millions de tonnes en 1882 et 37.000 en
4. Dans le volume des Questions ouvrières et industrielles sous la troisième République je dis : « En exprimant par 100 la moyenne des salaires des ouvriers du bâtiment à Paris on trouve les rapports suivants : en 1806, 100; en 1852, 148.3 ; en 1862, 187.8 ; en 1873, 193.3; en 1880, 252; en 1900, 271.6 ». Relativement à l'ensemble des industries, la comparaison de deux documents officiels autorise à dire : <• De 1848 à 1872, les salaires ont beaucoup augmenté à Paris ; de 1873 à 1892 ils ont augmenté encore, mais beaucoup moins. »
industrie dans les autres chefs-lieux de département et pour les ouvriers des mines '.
L'année 1889, favorisée par une exposition universelle, fut plus heureuse que les précédentes. Les récoltes furent bonnes en général ; la plupart des industries textiles, surtout celle de la laine, travaillèrent activement; les prix se relevèrent et la hausse se maintint en 1890 2.
Si,en 1891, le portefeuille de la Banque de France se gonfla d'une manière un peu factice, c'est un peu par contre coup d'une crise qui troublait le marché dans d'autres pays ; c'est particulièrement aussi à cause de la mauvaise récolte de cette année qui provoqua une forle importation et à cause de la menace d'aggravation du tarif douanier ; en réalité, ce gonflement marque le moment aigu d'une crise dont la liquidation se fit l'année suivante.
C'est à celle époque que la Compagnie du canal interocéanique, qui après avoir émis, de 1880 à 1888, une valeur nominale de 2.734 millions en actions et obligations et lancé par deux fois en 1888 une émission de 720 millions d'obligations à lots, dut déposer son bilan, faisant perdre à la petite épargne française plus d'un milliard. Ce désastre causa une profonde irritation.
Crises de 1890 et de 1893 à l'étranger. — Les bas prix que l'on constatait en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis ne préservèrent pas ces pays de crises qui sévirent particulièrement en 1890 et en 1893, mais dont la France ressentit peu le contre coup3. Toutefois les escomptes de la Banque de France, qui étaient tombés à 8.369 millions en 1887, remontèrent à 10.018 millions en 1891 pour retomber l'année suivante à 8.416 millions.
Il en fut autrement aux Etats-Unis. Après la crise de 1884, le génie de l'entreprise avait promplement repris son essor. La production de la fonte augmenta de 127 p. 100 de 1885 à 1890; elle dépassa la production anglaise. C'est alors que se forma entre de puissants capitalistes le pool, puis le trust du rail. Les grandes manufactures aug-
1 . Dans les chefs-lieux de département, d'après la statistique générale de France , l'augmentation s'est produite dans les proportions suivantes : en 1872, 100 ; en 1880, 112; en 1887, 118.
Dans les mines de houille, le salaire moyen a été : en 1847, 2 fr. 07 ; en 1872.3 fr. ?5 ; en 1883, 3 fr. 80 ; en 1890, 4 fr. 16. Pour plus de détails, voirie volume : Questions ouvrières et industrielles sous la troisième République, Ch. IX.
2. Cependant c'est en 1889 qu'ont eu lieu la chute de la Société des métaux qui avait tenté d'ïiccaparer le marché du cuivre et celle du Comptoir d'escompte qui l'avait imprudemment soutenue de son crédit.
3. Dans les années 1890-1891 le nombre des faillites fut même moindre qu'à l'ordinaire ; il ne s'éleva pas au-dessus de 6.052 (en 1890). Il avait dépassé 8.000 dans les trois années 1885-188".
