La moyenne de 1876-1886 a été de 125 millions
l'Autriche-Hongrie (6,8), les Pays-Ras (6,5), le Brésil, la Russie (5,1), l'Indo-Chine française (2,9), la Turquie (2).
Les principales marchandises du commerce spécial de l'Algérie avec les pays étrangers et les colonies en 1908 sont les bestiaux (10,8 mil-lions), la houille (9,8), le café (7,6), le bois (7), les machines et mécaniques (4,9), l'huile de coton (2,2), les fruits de table, les fromages, le tabac. L'application à l'Algérie du tarif douanier de 1892 a réduit les importations étrangères.
La frontière du Maroc. — Au Maroc les Européens et particulièrement les Français jouissaient du privilège de pouvoir prendre des indigènes sous leur protection et de les soustraire par là à la juridiction indigène. La convention internationale de Madrid (3 juillet 1880) a réglementé ce privilège. Avec la France le traité du 18 mars 1845, signé après la victoire de l'Isly, avait fixé la frontière des deux Etats, mais seulement de la côte médilerranéenne jusqu'à la région au sud des Ksours « dont la délimitation serait superflue parce que c'est le désert proprement dit ». Du côté de la Méditerranée la limite est une ligne arbitraire tracée entre Lalla Marnia et Oudjda dans une plaine qui d'Algérie se continue au Maroc. Les partisans de l'extension coloniale estimaient que cette plaine tout entière aurait dû appartenir à la France jusqu'à la rive de la Moulouïa, frontière naturelle. Ils avaient pour objectif une pénétration plus effective de l'influence française de ce côté. La France obtint l'assentiment des Etats qui pouvaient être intéressés dans la question, entre autres celui de l'Italie qu'elle laissa libre de son action en Tripolitaine et celui de l'Angleterre au bénéfice de laquelle elle renonça à toute réclamation en Egypte. L'altitude malveillante de l'Allemagne nécessita la conférence internationale d'Algésiras (janvier 1906) qui apaisa à peu près le différend. Mais les Marocains étaient surexcités; les actes de violence qu'ils commirent motivèrent une intervention armée (1907) dont nous n'avons pas à rappeler ici les détails. Il suffit de dire qu'Oudjda fut occupé, que le général Liauley poussa même une pointe dans le bassin de la Moulouïa et occupa Taourirt, marché situé sur un affluent de ce fleuve ; les troupes françaises sont restées dans ces positions et y ont assuré la sécurité.
Des accords conclus en 1901 et 1902 avec le sultan du Maroc avaient stipulé l'établissement de marchés dans la zone de la vallée de la Moulouïa qui appartient en partie à l'Algérie et au Maroc, c'est-à-dire dans la région nord-est du Maroc. Les mesures sérieuses d'exécution n'ont été prises qu'au commencement de l'année 1910, le sultan ayant envoyé un ambassadeur à Paris pour négocier à ce sujet. Le général Liautey, haut commissaire de la région saharienne, obli-
gea, en vertu de l'accord, les Beni-You-Yahi à demander l'aman ; il fit occuper (29 juin 1910) Taourirt, marché important sur la Moulouya et installa plusieurs autres marchés dans la vallée pacifiée. Déjà, depuis plusieurs années, l'armée française faisait la police d'Oudjda, marché voisin de la frontière algérienne.
Dans le Sud-Oranais, au moment de l'insurrection de Bou-Amama, le chemin de fer, destiné surtout au transport de l'alfa, ne dépassait pas Saïda (par 34° 40' de latitude). On comprit la nécessité de le prolonger afin de pouvoir porter des forces militaires jusque dans l'Atlas saharien, et, en 1881-1882,116 kilomètres furent construits jusqu'à Mecheria, puis continués jusqu'à AïnSefra à travers un pays accidenté (1887). Le traité de 1845 avec le sultan du Maroc portait que les oasis d'Aïn-Sefra, Sfisifa, Tiout appartiendraient à la France, et celles d'Ich et de Figuig au Maroc. Mais Figuig fut occupé et le chemin de fer poussé par la vallée de l'oued Zousfana jusqu'à Colomb, marché situé à l'ouest du djebel Bechar (31° 30' de latitude). Cette voie ferrée borde la frontière orientale du Maroc, région montagneuse peuplée de tribus pillardes à peu près indépendantes du sultan* Le gouvernement fiançais s'est décidé un peu tardivement à entreprendre, en vue de la sécurité de ses communications, d'en faire la police, police militaire coûteuse et sécurité toujours incertaine. Cependant, sous le commandement du général Liautey, les tribus dont les attaques avaient à plusieurs reprises inquiété les positions françaises ont été vaincues (combat de Keddou, 2 mai 1910, etc.) et des postes avancés ont été établis à l'ouest dans la région montagneuse jusqu'à Bou-Denib sur l'oued Guir. La route de l'Algérie au Gourara et au Touàt se trouve ainsi gardée, mais c'est une route très peu rémunératrice par la valeur de son commerce et dont la sécurité est toujours menacée.
La pénétration du Sahara. — Le Sahara algérien était encore très peu connu en 1870, et le gouvernement français resta plusieurs années sans en entreprendre la reconnaissance. Cependant en 1872 le général Lacroix reprit possession de Touggourt et d'Ouargla et Tannée suivante le général de Gallifet pénétra jusqu'à El-Golea ; en 1874 Soleillet s'avança de cette oasis jusqu'en vue d'In Salah sans pouvoir y pénétrer ; de 1875 à 1877 Largeau se rendit à Ghadamès, puis tenta d'aller au TidikelL Les Pères blancs essayèrent de nouer des relations avec les Touaregs.
