CHAPITRE IV
Sommaire. — Progrès général des moyens vie communication (391). — Routes et chemins (392). — Canaux et rivières (393). — Cabotage (395). — Statistique de l'exploitation des chemins de fer (393). — Le réseau de l'Etat (398). — 1 a poste (398). — Télégraphes et téléphones (399). — La marine marchande ,401).
Progrès général des moyens de communication. — Depuis 1870 le mouvement commercial s'est développé en France comme s'est développée la production agricole et industrielle ; mais ce développement n'a pas, non plus que celui de l'industrie, été constant et uniforme pendant les quarante premières années de la période républicaine.
Le progrès des moyens de transport et de communication l'a facilité à l'intérieur. Ce progrès a été grand. Quelques chiffres de statistique générale en donnent la mesure.
En 1869 la France avait, en nombres ronds, 16.938 kilomètres de chemins de fer d'intérêt général (fin de l'année) dont le trafic consistait en 4.108 millions de voyageurs kilométriques et 6.271 millions de tonnes kilométriques (petite vitesse); au 31 décembre 1908 elle avait 42.032 kilomètres J, 16.034 millions de voyageurs kilométriques et 21.000 millions de tonnes kilométriques (y compris les animaux)2. Il ne faut pas oublier que les voies de communication de l'Alsace-Lorraine qui figurent dans le total de 1869 ne figurent plus dans celui de 1908. Aussi, pour établir une comparaison, faut-il prendre comme premier terme non 1869, mais 1871 ; mais par suite des constructions de la première moitié de l'année 1870, la longueur des voies ferrées était en décembre 1871 un peu supérieure (17.221 kil.) à celle de 1869. L'augmentation a donc été de 25 000 kilomètres, soit en moyenne annuelle 657 kil. De 1853 à 1869 elle avait été de 13.000, soit une moyenne annuelle de 764.
1. Il y avait, en outre, environ 8.000 kilomètres de chemins de fer d'intérêt local et de chemins de fer industriels et 8.000 kilomètres de tramways.
2. Les chemins de fer d'intérêt local et les tramways ajoutent à ces quantités 589 millions de voyageurs et 176 millions de tonnes kilométriques.
Le tonnage de la navigation intérieure (cours d'eau et canaux) J a plus que doublé: 2.000 millions de tonnes kilométriques en 1869, 5.321 millions en 1908. Le cabotage a moins progressé : de 2 millions à 3 millions 1/2 de tonnes.
Le nombre de télégrammes a passé de 4.7 millions en 1869 à 61 en 1908.
La poste recevait 358 millions de lettres en 1869 et 1.524 millions en 1908; 334 millions d'imprimés en 1869 et 1.724 millions en 1908 ; elle touchait 169 millions de francs en mandats français ou internationaux en 1869 et 2.282 millions en 1908 (y compris les bons de poste)2.
Roules et chemins. — Le réseau des routes nationales était achevé avant 1870; il est resté à peu près slationnaire sous la troisième République.
En 1869, en effet, les routes impériales avaient une longueur de 38.500 kilomètres. La perle de l'Alsace-Lorraine la réduisit à 37.300. Quelques routes nouvelles ayant été construites sous la troisième République le total était de 38.200 kilomètres en 1908. L'Etat a dépensé en moyenne par an 3 à 8 millions pour l'établissement ou l'amélioration et les grosses réparations de ces routes et 25 à 39 millions pour leur entretien.
D'après les comptages qu'a faits à plusieurs reprises l'administration des ponts et chaussées la circulation, calculée d'après le nombre brut quotidien de colliers avait baissé sensiblement à la suite de la guerre franco-allemande; elle s'est relevée depuis le comptage de 1876 et elle était revenue en 1903 à peu près au niveau de l'année 1869 3. Le tonnage brut a augmenté : 2.7 milliards de tonnes kilométriques en 1876, 4 milliards en 1903.
La loi du 10 août 1871 (art. 46) a donné aux conseils généraux la faculté de déclasser leurs roules départementales. La majorité des départements ont en effet transformé ces routes en chemins vicinaux, afin de pouvoir les administrer plus directement et y appliquer le régime de la prestation. La longueur tolale des roules départementales s'est trouvée, par suite, réduite de 46.760 kilomètres en 1875 à 11.564 en 1904 el elles sont aujourd'hui confondues avec la grande vicinalité.