méritèrent leur production ; de nombreuses voies ferrées furent cons-' truites. Malgré cette expansion, la spéculation américaine traversa les années 1890 et 1891 sans péricliter ; c'est seulement en 1893, année de l'exposition universelle de Chicago, qu'elle se heurta à recueil. Au mois de mai, la Compagnie des chemins de fer Northern Pacific donna le signal des suspensions de paiement ; d'autres suivirent, si bien qu'au milieu de l'année 1894 il y avait en liquidation 39.000 milles de chemins de fer représentant plus de 2 milliards 1/2 de capitaux. La production de la fonte se réduisit en conséquence. Les faillites se multiplièrent 4 ; 600 banques firent faillite ou se mirent spontanément en liquidation. 11 y eut, dit-on, plus d'un million d'ouvriers en chômage. Par suite du Sherman act qui obligeait le Trésor à acheter 4 millions d'onces d'argent par mois, acte qui ne fut rapporté que dans la seconde moitié de l'année 1893, le stock d'argent déprécié avait grossi et poussé l'or à s'exporter ; 87 millions 1/2 de dollars s'expatrièrent dans l'année 1892-1893. Grâce à une ingénieuse combinaison du Clearing house de New- York, 48 millions rentrèrent avant le mois d'octobre 1893 et la crise se liquida assez rapidement.
La République Argentine prenait alors un grand essor. Elle attirait émigrants et capitaux, défrichait ses prairies, construisait des chemins de fer, importait d'Europe, surtout d'Angleterre, son outillage et ses tissus. L'élan dépassa la mesure et une crise se produisit dont les suites eurent une longue durée. La puissante maison de Banque Baring et Cie, qui était très engagée dans les opérations argentines de crédit, suspendit ses paiements vers la fin de l'année 1890. Ce fut, sinon la cause, du moins le signal de la crise en Angleterre \
D'autre part, en Australie, où l'on avait poussé trop activement la construction et où le taux des loyers baissa beaucoup, laissant presque sans revenu les capitaux engagés, il y eut aussi crise et l'Angleterre, qui avait fait aussi en Australie des prêts considérables, subit de grandes perles. Elle enregistra en 1893 un millier de faillites de plus qu'en 1887. L'exportation diminua d'une cinquantaine de millions de livres sterling. La Banque d'Angleterre se chargea, de concert avec les grosses maisons de Londres, de la liquidation de la maison Baring ; mais elle dut élever le taux de son escompte à 7 p. 100 et emprunter de l'or à la Banque de France.
En Allemagne aussi la crise se fit fortement sentir ; le nombre des faillites de 1890 avait été de 5.936 ; en 1891, il s'éleva à 7.623.
Renouvellement du privilège delà Banque de France. — En France,
1. 10.314 faillites en 1892 avec un passif de 114 millions de dollars ; 14.212 en 1893 avec un passif de 431 millions de dollars.
2. En mars 1891 eut lieu en France un événement du même genre, quoique moins grave, la chute de la Société de dépôts et de comptes courants.
en 1893, et surloul durant les années suivantes, les affaires reprirent un cours plus normal '.
La Banque de France demandait depuis plusieurs années le renouvellement de son privilège qui expirait en 1897. Mais elle se heurtait à des obstacles et à des exigences de nature diverse. Ce ne fut pas sans peine qu'elle l'obtint à la dernière extrémité, par la loi du 17 novembre 1897, sous condition de renoncer aux intérêts de l'avance de 140 millions qu'elle faisait depuis 1857 et 1878 à l'Etat ", de prêter sans intérêt une nouvelle somme de 40 millions destinée à l'agriculture, d'ouvrir gratuitement ses caisses à la souscription et au paiement des renies françaises et aux comptables du Trésor 3, d'augmenter le nombre de ses succursales A et de ses bureaux auxiliaires, de se charger de contrôler le poids des pièces d'or. Le maximum de l'émission des billets de banque fut porté de 4 à 5 milliards 5.
La mauvaise récolte de 1897 influa peu sur le mouvement général des affaires qui s'accéléra pendant les deux années précédant l'exposition universelle de 1900. Les prix montèrent, quelques-uns, comme ceux de la houille et du fer, dans des proportions inusitées et, en 1900, le chiffre total des escomptes fut de 12.247 millions, le plus fort que la Banque eût enregistré depuis 1873 ; le portefeuille contint jusqu'à 1.422 millions à la fois. L'année suivante, une détente eut lieu et le portefeuille se réduisit un moment à 386 millions 6 ; le total des escomptes de 1902 n'a été que de 9.556 millions.
C'était la liquidation d'une crise que la France, cette fois encore, avait beaucoup moins ressentie que l'Allemagne et les Etats-Unis.
