RÉPARTITION
Phase intermédiaire
CIRCULATION
Les résultats de l'activité économique d'un peuple appliquée aux trois grandes branches de la production des richesses, l'agriculture (avec la pêche et les mines), l'industrie, le commerce ne sont ni des fractions égales partout, ni des fractions toujours constantes de cette production. La première, qui fournit toutes les matières de l'alimentation et du travail, est la plus importante; elle domine de beaucoup dans les sociétés primitives, dans celles dont la population est essentiellement rurale, comme la France féodale l'était, et dans des sociétés civilisées récemment et exploitant des terres vierges, comme la République Argentine.
La seconde transforme la matière par le travail d'usine, dans des pays où la manufacture est très perfectionnée, comme l'Angleterre. La troisième, qui transfère d'un propriétaire à un autre les richesses produites ou simplement appropriées, emprunte en général la matière de son activité aux deux autres branches et ne peut d'ordinaire se développer qu'autant que celles-ci sont elles-mêmes développées. En effet, si « les produits s'échangent contre des produits », il faut que
ces produits préexistent pour que l'échange soit possible. Toutefois, il y a des cas où le commerce dépasse la production nationale ; tel a été celui de la Hollande au dix-septième siècle.
En général le commerce est subordonné à la production et mesuré par la plus ou moins grande abondance de produits ; mais son importance relative va croissant avec la division du travail. En effet, dans une société exclusivement agricole ou pastorale, la plus grande partie de la richesse dont vit cette société est consommée en famille, sans donner lieu à des échanges. A mesure que la nature des productions se diversifie et que la division du travail s'accentue, la circulation qui se produit par des échanges se développe ; elle est devenue nécessaire dès le jour où se sont formées des agglomérations urbaines dont les citadins ne se nourrissaient qu'en achetant leurs vivres aux ruraux. Les échanges constituent le commerce. Dans l'état social, qui est le véritable état de l'humanité, ce terme intermédiaire prend avec le progrès de la civilisation et la fréquence des relations une telle importance que des économistes ont cru pouvoir définir l'économie politique « science des échanges >, définition trop étroite toutefois.
Le commerce consiste à acheter pour vendre. Ses fonctions essentielles sont l'achat, le transport, la conservation, la vente des marchandises ; mais, pour qu'il y ait acte de commerce, il n'est pas nécessaire qu'il y ait transport et conservation ; l'échange, c'est-à-dire le transfert d'un propriétaire à un autre d'une valeur contre une valeur réputée équivalente, suffit. Cette équivalence, nous la définissons « équation de l'offre et de la demande ».
Si l'échange suffit pour qu'il y ait acte de commercer, le plus souvent le commerçant transporte la marchandise d'un lieu à un autre ou d'un temps à un autre, la prenant où et quand elle se trouve, dans les conditions les plus avantageuses pour lui, c'est-à-dire ordinairement au meilleur marché, et se proposant de la vendre là et quand la vente lui sera le plus lucrative. On peut dire que le service rendu par là à une population est immense puisqu'il lui procure chaque jour une infinité de satisfactions qu'elle serait dans l'impossibilité d'aller chercher elle-même sur place.
Le fabricant, dit M. Lexis, peut se mettre en rapport direct avec le consommateur: c'est ce qui arrive dans beaucoup de cas et dans ces cas le fait de commerce consiste à produire pour vendre. Mais dans une foule de cas aussi, qui deviennent la majorité des cas là où la division du travail a acquis un grand développement, le commerce achète et vend sans créer le produit, en lui donnant seulement certains apprêts accessoires qui en facilitent la vente. Le commerçant, dit encore M. Lexis, est alors un spéculateur qui cherche à prévoir l'avenir