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DEUXIÈME PARTIE. — La politique coloniale

Les partisans et les adversaires de t extension coloniale . — La troisième République a rendu aux colonies le droit de représentation dans le Parlement que leur avaient donné les constitutions de la première République et celles de la seconde. La loi du 24 février 1875 a donné aux trois départements de l'Algérie et aux quatre colonies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion et de l'Inde, le droit d'élire un sénateur ;

celle du 30 novembre 1875 leur a donné le droit d'avoir un député ; les lois du 16 juin 1885 et du 13 février 1889 l'ont étendu au Sénégal, à la Guyane, à la Cochinchine.

La pénétration du Sahara, dont nous venons de parler, faisait partie d'une politique générale d'expansion coloniale. Cette politique ne date pas des premières années de la troisième République, l'effort du gouvernement ayant dû se porter d'abord sur la reconstitution de l'armée et du matériel de guerre. En Algérie on se borna alors à réprimer les révoltes. En Indo-Chine l'audacieuse conquête d'Hanoï, en 1874, que Francis Garnier paya de sa vie, ne fut pas suivie d'une prise de possession ; elle ne donna lieu qu'à un traité que le souverain de l'Annam observa mal. C'est au congrès réuni à Berlin en juillet 1878 pour régler la question d'Orient et arrêter la Russie sur le chemin de Conslantinople, que fut en quelque sorte conçu le projet de rendre à la France, par une expansion coloniale, la force et le prestige que la guerre franco-allemande lui avait fait perdre. Les puissances se partageaient virtuellement l'Afrique, comme elles auraient fait de leur propriété. La France pouvait avoir sa part. L'Angleterre semblait ne pas s'y opposer et le prince de Bismarck ne voyait pas avec déplaisir la France s'aventurer dans un système d'annexions qui, en détournant l'attention et les forces de la nation, lui rendrait moins cuisante la douleur de la perte de l'Alsace-Lorraine et rendrait aussi une revanche moins probable : c'est cette même raison d'ailleurs qu'en France invoquaient les adversaires d'une dispersion de l'effort national dans des conquêtes lointaines.

Le premier résultat de celte politique nouvelle qui coïncida avec la présidence de Grévy, c'est-à-dire avec l'avènement définitif du parti républicain au pouvoir, fut l'expédition de Tunisie et l'établissement du protectorat français sur la Régence en 1881. Celte main-mise blessa profondément l'Italie qui depuis longtemps convoitait cette possession et qui y avait une colonie nombreuse. Le prince de Bismarck n'ignorait sans doute pas que cet événement serait une cause d'animosité des Italiens contre la France.

Au Sénégal les gouverneurs reprenaient la tradition de Faidherbe. Brière de l'Isle soumettait les Bosséyabé du Fouta (1881) ; le poste de Bafoulabé était créé et le Parlement votait (13 novembre 1880) la construction d'un chemin de fer de Médine à ce posle ; un traité, mal exécuté d'ailleurs, était signé avec Ahmadou (21 mars 1881). En Guinée un trailé conclu en avril 1878 avait de nouveau cédé Kotonou à la France.

Au Congo, Savorgnan deBrazza, dans son troisième voyage, pénétrait jusqu'au Pool, élargissement du Congo, fondait Franceville et Brazzaville et signait avec le roi Makoko un traité de prise de possession (1880) que le Parlement ratifia en 1882.

En Indo-Chine, le protectorat français du Tonkin, reconnu par le traité de 1874, était battu en brèche par le souverain de l'Annam qui cherchait, malgré ce traité, à se rattacher à la Chine et, d'autre part, des bandes chinoises envahissaient le Tonkin où les troupes françaises n'occupaient plus que Hanoï et Haïphong. Le chargé d'affaires de France en Chine signalait en 1880 le danger. « Si la France ne veut pas renoncer à toute influence dans l'Extrême-Orient, il est dune nécessité absolue d'apporter un prompt remède à une situation qui va s'aggravantde jour en jour. »

En France la presse discutait la question de l'expansion. Elle faisait un sympathique accueil aux explorateurs; mais elle était loin d'être unanimement favorable à des conquêtes lointaines. Il en était de même dans le Parlement où cette expansion avait ses partisans, ses adversaires et une forte majorité encore indécise. La droite et l'extrême gauche firent opposition à la reconnaissance du premier acte de cette politique, le traité de protectorat de la Tunisie. C'est un an et demi après, lorsque Jules Ferry, le grand promoteur de l'expansion, fut président du Conseil des minisires, que fut livrée dans la Chambre des députés la première grande bataille parlementaire sur cette politique.