On songea à construire un chemin de fer d'Algérie au Soudan. L'ingénieur Duponchel fut alors (1879) le principal promoteur d'un des projets que plus tard d'autres, particulièrement MM. Rolland et Leroy- Beaulieu, ont repris. C'est ce qui a motivé l'exploration des trois missions du lieutenant-colonel Flalters qui, au cours de la troisième
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(16 février 1881), fut atliré dans un guet-apens et assassiné par les Touaregs Hoggar au puits de Tadjenout.
Foureau, dans plusieurs voyages, éprouva de grandes difficultés à pénétrer dans la région des Touareg?.
La frontière française n'ayant pas été déterminée par le traité de 1844, le projet de transsaharien ne fut cependant pas abandonné ; M. Paul Leroy-Beaulieu l'a défendu dans un livre publié en 1904.
A la suile de la crise politique que provoqua l'expédition du colonel Marchand à Fachoda intervint entre la France et l'Angleterre une convention signée le 5 août 1890 et portant que « le gouvernement de Sa Majesté britannique reconnaît l'influence de la France au sud de ses possessions méditerranéennes jusqu'à une ligne de Saï sur le Niger à Barroua sur le lac Tchad ». L'Angleterre se réservait l'influence sur la partie orientale conliguë à 1 Egypte. C'était ie partage du Sahara. La superficie sur laquelle, suivant celle convention, la France est libre (visà-vis de l'Angleterre) détendre son influence, entre le 30° parallèle et le Niger, est de près de 2 millions 1/2 de kilomètres carrés (non compris la Mauritanie qui a environ 900.000 kil. c.) ; le territoire, là où il n'est pas entièrement désert, esl occupé par des Touaregs indépendants qui sont de religion musulmane, bien que différents à plusieurs égards des autres musulmans. Mais la Régence de Tripoli, dont les frontières du côté du désert ne sont pas déterminées, dépend de l'empire ottoman et le Sultan d'ailleurs se considère comme le chef de tous les fidèles. Il n'a pas pris part à la convention anglo-française ; il n'a même pas reconnu le protectorat de la France sur la Tunisie. De là, soit à Ghadamès, à Rhat el dans quelques autres oasis, des difficultés permanentes entre la France et la Turquie.
La France a fait depuis vingt ans la reconnaissance du Sahara occidental et a occupé un certain nombre d'oasis. En 1891 un poste permanent fut établi à El Goléa. Mais pendant plusieurs années l'armée se borna à établir quelques autres postes dans le désert et quelques marchés francs, elle gouvernement a encouragé des explorations, telles que celles d'Altanoux et de Foureau. La plus importante et la plus mémorable est la traversée du Sahara, de l'oasis d'Ouargla à la ville de Zinder au Soudan, accomplie, non sans de grandes difficultés,de septembre 1898 à novembre 1899, par une colonne armée de 310 hommes sous la conduite du lieutenant-colonel Lamy et de l'explorateur Foureau. Elle rejoignit au Soudan deux autres missions parties lune du Sénégal, l'autre du Congo; les trois missions réunies vainquirent à Koussouri (avril 1900)Rabah, qui depuis vingt ans terrorisait le pays.
Dans le Sahara occidental la conquête a commencé en réalité en 1899. L'explorateur Flamand et le capitaine Pein. ayant rencontré une hostilité irréductible à In-Salah, occupèrent parla force l'oasis (décem-
bre 1899 et janvier 1900). Celte occupation a été le commencement d'une série d'expéditions et de combats à la suite desquels le Tidikelt (1900) et le Touât (1901) furent soumis, non sans quelques échecs (combat d'El Moungas, septembre 1903).
Du côté du Maroc le chemin de fer, avons-nous dit, a été poussé jusqu'à Colomb-Béchar, la révolte des Berabers a été comprimée. Mais les Berabers, abrités derrière leurs montagnes, entièrement indépendants en réalité du sultan, habitués à vivre de pillages, sont des voisins toujours dangereux contre lesquels il faut entretenir une surveillance militaire continuelle.
Sous le commandement du général Liautey, le colonel Laperrine, commandant du Touât, parvint, avec des troupes monlées sur des dromadaires comme les Touaregs, à avoir raison de leur résistance et à pacilier le massif du Hoggar (combat de Tilt). En 1904 un délachement du commandement Laperrine, venu du Nord, rejoignit à Timiaouine un détachement venu de Tombouctou ; les possessions françaises du Niger se reliaient aux possessions algériennes. Pendant les six années de son commandement de la division d'Oran (1904-1910) le général Liautey a poursuivi avec persévérance une œuvre très importante sur tout le flanc oriental du Maroc. Il a organisé, avons-nous dit, et pacifié la contrée de la Moulouia. Dans le Sud il a châtié les incursions des tribus montagnardes (en dernier lieu, combat de Moul-el- Bacha, 12 juillet 1910) et créé des marchés. En août 1910 le chef des Touaregs Hoggar, allié de la France, est venu à Paris.
Nous ne suivrons pas d'année en année le détail des opérations de police militaire dans lesquelles la politique coloniale a été successivement engagée pour protéger ses possessions algériennes contre l'hostilité des populations musulmanes du Sahara et du Maroc orienlal et pour relier ces possessions à celles du Niger. De là la série des opérations qui ont organisé le Sud-Oranais jusqu'à l'oued Guir, puis amené l'occupation du Touât, du Gourara, du Tidikelt, la campagne de l'Adrar (1909), tenu aujourd'hui en respect, et, au Soudan, l'occupation de Zinder. Cette police a été très coûteuse sans doute ; mais elle a été nécessitée par des entraînements successifs à mesure que la pénétration s'étendait.