quant aux autres colonies, elles « seront régies par décrets de l'empereur jusqu'à ce qu'il ait été statué à leur égard par sénatus-consulte ». Ce régime des simples décrets, qui met les grandes questions coloniales à la discrétion d'un ministre, subsiste encore sous la troisième République ; il est l'objet de vives critiques.
En 1858 fut créé un ministère de l'Algérie et des colonies qui ne dura que deux ans. Le décret du 24 novembre 1860, qui fit cette suppression, rétablit le gouverneur,' général de l'Algérie qui correspondit, comme un ministre, directement avec l'Empereur. Les préfets furent subordonnés aux généraux.
Le sénatus-consulte du 4 juillet 1866, qui s'appliquait aux trois mêmes colonies, étendit les attributions du conseil général et mit au compte des colonies les dépenses locales, ne laissant à la métropole que les dépenses de souveraineté. Il fit une révolution dans leur régime commercial. Ce sénatus-consulte donnait aux conseils généraux pleins pouvoirs pour statuer sur les questions de propriété domaniale, de grande voirie, de contributions et de dépenses coloniales, d'octroi de mer.
« Le conseil général vote les tarifs d'octroi de mer sur les objets de toute provenance, ainsi que les tarifs de douane sur les produits étrangers, naturels ou fabriqués, importés dans la colonie. Les tarifs de douane votés par le conseil général sont rendus exécutoires par décret de l'Empereur, le Conseil d'Etat entendu. »
C'était le complément de la loi du 3 juillet 1861, qui était elle-même la compensation des privilèges que la substitution d'un régime douanier libéral au régime protectionniste avait faits à ces colonies. Cette importante loi avait, au lendemain du traité de commerce avec l'Angleterre, aboli en réalité l'ancien pacte colonial et réglé ainsi le régime commercial : liberté d'importer aux Antilles et à la Réunion sous tout pavillon, français ou étranger, toutes marchandises étrangères admises en France en payant les mêmes droits qu'à l'importation en France ; liberté d'exporter sous tout pavillon les produits coloniaux destinés à l'étranger, à la France ou aux colonies, avec réserve toutefois pour le pavillon français des transports du cabotage colonial ; surtaxe de 30 à 10 francs, suivant la dislance, pour les transports par navire étranger. Ce régime très libéral fut appliqué aux ports de Cayenne et du Sénégal (décrets du 24 décembre 1864, du 19 février et du 12 septembre 1868).
La loi du 19 mai 1866 supprima les surtaxes qui grevaient lesimpor-
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tations el exportations des Antilles et de la Réunion sous pavillon étranger.Cette loi abolit aussi le monopole des transports entre la France et l'Algérie. Une loi spéciale (17 juillet 1867) fixa les droits de douane de l'Algérie, en lui appliquant en partie les taxes de la métropole et en partie des taxes moindres ; les importations par terre de Tunisie, du Maroc et du Sahara étaient exemptées. Le nouveau régime fut encore complété par le décret du 9 juillet 1869 dont l'article 1er porte : « Les produits de toute nature et de toute provenance peuvent être importés par tout pavillon dans les divers établissements français d'outre-mer où l'acte de navigation du 21 septembre 1793 est encore en vigueur. Les produits chargés dans ces mêmes établissements peuvent être acceptés pour toute destination et par tout pavillon. » C'était une révolution radicale dans le régime commercial des possessions françaises. «
Les colonies usèrent largement de la liberté qui leur était conférée par le sénatus-consulte du 4 juillet. La Martinique (1867) supprima entièrement les droits de douane, lesquels portaient sur les marchandises étrangères et étaient perçus au profit du budget colonial, et les remplaça par des octrois de mer qui étaient perçus au profil des communes de la colonie et atteignaient également les produits français et les produits étrangers. La Guadeloupe fit à peu près de même (1868), ainsi que, sous la troisième République, la Réunion (1873). Le commerce métropolitain perdait ainsi tout privilège ; les commerçants de France se plaignirent.
L'extension de la conquête algérienne. — La soumission d'Abd-el- Kader avait assuré la conquête de l'Algérie quelques mois avant le renversement du trône de Louis-Philippe. Il restait cependant encore des parties insoumises dans l'intérieur du pays, et, du côté du désert, des tribus indépendantes dont le voisinage était inquiétant.