Déjà, en décembre 1881, Gambetta, sans s'engager à fond, avait défendu les crédits demandés pour le corps d'occupation de la Tunisie. « Est-ce que vous ne sentez pas que les peuples étouffent sur le vieux continent? Est-ce que vous ne cherchez pas à créer au loin des marchés?... »

A une interpellation sur le Tonkin, en octobre 1883, Jules Ferry répondait par le même argument et invitait les députés à jeter les yeux sur la carte du monde et à « regarder avec quelle vigilance, avec quelle ardeur les grandes nations qui sont vos amies ou vos rivales, s'y réservent des débouchés. Il ne s'agit pas de l'avenir de demain, mais de l'avenir de cinquante ou de cent ans, de l'avenir même de la patrie ».

Une autre fois (Il décembre 1884) : « Est-il permis de dire que cette politique coloniale est un luxe pour les États modernes? Non, messieurs, cette politique est pour elles toutes une nécessité, comme le débouché lui-même. » Jules Ferry,partisan de la protection douanière, se préoccupait du renforcement du protectionnisme aux Etats-Unis et dans la plupart des Etats européens qui menaçaient les anciens débouchés.

Plus tard, dans la préface du livre Le Tonkin et la mère pairie publié en 1890, il revenait sur cette idée fondamentale : « L'exportation est un facteur essentiel de la prospérité publique... Le système protecteur est une machine à vapeur sans soupape de sûreté, s'il n'a pas pour corrélatif et pour auxiliaire une sérieuse politique coloniale... La

consommation européenne est saturée (?) ; il faut faire surgir des autres parties du globe de nouvelles couches de consommateurs. »

M. Etienne, qui était aussi un des patrons de l'expansion coloniale, insistait dans le même sens à la Chambre : « Alors que les marchés étrangers se ferment devant nous et que nous entendons nous-mêmes redevenir maîtres de notre propre marché, je crois qu'il est prudent de songer à l'avenir et de réserver au commerce et à l'industrie de la France les débouchés qui lui sont ouverts dans ses colonies et par ses colonies... D'ailleurs, dans la voie que nous suivons,nous avons l'exemple des pays voisins ; l'Europe tout entière serait-elle en démence ? » (1890-1891).

« Notre empire colonial s'étend tous les jours, disait plus tard M. Méline, président du Conseil (1898) ; l'Europe est en train de se partager le monde et il est juste que nous y prenions notre place. »

« Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas., disait M. Hanotaux (13 novembre 1894), qu'on l'approuve ou qu'on le blâme, la France est, comme la plupart des puissances européennes, entraînée vers une politique d'expansion lointaine qui n'est pas seulement la suite d'une volonté raisonnée ou d'un dessein calculé, mais qui est la résultante de ce besoin d'activité qui compte parmi les meilleurs symptômes de santé chez les races vigoureuses. » En effet cette expansion, réfléchie et voulue dans l'ensemble, a été maintes fois dans des cas particuliers le résultat d'entraînements imprévus. Jules Ferry le reconnut un jour à la tribune.

Les adversaires de l'expansion, de leur côté, ne manquaient pas d'arguments capables d'ébranler les convictions. Dans la discussion de décembre 1884 le duc de Broglie rappelait les enseignements de l'histoire et concluait qu'après les malheurs de 1870 « la prudence condamnait la France à se résigner sur le continent à une altitude de recueillement » et que chercher une compensation dans la création d'un empire colonial était une chimère dangereuse. « S'il est une chose que les annales les plus anciennes et même les plus récentes enseignent avec évidence, c'est que la puissance coloniale d'une nation européenne est en proportion à peu près exacte de sa puissance continentale et que ces deux forces sont solidaires lune de l'autre » et il citait à l'appui les succès coloniaux de la France sous l'administration de Richelieu et de Colbert et les revers sous Louis XV.

M. Clemenceau (31 octobre 1883) interpellait vivement Jules Ferry. On était allé au Congrès de Berlin pour proclamer « la politique des

mains nettes Où est-elle cette politique ? Elle a été abandonnée

par Jules Ferry qui... ». Nous ne sommes pas une île comme l'Angleterre. « Non, notre politique n'est pas, comme vous le prétendez, une politique de fierté nationale ; ce n'est qu'une politique de chauvinisme national ; ce n'est qu'une politique d'effacement en Europe,

puisqu'elle a pour conséquence nécessaire notre affaiblissement... Nous avons besoin de nos forces précisément pour empêcher la paix d'être rompue. »

Les socialistes ont apporté leur contingent au groupe des adversaires. Ils ne voyaient dans la conquête des colonies qu'un moyen d'élargir les profits de la classe bourgeoise et de contribuer au maintien du système capitaliste « tout en épuisant le sang et l'argent du prolétariat producteur ».

