‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 138 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Sommaire.— Chiffres sommaires des deux années extrêmes (419).— La Banque de France sous la Commune et après la guerre (419). — L'essor de 1872 et la crise de 1873 à l'étranger et en France (420). — La crise de 1882 (422). — Langueur des affaires et baisse des prix de 1883 à 1896 (424). — Crises de 1890 et de 1893 à l'étranger (427). — Renouvellement du privilège de la Banque de France (428). — Crises en Allemagne et aux Etats-Unis, 1900-1903 (430). — La reprise des affaires et la hausse des prix (430). — La crise de 1907 (432). — La Banque de France en 1910 (433). — Les grandes banques de France et la Chambre de compensation (434). — L'extension des opérations de banque (437). — Quelques observations sur les crises ;439).

Chiffres sommaires des deux années extrêmes. — Pendant la dernière année de la période impériale, la Banque de France avait escompté 6.635 millions d'effets. La moyenne de la circulation de ses billets avait été de 1.354 millions; celle de son encaisse, de 1.196 millions ; le mouvement total de ses caisses (virements compris) avait été de 72 milliards. Quarante ans après, en 1909, les comptes ont donné 12.336 millions pour les effets escomptés, 5.080 millions pour la circulation des billets ; 4.524 millions pour l'encaisse métallique et 273 milliards pour le mouvement total des caisses (recettes et paiements)'. Le rapprochement des chiffres de ces deux années extrêmes donne tout d'abord une idée du progrès général des opérations de banque et de crédit pendant la période et ne la donne que très incomplètement pour l'escompte ; parce que la Banque de France rencontre maintenant plus de concurrence que jadis dans ce genre d'opération ; malgré cette insuffisance, les comptes rendus de la Banque de France indiquent, plus sûrement que tout autre document, les mouvements généraux du commerce.

La Banque de France sous la Commune et après la guerre. > — Lorsque la révolution du 4 septembre renversa le trône impérial, les billets de la Banque étaient investis du cours forcé, et, comme le numéraire manquait dans la circulation, il fallut y suppléer par des émissions de billets de 25, de 20 et de 5 francs. Pendant la Commune, la Banque fut forcée, pour éviter de plus grands malheurs, de délivrer au gouverne-

1. 4.269 en espèces, 54.874 en billets, 214.191 en virements.

ment de l'Hôtel de Ville 16 millions appartenant à la Ville de Paris qu'elle avait en dépôt '. Après la Commune, elle fournit au gouvernement français plus d'un milliard et demi pour l'indemnité de guerre et elle les fournit partie en numéraire et partie en billets. La moyenne de l'encaisse tomba de 1.196 millions en 1869 à 551 en 1871 et, par un mouvement correspondant, mais contraire, la circulation des billets s'éleva un moment jusqu'à 3.073 millions en 1873 ; la moyenne du portefeuille, gonflé d'effets souscrits parla Ville de Paris à laquelle elle prêta 210 millions et d'effets souscrits par l'Etat auquel elle avança 1.550 millions, contint une moyenne de 2.089 millions l'année 1872. Aussi l'escompte, qui n'était qu'à 2 1/2 p. 100 au commencement de 1870, fut-il porté à 6 en 1871-1872.

L'essor de 1872 et la crise de {873. — Comme la guerre avait interrompu en grande partie la fabrication et la circulation des marchandises et que les magasins s'étaient vidés, la demande redevint pressante, aussilôt après le rétablissement delà paix. Il fallut que l'offre déployât soudainement une activité plus qu'ordinaire pour lui donner satisfaction. On vit alors ce qu'on ne prévoyait guère : une grande prospérité industrielle et commerciale au lendemain d'un immense désastre. Elle ne consola pas la France ; mais elle étonna les étrangers qui ne soupçonnaient pas une telle vitalité et elle grisa même la spéculation. Les engagements à crédit excédèrent les besoins réels et, comme il arrive d'ordinaire en pareil cas, ils aboutirent à une crise.

L'essor des affaires et les excès de la spéculation n'étaient pas d'ailleurs particuliers à la France. Les hommes d'affaires s'y élaient même moins aventureusement engagés aue ceux des Etats-Unis et de l'Allemagne.

Aux Etats- Unis, l'essor avait eu ses débuts vers la fin de la guerre de Sécession. On avait commencé alors à construire les chemins de fer transcontinentaux ; de 1865 à 1873 le réseau américain avait doublé en dix ans ; la production de la fonte de fer avait doublé aussi ; celle des soieries avait presque doublé ; les salaires avaient beaucoup augmenté ; une masse énorme de capitaux élait engagée dans des entreprises nouvelles et n'étaient pas encore réalisés. La tension élait excessive ; la rupture eut lieu à la Bourse de New- York en septembre 1873 et se manifesta tout d'abord par la faillite de la banque Jay Cook and C°. La bourse de New- York resta fermée plusieurs jours ; le taux de l'escompte monta à 25 p. 100 et les valeurs de spéculation subirent une baisse énorme. La panique ne fut pas de longue durée ; dès le mois de décembre les affaires reprenaient à peu près leur cours. Cependant les usines avaient dû congédier beaucoup d'ouvriers et

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