Dans la région du Tell, les Kabyles de la grande et de la petite Kabylie s'agitaient. Une première expédition, médiocrement réussie, fut dirigée par le général Saint-Arnaud en 1851 ; la même année, le général Pélissier s'empara du village de Tizilt-Mahmoud, réputé imprenable. En 1852, seconde expédition du général Mac-Mahon. En 1853, troisième expédition par le général Rahdon, devenu gouverneur de l'Algérie, expédition brillante. Après la guerre de Crimée, les expéditions recommencèrent ; la grande Kabylie fut conquise par le maréchal Randon ; la petite Kabylie fut vivement attaquée à son tour ; les Beni-Raten vaincus se soumirent; Forl-\apoléon (aujourd'hui Fort-National) fut construit sur le haut plateau de Souk-el-Arba, au centre du massif, et relié par une route à Tizi-Ouzou ; le combat dTcheriden fut le dernier engagement de cette campagne décisive (mai-juillet 1857).
Dans la région du Sud, Zaalcha, après une première attaque infruc-
tueuse et une très énergique résistance à la seconde attaque, fut prise et entièrement détruite (1849). Touggourt fut occupé en 1854. A la suite d'une prise d'armes du chérif de Ouargla, Laghouat, qui s'était déclaré contre les Français, fut pris d'assaut par le général Pélissier. Les Mzabites consentirent alors à traiter (24 janvier 1853), en s'engageant à fermer leurs marchés aux ennemis de la France ; mais leur soumission ne fut alors qu'apparente. Le poste de Djelfa fut créé et Ouargla reconnut l'autorité française en 1862.
En 1859, du côté de la frontière marocaine, le général de Martinprez fit châtier les Beni-Snassen et les Augad révoltés.
En 1864, dans la région du Djebel-Amour, les Oulad-Sidi-Cheikh, longtemps contenus par Si-Hamza, prirent les armes, massacrèrent une colonne française, ce qui provoqua des mouvements insurrectionnels dans l'Ouarnsenis et dans la Kabylie. Les Oulad-Sidi-Cheikh furent vaincus à Magoura, mais ils se portèrent sur le territoire marocain. Le général de Wimpfen les y poursuivit, et, par plusieurs combats (mars-avril 1870), il les obligea à se soumettre.
C'est pendant cette période qu'a commencé l'exploration française du Sahara algérien. En 1856-1857 le capitaine de Bonnemain, envoyé à Ghadamès pour étudier le commerce, obtint du gouverneur la promesse de faciliter les relations commerciales de Ghadamès avec l'Algérie. En 1858 l'interprète militaire Bou Derba fut envoyé à Rhât dans le même dessein. Puis, les dispositions des Touareg Azdjer paraissant favorables, une troisième mission fut confiée en 1860 à Henri Duveyrier, qui avait déjà fait une reconnaissance au Souf et au chott Djerid. Duveyrier gagna Ghadamès, s'avança jusque près de Rhât et lia des relations amicales avec les chefs Azdjer. La même année le capitaine Colonieu essayait de pousser une reconnaissance jusqu'au Touât, mais ne put y pénétrer.
Le voyage de Duveyrier eut pour résultat un traité signé à Ghadamès, le 26 novembre 1862, avec les chefs Touareg, traité stipulant « amitié et échange mutuel de bons offices entre les autorités françaises et indigènes de l'Algérie ou leur représentant et les chefs des différentes fractions de la nation Touareg ». Les Touareg pourront venir commercer librement des différentes déniées et produits du Soudan et de leur pays sur tous les marchés de l'Algérie ; les Touareg s'engagent à faciliter et à proléger, à travers leur pays et jusqu'au Soudan, le passage des négociants français ou indigènes et de leurs marchandises. Mais ce traité ne paraît pas avoir déterminé alors un courant commercial.