Le débat a été repris à maintes occasions dans le Parlement. Des rapports de la commission du budget ont très sévèrement, parfois avec passion, jugé la politique du ministère des colonies. Les débats ont été particulièrement vifs à la Chambre des députés à propos de la discussion du budget de 1911 et on a relevé, non sans exagération toutefois, des faits très regrettables, des pratiques administratives vicieuses.

Sans doute il y a eu des tâtonnements, beaucoup d'erreurs et même d'ignorance, de très graves abus. Il y en a encore ; mais il y a eu aussi, surtout depuis une quinzaine d'années, de loyaux et utiles efforts faits en vue d'une meilleure administration. Aujourd'hui le gouvernement doit corriger beaucoup, mais la France ne peut pas revenir en arrière : l'enchaînement des faits s'est imposé et la cause est devenue nationale. Malgré la persistance des griefs qui portent plus sur les mesures d'application que sur le principe, la France a décidément adopté la politique coloniale et cette politique, qui pourrait n'être pas quelque jour sans danger, en cas de guerre européenne, a donné déjà, sous le rapport commercial surtout, des résultats d'une grande importance.

Le prince de Bismarck, avons-nous dit, n'a pas dû voir avec déplaisir la France s'y engager. La politique coloniale devait, en créant au pays des préoccupations d'un genre nouveau, rendre moins intense et moins exclusive la préoccupation d'une revanche sur le Rhin. En étendant le domaine français et l'action colonisatrice et militaire au delà des mers et jusque dans l'Extrême Orient, elle devait produire une dispersion des forces en cas de guerre à la fois continentale et maritime. Dans le cours de son histoire la France avait éprouvé la difficulté qu'elle avait à faire face en même temps sur terre et sur mer à des ennemis coalisés ; sous François Ier, par exemple, qui, devant une reprise d'hostilités avec Charles-Quint, avait rappelé les premiers colons du Canada ; sous Louis XIV, que sa dernière guerre réduisit à céder à l'Angleterre une partie de ses colonies d'Amérique ; sous Louis XV, qui dut signer en 1763 l'abandon définitif de l'Inde et du Canada ; sous la République et l'Empire, où toutes les possessions coloniales de la France tombèrent aux mains des Anglais. Qu'adviendrait-il au xxe siècle s'il se produisait do semblables complications ?

Il y a eu particulièrement des tâtonnements dans l'administration centrale. Sous le ministère Gambelta les colonies ont été détachées du ministère de la marine pour être rattachées au ministère du commerce sous les ordres d'un sous-secrétaire d'Etat. En janvier 1882 elles revinrent à la marine et le sous-secrétaire d'Etat fut maintenu. En 1889 elles ont été encore une fois rattachées au ministère du commerce, puis à celui de la marine (1892-1893) ; enfin (loi du 20 mars 1894) elles ont été érigées en ministère des colonies de qui relèvent aujourd'hui toutes les colonies et les protectorats, à l'exception de la Tunisie.

La philosophie humanitaire envisage les choses d'un autre point de vue que la politique coloniale. Elle demande pourquoi il suffit qu'un hardi voyageur ait le premier mis le pied sur une terre inexplorée ou seulement inoccupée par un Etat européen ou américain, pour que le gouvernement de l'Etat dont cet explorateur est citoyen déclare : « Cette terre est à moi », comment il se fait qu'au xixe siècle des diplomates, rassemblés autour d'un tapis vert, aient découpé la carte de l'Afrique et s'en soient réciproquement octroyé les morceaux en disant aux représentants des gouvernements désireux d'avoir une part : « Vous pouvez prendre ceci ; bien que nous n'ayons aucun droit de donner ce qui n'est pas à nous, notre acte constituera désormais votre droit. » L'histoire a critiqué le partage du monde à découvrir, qu'un pape a fait entre le Portugal et l'Espagne à la fin du xve siècle ; le pape pouvait au moins alléguer que, vicaire du Christ, il avait pour mission dans le monde de sauver les âmes en les initiant à la foi chrétienne. On dit aujourd'hui qu'on apporte le bienfait de notre civilisation à des races non civilisées. D'abord est-ce certain pour les races musulmanes et bouddhiques? Si les dominateurs le pensent et recueillent en effet des profits, les peuples dominés, qu'on ne consulte pas sur ce point, sont peut-être d'un autre avis. Le Japon n'a pas eu besoin de devenir une colonieeuropéenne pour s'approprier les résultats de la civilisalionoccidenlale. Quant aux races incontestablement inférieures, comme celles du centre de l'Afrique, la colonisation leur procure le bienfait de la sécurité en échange d'une autonomie dont en général elles usaient mal. Mais presque partout en Amérique le contact de la race conquérante et de la race conquise a abouti à l'extermination de celle-ci ou à son maintien dans un état d'infériorité. Il n'y aura certainement pas extermination en Afrique; au contraire il y aura très vraisemblablement accroissement de population et de production agricole, comme cela s'est produit en Algérie, mais les indigènes auront des charges d'impôts qu'ils ne connaissaient pas. L'Europe allègue le désir philanthropique de civiliser des demi-sauvages; auxxvie et xvne siècles elle alléguait, à l'époque des découvertes,la conversion des indigènes, puis, pour justifier la traite des noirs, l'intérêt supérieur qu'il y avait à doter ces païens, au prix de leur liberté, du bienfait de la foi chrétienne.

