tonnes de fonte en 1877, 2.069.000 en
4. En janvier 1882 les actions de l'Union tombèrent de 3.000 à 1.000 francs ; celles de Suez de 3.500 à 2.000, etc.
5. La moyenne du portefeuille, qui avait été de 1.154 millions en 1882, ne fut que de 577 millions en 1887.
faillites se multiplièrent ; les usines et les manufactures réduisirent le nombre de leurs ouvriers ou leurs heures de travail.
Parmi les autres pays, les Etats-Unis furent le plus fortement atteints. Là aussi on avait dépensé beaucoup en construction de chemins de fer1. Les industries avaient développé leur production ; les prix étaient en hausse. La spéculation avait grandement abusé du crédit. Cependant la crise ne se déclara véritablement que près de deux ans après celle de France. C'est en mai 1884 que tomba en faillite la maison Grant and Ward, la maison Nelson et bien d'autres ; sur 3.261 banquesnationales, 574 firent faillite, ou cessèrent leurs affaires, ou durent se transformer. Le portefeuille des banques de New-York se vida ; le cours des actions de chemins de fer baissa considérablement*. Les ateliers congédièrent leurs ouvriers.
Langueur des affaires et baisse des prix de 1883 à 1896. — En France, l'approche de la crise avait été, comme d'ordinaire, marquée par un accroissement rapide et considérable des escomptes, 11.374 millions en 1881, 11.322 en 1882. Il descendit les années suivantes jusqu'à 8.268 millions en 1887 3 (le minimum du portefeuille fut même de 431 millions), et il faut aller jusqu'en 1897 pour retrouver une série de chiffres supérieurs à 10 milliards.
A cette époque sévissait ce qu'on a appelé la « crise agricole »; c'était en réalité moins une crise, c'est-à-dire une maladie passagère de la circulation provoquée par une rupture d'équilibre entre la production, la spéculation et la consommation, que le début d'une transformation de l'économie rurale d'où est résultée une diminution de la rente foncière 4.
Les affaires continuèrent à se resserrer de 1882 à 1887. « Les agriculteurs, les manufacturiers, les commerçants, disait le rapporteur de la Commission permanente des valeurs de douane à propos de l'année
1883, ont dénoncé cette année comme une année de stagnation, d'affaires difficiles, de profits insuffisants ou nuls, quoique la production agricole ait été un peu supérieure en quantité à la moyenne, ainsi que l'importation des principales matières premières. » Mais, ajoute le rap-
1. De 2.687 milles en 1878, la construction avait passé à 11.596 en 1882; elle retomba à 3.131 en 1885.
2. Par exemple, celles de l'Union Pacific tombèrent de 130 dollars en 1881 à 28 en
1884, celles du New-York Central de 151 à 37.
3. Les affaires ont été moins actives que l'année précédente, répète le gouverneur de la Banque en 1884, en 1885, en 1886 et en 1887 (quoiqu'il eût cru entrevoir une reprise en 1886). En 1888 seulement, il constate que « les derniers mois de l'année ontélé marqués par une reprise assez accentuée dans les affaires ». En 1889 : « Le sentiment que nous exprimions l'année dernière dans la reprise des affaires n'a pas été déçu. »
4. Cette diminution elle-même n'était pas nécessairement définitive. Il y a eu un relèvement de la valeur de la terre de 1897 à 1906, avec la bausse du prix du blé.
porteur, c'est que « les prix de venle de tous les produits commerciaux ont fléchi, pendant que les exigences de la main-d'œuvre devenaient plus grandes ». En 1884 la note est plus aiguë: « L'année 1884 marquera dans l'histoire du travail français comme une de celles qui ont infligé à la production nationale les souffrances les plus cruelles. Personne n'a pu oublier la vivacité des plaintes qui ont ému le Parlement et provoqué de sa part une enquête solennelle »... « C'est un mal général qui frappe les produits du travail dans toutes les parties du monde, devenues solidaires par l'effet du bon marché et de la rapidité des transports sur terre et sur mer », et le rapporteur incrimine la baisse des prix. « Il a fallu demander aux ouvriers une partie des augmentations de salaire qui leur avaient été consenties dans des jours meilleurs. » L'année suivante : « La baisse a été générale pendant l'année 1885... »
Les finances ressentirent les effets de cet étal de langueur, les receltes ordinaires et extraordinaires du Trésor, qui avaient progressé tous les ans depuis 1877, laissant un excédent, réel ou apparent, sur les dépenses, baissèrent constamment chaque année de 1881 à 1886, creusant en six ans un déficit total de 483 millions '.