La colonisation algérienne. — Quelques jours après la proclamation de la République, le gouvernement provisoire adressa (4 mars 1848) une proclamation aux colons d'Algérie pour les assurer de sa sol h ci-
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lude. « La République défendra l'Algérie comme le sol même de la France. Vos intérêts matériels et moraux seront étudiés et satisfaits. L'assimilation progressive des institutions algériennes à celles de la métropole est dans la pensée du gouvernement provisoire. » Le décret du 5 mars 1848 donna de nouveau aux colonies le droit de représentation dans le Parlement. Après le coup d'État, cette représentation fut encore une fois supprimée.
L'insurrection de juin amena des dispositions nouvelles. Des milliers d'insurgés furent condamnés à être déportés en Algérie; il fallait leur procurer les moyens d'y vivre. Or, l'ordonnance du 1er septembre 1847, qui régissait les concessions de terres, exigeait de longues formalités, n'autorisait les préfets et les généraux qu'à attribuer aux colons des lots de 25 hectares et au-dessous et ne donnait aux colons que des titres provisoires et trop facilement révocables.
Le décret du 23 septembre 1848 inaugura un nouveau régime. Un crédit de 50 millions, répartis sur plusieurs exercices, fut ouvert au ministre de la guerre pour l'établissement de colonies agricoles (frais de première installation, fourniture de cheptel, etc., pendant trois années au plus), et pour travaux publics (principalement des routes). Les colons devaient être français, la terre leur était donnée gratuitement à raison de deux à dix hectares par famille. Après trois ans les colons deviendront propriétaires définitifs s'ils ont mis leur lot en rapport. Ils ne pourront aliéner leur propriété qu'après six ans de mise en possession, à moins de remboursera l'État ses avances.
A la fin de 1848, 13.500 insurgés avaient été expédiés en Algérie ; ils furent répartis dans quarante-deux villages. Mais ces déportés étaient en grande majorité des ouvriers de métier qui n'avaient ni le goût du travail de la terre, ni la capacité nécessaire pour devenir des agriculteurs. A la suite d'une enquête fut rendue la loi du 30 juillet 1850 qui décida que les colons des villages fondés en 1848 seraient choisis par les conseils de préfecture parmi les soldats libérés, les colons d'Algérie mariés et les cultivateurs de France mariés. Dans chaque colonie dut être instituée une commission consultative composée du directeur faisant l'office de maire, du ministre du culte, du médecin, de l'instituteur et de trois colons élus. En 1852 les colonies agricoles comptaient 10.450 habitants ; elles avaient coûté à l'Etat 28 millions.
Le maréchal Randon facilita l'appropriation par le décret du 26 avril 1851, qui autorisa les préfets à accorder les concessions de moins de 50 hectares et qui conféra immédiatement la propriété complète au concessionnaire, « à la charge de l'accomplissement des conditions prescrites ». Tout en reconnaissant l'inviolabilité de la propriété, propriété d'indigène ou de colon (loi du 13 juillet 1851), le maréchal opéra
des « cantonnements », délimitant par là la propriété réelle de chaque tribu, à raison d'une trentaine d'hectares par famille, non compris les pâturages, et attribuant le reste au domaine de l'Etat. Le gouvernement eut ainsi à sa disposition des terres sur 251.000 hectares, desquelles il créa 65 villages et établit 15.000 colons.
Au commencement de cette année 1851 une loi (11 janvier) admit en franchise en France les produits naturels et les produits fabriqués de l'Algérie ; les produits étrangers eurent à payer en Algérie les mêmes droits qu'en France.
De grandes concessions de terrain furent accordées à une compagnie de colonisation, la Compagnie genevoise (1853) : 20.000 hectares dans la campagne de Sélif, à condition de fonder un village par 1.000 hectares avec le concours de l'Etat qui se chargeait des travaux d'utilité publique. Quelques fondations parurent d'abord réussir ; mais les colons se découragèrent, à cause soit de leur inhabileté, soit des exigences de la Compagnie. En 1868 il n'y avait plus dans les villages que 308 Européens contre 2.342 indigènes.
Un grand changement se fit en 1858 dans le gouvernement. Un décret du 24 juin créa un ministère de l'Algérie et des colonies dont le prince Napoléon fut le titulaire. Le poste de gouverneur général fut supprimé et remplacé par un commandement supérieur des forces de terre et de mer. Mais deux ans après, le ministère était supprimé à son tour (décret du 24 novembre 1860) et le poste de gouverneur général rétabli.
