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être clans l'état normal, se suffire autant que possible à elle-même. « Il ne faut donc pas que la cohésion des industries nationales (que diversifie la division du travail) soit rompue. » De ces prémisses il conclut à la protection — temporaire au moins —des industries qui ne sont pas adultes et de celles qui sont indispensables à la défense publique, comme la métallurgie et la marine, à l'établissement de droits compensateurs pour équilibrer les charges fiscales, et de droits protecteurs pour défendre le travail national et le salaire national.
M. Charles Gide. — M. Ch. Gide (Cours d'économie politique, 1909) ' commence par montrer l'inanité de la balance du commerce à laquelle il propose de substituer « la balance des comptes » qui comprend la totalité des créances et des dettes de part et d'autre et se règle d'elle-même nécessairement tôt ou tard. Il dit avec raison que le mercantilisme s'intéresse surtout à l'exportation (et aussi, dit-il, à l'industrie nationale) ; mais pourquoi ajouter, comme antithèse, que le libéralisme ne s'intéresse qu'à l'importation? Il reconnaît qu'importation et exportalion ont leur utilité. L'importation consiste en achats qui procurent du bien-être, des aliments, des matières premières. L'exportation est une vente qui enrichit et développe l'industrie nationale ; elle peut, dans certains cas, étendre la suprématie commerciale d'un peuple, mais elle peut être quelquefois excessive et, partant, de peu de durée et désavantageuse. M. Gide admet la théorie par laquelle Stuart Mill démontre qu'un peuple peut avoir intérêt à importer une marchandise qu'il pourrait produire lui-même à meilleur marché, s'il peut exporter en échange une marchandise qu'il produit encore à meilleur compte.
Il expose et oppose la thèse libre-échangiste et la thèse protectionniste. Pour l'économie politique « classique » la question de la mesure du tarif douanier n'existe pas parce que cette doctrine enveloppe le monde dans une vaste unité et qu'elle ne voit dans l'échange qu'une forme de la coopération universelle. L'école protectionniste au contraire, qui voit dans la concurrence internationale une lutte pour la vie, veut constituer une nationalité indépendante et assez forte pour repousser l'invasion étrangère, car la lutte produira l'écrasement des faibles ; si le pays importateur n'a pas une contre-valeur à fournir en marchandises, il devra fournir son numéraire ou rester débiteur.
M. Gide est d'avis qu'il est absurde de prétendre en thèse générale que les droits de douane sont payés par les importateurs ; il constate par l'exemple de l'Angleterre libre-échangiste que les droits protectionnistes renchérissent la vie; il constate aussi que le protectionnisme pousse à la surproduction intérieure, qu'il ralentit le progrès industriel. Il ne croit pas à la spécialisation à outrance ni à la dépopulation
1 . Ce volume est le développement des Principes d'économie politique, ouvrage qui avait eu onze éditions.
dont les protectionnistes menacent les Etats libre-échangistes. « Gela suffît, dit-il, pour nous faire haïr les systèmes protectionnistes en tant qu'ils ont pour but de réaliser pour chaque peuple le « chacun pour soi, chacun chez soi. » Mais cela ne nous permet pas non plus de considérer comme désirable le libre-échange absolu, le « laissez-faire, laissez-passer », puisque ce n'est là qu'une forme de la concurrence anarchique. Gomme conclusion il recommande les traités de commerce et les unions commerciales qui assurent la fixité des droits et doivent conduire graduellement à un régime plus libéral, tout en ménageant les situations acquises. Mais, pour pouvoir négocier un traité, il faut avoir un tarif. La France a eu tort de proscrire les traités de commerce.
M. Clément Colson. — M. Colson (Cours d'économie politique professé à VEcole nationale des ponts et c haussées, \903l)a fait une analyse détaillée et précise des conditions du commerce. Il décrit le fonctionnement des bourses qui sont de nos jours un organe presque nécessaire des opérations du commerce en gros ; les modes de groupement et d'entente des commerçants et des industriels, corner, cartel, trusl, fusion, dont il montre les avantages et les inconvénients. Les avantages de la concentration sont dans une économie des frais généraux, la possibilité d'écouler les stocks en temps de crise, la fixité relative des prix. Un des inconvénients est l'accaparement ; cet accaparement, quand il contrarie la tendance naturelle du marché, risque d'aboutir à un échec et il ne peut guère se former que derrière le rempart d'une haute barrière de douanes. Ces groupements emploient le « dumping System » qui consiste à placer à l'étranger l'excès de production audessous du prix de revient en indemnisant les intéressés au moyen de sommes prises sur les hauts prix que le droit protecteur permet de maintenir sur le marché national ; système dangereux qui fournit des armes à la concurrence étrangère.
Relativement au commerce de détail M. Colson donne les raisons de l'écart entre les prix de gros et les prix de détail, et de la fixité relative de ceux ci ; il signale l'inconvénient de la multiplicité des détaillants et le mouvement de concentration en grands magasins offrant de notables avantages aux consommateurs par le grand choix de marchandises, le bon marché, le prix fixe, le paiement comptant. Les associations coopératives de consommation peuvent procurer et procurent même déjà dans certains cas en France un avantage de même genre aux petits consommateurs. Les grands magasins procurent souvent à leurs employés, par les appointements et par la guelte, une situation plus avantageuse que s'ils étaient de petits détaillants.