Au commencement de 1887 on signalait des indices de reprise des affaires lorsque des bruits de guerre de l'autre côté du Rhin les arrêtèrent. « En dehors de quelques branches très peu nombreuses favorisées par la mode, comme les tissus de laine et les rubans, un élat général d'alonie a pesé d'un bout à l'autre de l'année sur les transactions *. >
i. Les six années 1882 a 1887 ; en 1885 le déficit s'éleva à 146 millions. La recette ordinaire et extraordinaire avait été de 3.785 millions en 1881 ; le minimum a été de 3.169 millions en 1886. La recette ordinaire a moins fléchi ; 3.055 millions en 1885 (maximum de la période), 2.940 en 1886 (minimum). La diminution a porté principalement sur l'enregistrement (571 millions en 1881,506 en 1889) et sur les boissons (439 millions en 1884, 412 en 1886).
2. Le président de la Commission, Teisserenc de Bort, essayait d'expliquer de la manière suivante l'état stationnaire de la consommation malgré la baisse des prix :
« Il y a un axiome en matière d'économie commerciale, qui présente l'abaissement des prix comme le moyen le plus efficace et le plus prompt pour développer la consommation. Or, les travaux de la Commission des valeurs de douanes constatent depuis un grand nombre d'années un avilissement continu du prix des objets de toule sorte ; comment cette baisse est-elle restée sans efficacité pour imprimer un regain d'activité à la consommation publique ?
« La cause de cette anomalie apparente est tout entière dans le double fait que voici : les prix notés par la Commission des valeurs sont les prix de la vente en gros ; les prix payés par le consommateur sont des prix de détail, et, comme les prix de détail n'ont pas suivi dans leur marche descendante les prix de gros, la situation du consommateur n'a pas été changée.
« On aurait pu croire que la concurrence, si puissante d'ordinaire pour ramener les cours à leur juste niveau, aurait suffi pour obliger les détaillants à faire bénéficier leur clientèle de la réduction des prix des marchandises qu'ils achetaient de première
Les périodes de stagnation laissent en général des traces dans presque toutes les manifestations de la vie économique :
Les prix restèrent bas, décourageant producteurs et spéculateurs. Le nombre-indice calculé d'après la valeur des marchandises importées en France était 133 en 1880 et il était tombé à 122 en 1883 après l'éclat de la crise ; il a continué à descendre, à 111 en 1890 et jusqu'à 91 en 1896. Le prix du quintal de blé que la disette avait fait monter à 31 francs, moyenne de l'année 1879, a été, excepté en 1891, au dessous de 22 francs, et celui delà viande de bœuf est resté jusqu'en 1890 bien au-dessous du prix de 1879 ', au grand préjudice des agriculteurs. De même pour le porc, le beurre et autres comestibles. Baisse aussi sur nombre de matières premières, la fonte, le coton, la soie, la laine, les peaux.
La consommation du charbon de terre fut à peu près stalionnaire de 1882 à 1888 \ La production de la fonte diminua de 1882 à 1891 3. Toutefois il y avait un accroissement dans la consommation du colon et de la laine. Dans les dépenses de luxe, on remarquait que la recelte des théâtres de Paris, après s'être élevée à 29 millions en 1883, était tombée jusqu'à 22 millions en 1887 et n'avait retrouvé son niveau (l'année de l'exposition universelle de 1889 exceptée) qu'en 1894. Le commerce extérieur, comme nous le verrons dans un autre chapitre, dans ses oscillations annuelles est resté jusque par delà l'année 1905 au-dessous du chiffre atteint en 1880.
Cependant il y a eu pendant la période 1880-1892 une certaine augmentation des salaires, mais proportionnellement moins forte que celle des périodes antérieures, de 1850 à 1880; c'est ce qui est constaté pour les ouvriers du bâtiment à Paris 4, pour les ouvriers de la petite
main, et cet effet se serait certainement produit si les conditions dans lesquelles s'exerce la vente au détail étaient restées ce qu'elles étaient autrefois ; mais les progrès des habitudes de bien-être qui se manifestent partout et qui ont été plus accentuées dans le milieu des boutiquiers que partout ailleurs, le développement des goûts de luxe dans les installations et dans la tenue des magasins, dans la toilette des dames de comptoir, l'aggravation des impôts, ont singulièrement accru les charges des détaillants et grossi le quantum des frais généraux qu'ils sont obligés d'ajouter à leur prix d'achat pour balancer leurs comptes. » Rapport de la Commission permanente des valeurs de douane, 1886-1887, p. 16.