Sur les chemins vicinaux qui sont aujourd'hui à l'état d'entretien,
1. En 1908, 11.600 kilomètres de voies navigables ou flottables ont été fréquentées, dont 4.900 de canaux. 11 a été ajouté au réseau environ 400 kilomètres de canaux de 869 à 1908.
2. En outre, les mandats télégrapbiques, qui ne datent que de 1884, ont eu en 1901 une valeur de 12 millions 1/2.
3. En 1903, 231 colliers bruts pour les voitures chargées ou vides, publiques ou particulières (non compris les bicyclettes et les automobiles).
on comptait, en 1869,80.253 kilomètres de chemins de grande communication,63.066 kilomètres de chemins d'intérêt commun et 180.074 kilomètres de chemins vicinaux ordinaires. En 1907, ces nombres s'étaient élevés à 172.671 pour la première catégorie, a 71.765 pour la seconde, à 285.188 pour la troisième.
De 1869 à 1908 les dépenses d'établissement et d'amélioration des routes départementales et des chemins vicinaux * se sont élevées à 1.850 millions environ, dont 475 millions ont été fournis par l'Etat comme subvention.
L'entretien annuel, qui se fait en grande partie par prestations, coûte environ 169 millions par an s.
Dans le nombre des chemins vicinaux ne sont pas compris les chemins ruraux auxquels la loi du 20 août 1851 avait donné une existence légale et pour lesquels la loi du 25 juillet 1870 avait autorisé les communes à appliquer dans certains cas une partie de leurs ressources. Ils peuvent être entretenus par les communes ou par des syndicats, mais ils ne sont jusqu'ici classés que dans un petit nombre de départements.
Malgré la concurrence des chemins de fer, la circulation, qui, il est vrai, s'est déplacée, mais qui est restée active dans le Nord et dans le voisinage des grandes villes, n'a pas en somme diminué de 1876 où l'on avait enregistré 210 colliers bruts à 1903 où le comptage a donné une moyenne de 251 colliers bruts et en outre, de 37 automobiles, bicyclettes ou motocycles. L'automobilisme donne un regain de vitalité aux roules et chemins, mais exige de plus grandes dépenses d'entretien.
Il a déjà permis d'établir entre divers pays une comparaison des voies de communication qui, d'un avis unanime, est à l'avantage de la France.
Canaux et rivières. — La perte de l'Alsace-Lorraine privait la France d'une partie de ses communications dans l'Est. L'Assemblée nationale nomma une commission d'enquête sur le régime des chemins de fer et des moyens de transport dont Krantz, ingénieur en chef des ponts et chaussées, fut le porte-parole.
Celui-ci, dans des rapports savamment étudiés (1872-74), exposa un très vaste plan d'amélioration des cours d'eau, de développement de la canalisation, avec régularisation des écluses, afin de permettre à la batellerie les longs parcours sans rupture de charge. « Le rétablisse-
1. Voir pour les chemins vicinaux la loi du 25 juillet 1873 et celle du 12 mars 1880 (qui a accordé un crédit extraordinaire de 80 millions pour subvention aux chemins vicinaux).
2. En 1881 la dépense d'entretien et d'amélioration des routes départementales et des chemins vicinaux était évaluée à 136 millions.
ment sur noire territoire des voies navigables que les traités nous ont enlevées est absolument nécessaire à la reconstitution de notre industrie de l'Est. » Une première loi du 24 février 1874 autorisa les syndicats intéressés à faire 65 millions d'avances pour la construction du canal de l'Est qui devait relier la Meuse à la Saône. Le plan général comprenait 4.00© kilomètres de rivières, 3.600 de canaux à améliorer et 1.400 kilomètres de canaux à construire. Puis, après le vote de la loi du 18 juin 1878 qui, en créant la rente 3 p. 100 amortissable en vue de grands travaux publics, procura au gouvernement des ressources pour l'exécution, une autre loi du 5 août 1879 divisa les canaux et rivières en lignes principales administrées par l'Etat et en lignes secondaires pouvant être concédées d'abord, pour être ultérieurement rachetées par l'Etat. L'exécution, qui comprenait plus de 2.000 canaux nouveaux et l'amélioration du mouillage sur les anciennes voies, commença aussitôt, et les premières années, pendant lesquelles le Parlement se montrait très libéral, de forts crédits furent alloués1.
