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Elle n'a été remboursée que de 9 millions

avaient réduit leur production; la construction des chemins de fer se ralentit pendant plusieurs années.

En Prusse où l'industrie avait déjà pris un certain essor avant la guerre franco-allemande, la victoire et l'indemnité des 5 milliards avaient enivré la spéculation. La production de la fonte avait doublé de 1867 à 1873. Des sociétés de toute espèce, banques, sociétés de construction, sociétés industrielles, s'étaient fondées; pendant qu'il n'y avait eu en 1870 que 41 créations de ce genre, il y en eut, en 1872, 504, représentant un capital presque dix fois plus fort.

Même développement en Autriche, lequel avait commencé après la crise politique de 1866 et l'octroi d'une constitution libérale ; 32 créations de sociétés en 1868, 376 en 1872; de 1867 à 1873 il fut fondé en tout 682 sociétés au capital nominal de 2 milliards 1/2 de florins. Les sociétés de construction avaient été particulièrement actives; on construisit beaucoup et souvent on construisit trop somptueusement. D'ailleurs, comme les dividendes montaient d'année en année ainsi que les salaires, les revenus augmentaient et nourrissaient la hausse ; Berlin, Vienne et d'autres villes s'agrandissaient, s'embellissaient et se transformaient. En Autriche et en Allemagne les portefeuilles des banques se gonflaient sans cependant celte fois que leur encaisse fut fortement enlamée. Tel était, par exemple, l'état des choses à Vienne au moment où s'ouvrait l'exposition universelle de 1873. C'est le moment, en mai 1873. où la crise éclata, un peu avant qu'elle n'atteignit New-York. Vingt-deux banques et beaucoup d'autres sociétés succombèrent à Vienne. En Autriche, trente-sept Compagnies de chemins de fer durent liquider. Aussi la production du fer diminua-t-elle. En Prusse, la dépense pour constructions de chemins de fer diminua des quatre cinquièmes et le nombre des créations de sociétés tomba de 504 en 1872 à 19 en 1874. Le portefeuille des banques ne se remplit plus et les mauvaises nouvelles d'Amérique aggravèrent la situation. Toutefois, on se remit bientôt de la panique ; dès le mois de décembre, la phase la plus aiguë de la crise était terminée.

L'Angleterre et la France ont été cette fois moins douloureusement éprouvées que les Etats-Unis, l'Autriche et l'Allemagne.

Cependant, en 1873,1a situation de la Banque de France était critique. Son crédit était tel.il est vrai.que, malgré le régime du cours forcé et les énormes engagements à découvert qu'elle avait consentis à l'Etat, ses billets n'avaient pas subi de dépréciation ou tout au plus, à un moment, une perte de 5 0/0. Mais le portefeuille était énormément chargé; en 1873 le total des escomptes de l'année a été de 14.615 millions, dont 9.565 avec le commerce et 5.050 avec le Trésor public, plus du double des chiffres les plus élevés qui avaient été atteints pendant la période impériale. Pour mettre une barrière à l'invasionjdes effets S^hVBanque

1. Le portefeuille contint un moment jusqu'à 2.579 millions d'effets.

haussa à 7 p. 100 la barrière de l'escompte. La circulation de ses billets monta à un chiffre qu'on n'avait jamais vu jusque-là, 2.837 millions (moyenne de l'année) et qu'on ne revit que dix ans plus lard, lors de la crise suivante ; elle atteignit même un moment 3.071 millions. Les usines et lesfabriques travaillaient : la consommation de la houille qui, sous l'Empire, avait été au plus de 18 millions 1/2 de tonnes, fut de 24 millions 1/3 en 1873. Les salaires étaient en hausse. Le prix des marchandises aussi, calculé sur les valeurs à l'importation que détermine chaque année la Commission des valeurs de douane, le nombre indice qui était 144 en 1869, fût 159 en 1872 et en 1873 l.

La détente qui se produisit après la crise abaissa le nombre-indice à 147 pour l'année 1874 et, la baisse continuant durant plusieurs années, à 130 en 1879.

La Banque de France vit grossir son encaisse de plus d'un milliard en cinq ans * et diminuer de plus de 600 millions la circulation de ses billets3 (moyenne de Tannée). L'escompte diminua aussi 4 et ne dépassa pas 8 milliards 1/2 dans les quatre années 1876-1879. Le cours forcé fut supprimé le 1er janvier 1878; mais les billets de la Banque conservèrent et ont conservé depuis ce temps le cours légal, c'est-àdire qu'ils peuvent être donnés et doivent être acceptés en paiement au même titre que la monnaie métallique. Pendant ces années de langueur, la circulation, bien inférieure à celle de 1873, resta cependant bien supérieure à ce qu'elle avait été sous l'Empire ; la population s'habiluait à l'emploi de la monnaie fiduciaire.

La crise de 1S82. — Les opérations de la Banque de France accusaient la langueur des affaires. « L'exercice de 1876 n'avait pas été favorable; celui de 1877 a été encore moins satisfaisant », disait le gouverneur dans son compte rendu annuel. Il changea de langage les années suivantes. En 1879 : « Les opérations de l'année ont donné un résultat supérieur. » En 1880: « L'amélioration n'a fait que se développer. » En 1881 : « L'exercice de 1881 a réalisé un progrès notable

1. Ces chiffres sont empruntés à lu table'de nombres-indices calculés par M. March et publiés dans Y Annuaire statistique de la France. La base p. 400 est la moyenne des prix de 1891-1900. Les prix étaient donc plus de 59 p. 100 plus forts en 1873 qu'en 1891- 1900. L'augmentation avait moins porté sur les objets d'alimentation (nombre-indice en 1872 et 1873 : 138 et 141) que sur les matières diverses (176 et 173 en 1 872 et 1873).

Les mêmes différences se trouvent dans les'nombres-indices de l'Angleterre: les objets d'alimentation ont monté à 157 en 1873, les matières diverses à 177 en 1872. A Hambourg, le nombre-indice, pour l'ensemble des marchandises, a été 160 en 1873 ; aux Etats-Unis, 169 en 1872.

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