L'acte le plus important de ce ministère relativement à la colonisation est le décret du 25 juillet 1860 qui substitua un système de vente soit à prix fixe, soit aux enchères, soit de gré à gré, en laissant cependant subsister dans certains cas spéciaux la concession gratuite.
En 1 862- ï 863 il y eut un coup de théâtre. L'empereur fit en Algérie un voyage triomphal et au retour publia (6 février 1863) une lettre dans laquelle il disait : « L'Algérie n'est pas une colonie proprement dite, mais un royaume arabe. Les indigènes ont, comme les colons, un droit égal à ma protection et je suis aussi bien l'empereur des Arabes que l'empereur des Français. »
Comme première conséquence de cette déclaration, le sénatus-consulte du 8 mai 1863 déclara les tribus de l'Algérie « propriétaires des territoires dont elles ont la jouissance permanente et traditionnelle, à quelque titre que ce soit ». Il devait être procédé dans le plus bref délai à la délimitation du territoire des tribus, à la répartition de ce territoire (sauf les biens communaux) entre les douars et à l'établissement de la propriété individuelle entre les membres des douars. Les concessions gratuites furent supprimées (décret du 31 décembre 1864).
Les colons s'émurent et protestèrent vivement contre cette politique qui paralysait la colonisation; la terre allait manquer pour de nouveaux
établissements. De 1860 à 1870, il ne fut créé que onze villages, presque tous antérieurement au sénatus-consulte. Deux grandes concessions cependant furent faites : 24.000 hectares en 1865 à la Société de l'Habraetdela Macta, 100.000 en 1868 à la Société générale algérienne. Mais la colonisation ne profila que médiocrement de ces concessions. Cependant la population européenne augmentait. En 1845 on avait recensé 95.321 personnes dont 48 p. 100 étaient des Français ; en 1872, après la chute de l'empire, on en recensa 245.117 dont 53 p. 100 étaient des Français1. Donc le nombre total des Français s'était accru pendant cette période, par immigration ou par naissance, d'environ 66.000 têtes.
Le commerce de V Algérie. — Le commerce avait augmenté davantage.En 1850 la Direction généraledes douanes enregistraitpour lecommerce avec la France 95 millions au commerce général et 80 au commerce spécial (75 à l'importation de France en Algérie et 5 à l'exportation d'Algérie) ; l'Algérie fournissait encore très peu de produits à la métropole. Dix ans après (en 1860) la statistique donnait 219 millions et 211 (153 à l'importation et 58 à l'exportation) ; en ajoutant le commerce avec l'étranger et avec les entrepôts de France on trouvait un total de 267 millions.
En 1869 les chiffres sont 215 au commerce général et 193 au commerce spécial avec la France (129 à l'importation et 64 à l'exportation), 78 au commerce général avec l'étranger ; total 293 millions pour l'ensemble du commerce2. Le commerce général avait triplé*.
L'importation en Algérie, qui approvisionnait les militaires et les colons et n'était par conséquent, pour une notable partie, qu'un déplacement de consommation restait, comme pendant la période précédente, beaucoup plus forte que l'exportation.
Colonies d'Afrique. — Pendant que les officiers français poussaient leurs conquêtes et leurs reconnaissances au Sud dans le Sahara algérien, les gouverneurs du Sénégal et surtout Faidherbe, qui deux fois, comme colonel d'abord (1854-1561), comme général ensuite (1863-1865), achevaient la soumission du Sénégal et cherchaient à s'étendre à l'Est jusqu'à la grande voie fluviale du Niger. Les Maures Trarzas et Bracknas, qui habitaient au nord du fleuve une région presque désertique, mais riche en gommiers, inquiétaient la colonie et le commerce par les obstacles qu'ils mettaient à la libre navigation,
1. Au recensement de 1861, la proportion des Français était de 58 p. 100.
2. Le total avait môme atteint 303 millions l'année précédente.
3. Le Tableau des établissements français dans l'Algérie (1838-1866) et la Statistique générale de l'Algérie (depuis 1867) donnent des chiffres dont quelques-uns sont très différents de ceux de l'administration des douanes: en 1850, 83 millions; en 1860, 157 ; en 1869, 294.