Le canal de l'Est (361 kil.) a été ouvert de 1878 à 1887 ; le canal de la Marne à la Saône l'a été de 1879 à 1880 ; pour la section de Marneval à Rouvroy (38 kil.), de Rouvroy à Heuilley (15 kil.) en 1907 ; le canal de Saint-Dizier à Vassy (23 kil.) a été ouvert en 1883; le canal du Havre à Tancarville (25 kil.) en 1887 ; le canal de l'Oise à l'Aisne (48 kil.) l'a été en 1889 ; en tout 684 kilomètres construits sous la troisième République : ce qui portait le total des canaux de toute espèce à 4.940 kilomètres.
Ainsi se trouvèrent améliorées la ligne du Nord a Paris, celle de l'Est de Nancy à Paris, celles de Lyon à Paris par la Bourgogne et par le Bourbonnais, celle de la Loire à la Seine, celle de Paris à Rouen (loi du 6 avril 1878) approfondie à 3 m. 20, puis de Rouen au Havre par le canal de Tancarville (1880-1887). Paris était le point principal de concentration du système. Ces travaux ont coûté plus de 100 millions.
En 1878 il y avait 1.459 kilomètres de rivières et canaux dont le mouillage était d'au moins 2 mètres et dont les écluses ont 38 m. 50 de longueur; en 1909 il y en avait 4.833.
Le total des voies navigables ou flottables en 1909 était de 16.726 kilomètres dont 11.399 avaient été fréquentés dans l'année.
En 18691e tonnage kilométrique (c'est-à-dire le nombre de kilomètres parcourus par les tonnes transportées) était de 2 milliards de tonnes ; en 1909 il a été de 5.471 millions dont 2/5 sur les rivières et 3/5 sur les canaux2.
1. Dont 6.517 kilomètres de fleuves, rivières, lacs et 4.882 kilomètres de canaux. Sur le total 11.144 kilomètres sont exploitas par l'État, 255 par des concessionnaires.
2. Le poids total des marchandises embarquées en 1909 a été de 35.624.000 tonnes.
La Seine, de Paris à l'Oise, puis à moindre degré la Seine en amont de Paris et du confluent de l'Oise à Rouen, l'Escaut, la Scarpe, l'Oise canalisé sont de beaucoup les voies les plus fréquentées. Le port de Paris (stricto sensu) ' à lui seul a reçu ou expéd ié plus de 6 millions de tonnes* en 1909 ; c'est le double de Tannée 1884.
L'effectif de la batellerie (non compris les bateaux à vapeur) est de 15.000 à 16.000 bateaux. En 1880 (loi du 19 février) le péage a été supprimé sur les canaux et la circulation y est libre. Ce sont surtout des matériaux de construction, de la houille et des produits agricoles que transporte celte batellerie.
Cabotage. — Le cabotage doit être classé dans la circulation intérieure. C'est une navigation réservée exclusivement au pavillon français. Le nombre des bâtiments qui font ce service n'a pas augmenté depuis 1869 où il était de 80.000 (entrée et sortie) ; mais le tonnage de ces bâtiments, qui était d'un peu moins de 4 millions de tonneaux, a doublé.
En 1908, il a occupé 77.624 bâtiments, 'chargés ou sur lest, ayant un tonnage total de 7.894.000 tonneaux et jaugeant par conséquent en moyenne environ 1.000 tonneaux de jauge nette. Le poids transporté a été de 3 millions 1/2 de tonnes. Les principales marchandises transportées ont été des matériaux de construction, des vins et eaux-de-vie, de la houille et du coke, des grains et farines. Le cabotage de la Méditerranée est à peine le quart de celui de l'Océan.
Statistique de l'exploitation des chemins de fer. — Voici les principaux résultats de la construction et de l'exploitation des chemins de 1er :
A la fin de l'année 1869 les compagnies exploitaient 16.938 kilomètres d'intérêt général pour lesquels la dépense d'établissement avait été de 7.960 millions (469 405 fr. par kilomètre) ; en 1883, 29.701 kilomètres. Au 31 décembre 1908 la longueur exploitée était de 40.121 kilomètres. La dépense d'établissement s'élevait, au 1er janvier 1907, à 18.234 millions (454.475 francs par kilomètre) 3 ; 2.606 kilomètres étaient, de plus, concédés, mais n'étaient pas encore en exploitation.
D'autre part, les chemins de fer d'intérêt local et les tramways exploités avaient une longueur d'environ 15.000 kilomètres (à peu près
1. Le port, tel qu'il est défini dans la Statistique de la navigation intérieure (tonnage moyen).
2. lia reçu 3.903.000 tonnes, expédié 2.202.000 : le transit n'est pas compris.
3. Pour l'établissement des lignes d'intérêt général la part de l'Etat était de 5.609 millions.