Il y a des publicistes qui ont la naïveté de croire à un « droit » primordial et incontestable, parce qu'à une époque quelconque un voyageur a foulé le sol d'une contrée et peut-être obtenu d'un chef la reconnaissance d'un traité dont ce chef ne comprenait guère les conséquences. Les politiques plus avisés comprennent que ce droit n'est autre, tout d'abord, que celui de la force, qu'une colonie est une conquête, facile ou difficile et que celte conquête est faite surtout en vue de procurer à la nation conquérante un débouché pour son commerce, un placement pour le trop-plein de sa population quand il y a trop plein, ou du moins un théâtre d'activité pour ses entrepreneurs, et un emploi fructueux de ses capitaux. En France les capitaux sont relativement abondants et émigrent plus facilement que les hommes. Dans plusieurs de nos possessions d'outre-mer il y a plus de fonctionnaires que d'entrepreneurs et il arrive peut-être trop souvent que le favoritisme politique expédie ses créatures dans ces postes éloignés.

Les efforts que le gouvernement français se targue d'avoir faits et de faire pour améliorer dans certaines possessions la condition des indigènes soumis à son autorité ne sont pas des forfanteries vides de sens. Il a donné aux pays plus de sécurité ; il a protégé davantage les faibles contre l'oppression des forts ; il a supprimé en totalité ou en partie des institutions que réprouve la civilisation moderne, comme l'esclavage. Mais, d'autre part, on ne saurait nier que les représentants de la race européenne n'ont pas su en général se concilier, sans doute à cause de la différence de race, de religion ou de mœurs, la sympathie des indigènes, et que leur indifférence ou leur mépris pour eux, parfois même leur administration vexatoire, les a au contraire profondément froissés. Les musulmans de l'Algérie sont soumis, mais ne sont pas moralement rattachés, ceux du Sahara restent au fond très hostiles, parce que la police française a réprimé en partie les razzias et le rançonnement des caravanes. La situation paraît être meilleure dans l'Afrique occidentale, quoique les progrès de l'islamisme inspirent à juste titre l'inquiétude. Les populations encore primitives du Congo supportentpéniblement le poids des impôts et la servitude des corvées. En Indo-Chine, c'est surtout la lourdeur des impôts qui est une des causes de l'hostilité latente des indigènes. Il est bien difficile de réagir contre des courants de sentiments nationaux ; mais du moins l'administration et les colons devraient comprendre que leur intérêt est de chercher à les tempérer plutôt qu'à les irriter.

Les institutions et les sociétés coloniales. — A l'exposition universelle de 1889 les colonies se tirent beaucoup remarquer; c'est à peu près le commencement d'un grand mouvement d'opinion publique. En 1892 se forma à la Chambre des députés, sous la présidence de

M.Etienne, un groupe colonial qui exerce depuis ce temps une grande influence dans les délibérations de la Chambre. Un groupe semblable s'est formé au Sénat. Des chambres de commerce coloniales se sont constituées.

Depuis 1898 l'Office national du commerce extérieur, qui avait été fondé en 1883, est devenu une institution officielle qui s'intéresse au commerce colonial comme à toutes les formes du commerce extérieur de la France. Des sociétés ayant un caractère plus spécial se sont constituées : le Comité de l'Afrique française, en 1890, sous la présidence du prince d'Arenberg, le Comité de l'Asie française, en 1901, sous la présidence de M. Etienne, et une vingtaine d'autres sociétés qui s'occupent, dans certaines colonies, d'émigration, de colonisation, d'agriculture, de commerce, de propagande par l'enseignement. A celte propagande contribuent largement les deux principales sociétés de géographie de Paris, la Société de géographie et la Société de géographie commerciale, et des sociétés de province. L'Institut colonial international y contribue aussi par d'importantes publications. L'Ecole coloniale, créée en 1889, prépare des fonctionnaires pour l'administration coloniale. Il existe à la Sorbonne une chaire de géographie coloniale et dans plusieurs facultés de droit une chaire de législation coloniale. La presse coloniale a pris un ample développement et contribue pour sa part à la propagande. Les questions coloniales sont ainsi devenues plus populaires en France qu'autrefois.