Crises en Allemagne el aux Etals-Unis, 1900-1903. — Après la liquidation de la crise de 1890, l'Allemagne prit de nouveau un rapide
1. « Nous avons à signaler cette année (1896) une reprise des affaires qui s'était déjà manifestée à la fin de 1895 et qui s'est consolidée en 1896, sans cependant qu'il se soit produit aucun des excès de spéculation qui avaient marqué la fin de l'année précédente. » (Compte rendu du gouverneur de la Banque de France.) A propos de la loi du 17 novembre 1897 qui a prorogé jusqu'en 1920 le privilège de la Banque de France : « L'Etat a imposé à la Banque, dit le gouverneur dans le compte rendu de 1898, dans l'intérêt général du commerce et de l'industrie et dans celui du Trésor, un supplément de charges considérable qu'elle a dû accepter pour le bien du pays. »
2. En 1857 la Banque avait prêté 60 millions à 3 p. 100 ; en 1878, 80 millions à 1 p. 100.
3. La Banque doit verser chaque année à l'Etat le huitième de l'escompte résultant de la circulation productive.
i. De 94 à 112.
5. La limite de la circulation des billets de la Banque de France avait été fixée le 12 août 1870 à 1.800 millions (en même temps que le cours forcé); le 14 août 1870 à 2.400 millions ; le 29 décembre 1871 à 2.800 millions ; le 15 juillet 1872 à 3.200 millions ; le 30 janvier 1884 à 3.500 millions ; le 26 janvier 1893 à 4 milliards ; le 17 novembre 1897 à 5 milliards. La limite a été élevée à 5.800 millions le 9 février 1906.
6. « Les capitaux disponibles », disait le gouverneur dans le compte rendu de 1902,
et très large essor, dans les industries chimiques et électriques particulièrement ; les grandes entreprises d'électricité ont multiplié les fabriques en créant des « filiales » dont elles fournissaient, à titre d'avance, le fonds d'établissement. Les constructions navales ont pris un très grand développement. Les chemins de fer d'intérêt local, sous l'influence de la loi du 28 juillet 1892, ont augmenté de 1.035 kilomètres à 8.455. La production de la houille a augmenté de 25 millions de tonnes en six ans \ Il en est à peu près de même pour celle de la fonte et de l'acier. Les filatures, de 1895 à 1900, augmentaient de plus de 2 millions le nombre de leurs broches2. Le nombre des ouvriers de fabrique augmentait beaucoup et leur salaire haussait, mais cette fois encore la tension était trop forte. La concurrence avait fait baisser les prix de vente dans l'industrie électrique pendant que le prix des matières premières et les salaires avaient augmenté. La crise survint, qui atteignit aussi les chemins de fer d'intérêt local, qu'on avait construits inconsidérément dans des localités où ils ne pouvaient pas donner de profits, et la construction des maisons, qui ne trouvaient pas de locataires. Les valeurs mobilières baissèrent beaucoup dans le cours de l'année 1900 ; la situation s'aggrava même par les recouvrements que l'Angleterre, ayant à pourvoir aux dépenses de la guerre du Transvaal, fit en or sur les banques allemandes. La Reichsbank opposa à cet exode l'élévation de l'escompte. La liquidation fut lente ; la reprise des affaires ne s'accentua nettement qu'en 1904.
Les Etats-Unis, pays coutumier des ardeurs excessives de spéculation, furent touchés aussi, mais plus tardivement, en 1903, et moins profondément.
La reprise des affaires el la hausse des prix. — En France, le président de la Commission des valeurs de douane, M. Picard, ne s'alarmait pas et il avait raison. Après avoir passé en revue les principaux articles du commerce extérieur, il concluait: « En réalité, l'année 1901, dans son ensemble, n'a pas été mauvaise pour notre commerce et pour notre industrie. Certaines branches de l'activité nationale ont, à la vérité, souffert ; mais d'autres, plus nombreuses, se sont relevées avec un regain de sèveel de vigueur qui depuis longtemps leur faisait défaut. »
Le relèvement fut plus sensible les années suivantes3. Le total des
sont demeurés, cette année encore, extrêmement abondants. Ce qui ne cesse de s'accroître, c'est la masse vraiment imposante des opérations effectuées par la Banque moyennant une rétribution nulle ou très minime... Notre tache, comme encaisseurs ou dépositaires, s'accroît d'une façon continue. »