M. Colson insiste plus longuement sur le commerce international. Dans le commerce intérieur, dit-il, la puissance publique doit envisa-
1 . Depuis lors, plusieurs tirages ou éditions ont été faits des divers tomes dont se compose cet ouvrage, actuellement formé de 6 vol. gr. in-8.
ger avec la même faveur les deux conl raclants ; dans le commerce extérieur elle ne s'intéresse qu'à un contractant sur lequel elle a autorité : ce qui justifie une législation spéciale. C'est une erreur de croire qu'il y ait. par suite, antagonisme international ou asservissement d'un pays à un autre ; il y a échange volontaire de produits, souvent de produits de même nature, qui ne diffèrent que par des nuances dégoût et qui peuvent être substitués les uns aux autres ; le colon même, par exemple, pourrait être remplacé dans beaucoup de cas par le lin ou la laine. Un peuple peut êlre pour la même denrée importateur à l'Ouest et exportateur à 1 Est. Le commerce extérieur d'ailleurs, quelque considérable qu'il soit, figure dans le mouvement économique d'une nation pour une part bien moindre que le commerce intérieur.
Comme les autres économistes M. Colson oppose à la théorie de la balance du commerce la vraie « balance finale », laquelle comprend non seulement l'importation et l'exporlalion des marchandises enregistrées par la douane, mais les services reçus ou rendus, l'acquisition ou cession d'immeubles et de valeurs mobilières, les revenus tirés de l'extérieur par les voyageurs, par des propriétés immobilières ou mobilières à l'étranger ; la monnaie ne solde que l'écart final. Le capital et le travail n'émigrent pas aussi facilement que le supposent les protectionnistes ; il y faut des circonstances exceptionnelles comme en Irlande.
« L'intérêt commun de tous les peuples est que la division du travail s'effectue entre eux de telle sorte que chacun s'adonne de préférence aux branches auxquelles il est le plus apte. L'inlérêt particulier de chaque peuple est de ne proléger aucune branche de la production et de laisser l'initiative individuelle choisir.. » « Les véritables économistes nationaux ne sont pas ceux qui mettent leur science au service des préjugés particularisles de chaque classe de producteurs, mais ceux qui tiennent compte de. l'ensemble des intérêts de la nation, en envisageant chaque citoyen non seulement comme producteur, mais aussi comme consommateur et contribuable, et qui sont amenés ainsi à reconnaître que la liberté est encore le meilleur moyen d'assurer l'emploi le plus avantageux de chaque élément de la force nationale sous l'aiguillon de la concurrence. »
« Il est plus avantageux pour un peuple, comme pour les particuliers qui le composent, de cesser d'exploiter certains instruments de production que de dépenser pour les exploiter plus qu'ils ne peuvent produire. » Seulement il peut être bon que le gouvernement prenne des mesures pour atténuer la crise que produirait un brusque abaissement des barrières ; si celle réserve d'ailleurs est valable pour les industries existantes, elle ne l'est pas pour des industries à créer. Avec la liberté des échanges les prix tendent à se niveler. Autre observation : « Le droit s'ajoute, en totalité ou en partie, aux frais que le
consommateur supporte définitivement », sauf dans certains cas exceptionnels. Il refoule dans une mesure plus ou moins étendue le produit étranger; il surélève les prix à l'intérieur dans une proportion qui varie suivant l'intensité des besoins. Il n'accroît pas en somme, comme le pensent les protectionnistes, le salaire national, « la demande supplémentaire de travail et de capital qui se produit d'un côté ayant pour contre-partie une diminution de demande qui se produit d'un autre côté. » « Dans un pays qui est importateur de produits agricoles et exportateur de produits fabriqués, comme la France, c'est sur les travailleurs que pèse le renchérissement des denrées. »
M. Colson recommande les traités de commerce dont les théoriciens du libre-échange ont contesté l'intérêt.
M. Paul Leroy-Beaulieu. — M. Paul Leroy-Beaulieu {Traité théorique et pratique d'économie politique, 5e édition, 1910) J est à la fois, comme M. Colson, non seulement un professeur, théoricien de la science économique, mais un homme familiarisé avec la pratique des affaires ; comme lui, il porte son examen sur le commerce intérieur. Il rappelle que le prix est le grand régulateur en économie politique, que les prix sont toujours en mouvement tout en tendant à l'équilibre. Entre les prix de gros et les prix de détail la différence est souvent très grande ; elle s'explique par les conditions dans lesquelles opèrent beaucoup de détaillants. Il y a souvent trop de petits détaillants. Les grands magasins sont un tempérament ; l'ancienne théorie commerciale était le plus gros gain possible sur chaque unité de marchandise ; ils y ont substitué la théorie du petit gain multipliant les ventes; ils ont le tort parfois d'écraser le marché par des soldes au-dessous du prix de revient.
Le commerce doit être entièrement libre ; l'Etat n'a pas à s'immiscer dans le contrat. Un marchand a le droit de vendre du lait mêlé d'eau, ou du vin travaillé, ou de la margarine à condition de le faire savoir préalablement à ses acheteurs : il n'y a que la fraude en pareil cas qui soit repréhensible. Les ententes entre marchands, cartels, trusts, etc., ne sont pas condamnables en elles-mêmes, mais elles peuvent commettre des actes condamnables; au reste, dans un pays de libre commerce le succès de leurs manœuvres, quand elles sont oppressives, n'a pas une longue durée. « La spéculation est une des forces indispensables au progrès. » Les ententes industrielles ou commerciales peuvent-elles aboutir à l'étatisation, comme le pense M.Brouilhet ? C'est peu probable.
M. Paul Leroy-Beaulieu croit avec plusieurs auteurs que le commerce extérieur a pu, aux âges primitifs, devancer dans certains pays le commerce intérieur.
Il énumère les avantages généraux que le commerce extérieur, l'im-