Le budget des colonies. — Jusqu'en 1886 les services des colonies étaient réunis à ceux de la marine. Le premier budget du ministère des colonies en 1887 portail une dépense de 43 millions. La dépense augmenta, avec l'extension coloniale, jusqu'en 1901 où elle a été de 124.s54.000 francs. La loi du 13 avril 1900 a opéré un grand changement dans l'administration et dans la constitution financière des colonies et protectorats. La loi de finances du 28 avril 1893 avait imposé aux colonies un contingent annuel pour faire face aux dépenses du budget colonial. Celle de 1900 renversa les rôles : les frais d'administration civile furent mis à la charge des colonies ; l'Etat devait seulement leur accorder des subventions en cas de nécessité. Les dépenses militaires et pénitentiaires restèrent au compte de 1 Etat, qui toutefois conserva le droit d'imposer à chaque colonie des subventions pour les dépenses militaires.

Le budget de l'Etat a été réduit par suite de cette transformation. Il s'est clôturé en 1907 par 96 millions 1/2 sur lesquels les colonies ont remboursé à l'Etat 17 millions, principalement pour leur part dans les dépenses militaires. Pour 1910 la dépense de l'Etat est estimée à 101 millions, dont 83 millions 1/2 pour les dépenses militaires1. Sur ces

1. En 1901 les dépenses militaires à la charge de l'Etat avaient été de 91 millions.

83 millions 1/2 les possessions d'outre-mer participent pour 15 millions 1/2, dont 13 1/2 à la charge de PIndo-Chine. Le ministre des colonies disait dans un rapport au Président de la République : « La contexture nouvelle des budgets est basée sur ce principe que toutes les dépenses de pure administration doivent être supportées parle budget local de la colonie dans laquelle elles s'effectuent, le budget général demeurant de façon mieux tranchée l'organisme financier où sont représentés les intérêts communs aux diverses possessions. »

En conséquence la somme des subventions accordées par l'Etat aux budgets locaux a été réduite de 5 millions 1/2 en 1901 à 1 million 1/2 en 1910 (chiffre provisoire).

Le budget colonial, budget métropolitain et budgets spéciaux des colonies et protectorat, ne donne pas le total des dépenses que la politique coloniale a nécessitées. Lès millions que les expéditions sahariennes et la compression des soulèvements et des incursions des marocains ont coûté n'y figurent pas. Les responsabilités que l'Etat français a assumées par des garanties d'emprunts n'y apparaissent pas non plus.

Pour l'exercice 1909 les prévisions sont les suivantes : dépenses métropolitaines, 97 millions 1/2, dont 17 1/2 sont remboursés par les colonies ; reste 80 millions ;— dépenses des budgets locaux des colonies, 273 millions 2/3 dont 3 millions de subvention de l'Etat à déduire : reste 270 millions 1/3. Total général: 351 millions.

L'administration centrale, personnel et matériel, a coûté 1. 298.000 fr., l'inspection des colonies 331.000 francs, les subventions à des compagnies de câbles sous-marins 424.000, les subventions aux budgets locaux 5 millions 3/4. Les dépenses militaires ont coûté 81 millions ; le service pénitentiaire, 7 millions 3/4.

D'autre part l'Etat a encaissé 17 millions 1/2 perçus pour son compte par les colonies, par exemple la rente de l'Inde (711.000 fr.), les retenues sur la solde aux colonies (952.000 fr.), le remboursement de la part des habitants dans les hôpitaux (1 million), la contribution aux dépenses militaires (14 millions 1/3).

Le ministère des colonies est devenu moins un centre d'administration directe des colonies qu'un office de renseignements, d'encouragements, de haute police, de surveillance, et, quand il est nécessaire, d'assistance.

Par exemple, l'Etat français a donné sa garantie à des emprunts contractés par des colonies1 pour travaux publics, principalement pour établissement de voies ferrées ; il a liquidé en 1909 le compte de construction du chemin de fer de Kayes au Niger2.

1. Les emprunts coloniaux, qui représentaient en 1895 un capital de 27 millions 1/2, représentaient 658 millions en 1908.

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