Ouvrage traduit en français par Lepelletier
1910 figurent, avons-nous dit, celui des automobiles. Pourtant n'estce pas la Fiance qui est pour celte industrie l'éducatrice des autres pays ?
Les quatre principaux groupes d'opinions. — On peut, négligeant les nuances individuelles, réunir en quatre groupes les opinions qui ont cours aujourd'hui sur les conditions et la politique du commerce international.
Les praticiens du protectionnisme, qui se composent des agriculteurs et industriels protégés, de publicisles et d'hommes d'Etat, sont probablement le groupe le plus nombreux ; en tout cas leur groupe est aujourd'hui le plus influent dans le Parlement français, comme dans d'autres Parlements à l'étranger. Ils forment un parti puissant. On ne peut pas dire qu'ils forment une école ; car ils se défendent, surtout leurs orateurs à la tribune, de faire de la théorie et ils se disent des hommes pratiques qui ne veulent voir que les faits et les intérêts actuels. Il faut pourtant bien qu'ils aient quelque idée théorique pour se diriger, sans quoi ils parleraient et légiféreraient au hasard ; cette idée théorique, nous l'avons exposée ; ils la produisent eux-mêmes dans des manifestes et des discours ; elle sert de justification aux mesures qu'ils réclament ; nous avons dit, comme on l'a dit jadis de certains hommes d'Etat, qu'ils maximent leurs pratiques.
Le second groupe est celui des théoriciens du protectionnisme. Nous avons fait connaître leur théorie qui est fondée principalement sur les différences de puissance productive qui existent entre les Etats, sur l'intérêt qu'a chaque Etat de posséder la plus grande variété possible d'industries, sur la nécessité d'étayer par une tutelle protectrice les industries naissantes jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment développées. Il y a des théoriciens, comme M. Patten, qui semblent partisans d'une protection continue sans limite de durée ; mais nous avons vu qu'en France les théoriciens du protectionnisme les plus autorisés estiment, comme l'ont dit nombre de ministres dans les débals parlementaires, que la protection doit être une mesure temporaire et qu'une industrie condamnée à une éternelle infirmité n'est pas en réalité viable et n'est pas cligne d'être protégée.
Le troisième groupe est celui du libre-échange absolu. Il n'a pas aujourd'hui la même autorité dans la science économique qu'il a eue dans la première moilié du dix-neuvième siècle. Les écrivains mêmes qui le considèrent comme étant la théorie vraiment logique et celle que l'avenir doit réaliser dans la pratique, acceptent aujourd'hui presque tous une partie des tempéraments que la politique exige, en distinguant la science dont ils réservent les droits et l'art qui est contingent et variable. La science ne fait pas acception de frontières ; elle cherche et fixe les lois générales de l'échange. L'art tient compte des situations
acquises, prend des ménagements pour les modifier ; c'est ce que faisaient les premiers maîtres de la science, Adam Smith et J.-B. Say. Le quatrième groupe est celui de l'école libérale actuelle qui admet volontiers les contingences et qui reconnaît, par expérience, que le régime douanier peut légitimement différer d'un pays à l'autre suivant les conditions naturelles ou acquises de chaque pays, mais que, dans l'état actuel des sociétés et particulièrement en France, le protectionnisme, tel qu'il est constitué par les lois depuis 1892, est une entrave non seulement à l'accroissement du commerce extérieur, mais aussi au perfectionnement de l'industrie par le stimulant de la concurrence étrangère. Il recommande à la politique :
1° De supprimer ou tout au moins de réduire les taxes sur les objets d'alimentation qui renchérissent la vie, surtout pour la classe ouvrière, entre autres la taxe de 7 francs sur le blé qui, votée à une époque où l'agriculture souffrait de la baisse des prix, ne lui est plus nécessaire aujourd'hui ;
2° De s'abstenir à l'avenir des augmentations de tarif qui ont été trop fréquentes depuis une vingtaine d'années ;
3° De simplifier le tarif actuel en retranchant les articles qui n'ont qu'un intérêt tout à fait secondaire ;
4° D'adopter le système des traités de commerce et de ne pas en limiter irrévocablement les concessions au tarif minimum ;
5° D'affranchir les colonies assujetties aux rigueurs du tarif métropolitain et de leur concéder des tarifs spéciaux.
Il faut reconnaître que ces cinq propositions, toutes sensées et modérées qu'elles soient, n'ont pas, à l'exception peut-être de la cinquième, peut-être aussi de quelques articles de la première, beaucoup de chance d'être prochainement agréées par le Parlement français, bien qu'il y ait dans le monde politique une certaine détente, toutefois peu prononcée jusqu'ici. Depuis une vingtaine d'années les Etats commerçants ont élevé plus de barrières qu'ils n'en ont abaissé. Faut-il accepter le fait comme étant le bon droit et le dernier mot de l'évolution sociale ? Ce serait renoncer à tout progrès. Le fait a certainement sa raison d'être, puisqu'il n'est pas une exception ; mais il a pour raison principale des intérêts particuliers, et le temps peut déplacer les intérêts. Aujourd'hui la masse des consommateurs, qui paie les frais du régime protectionniste, ne se rend pas compte de la charge qui lui est imposée, tandis que les grands agriculteurs et les grands industriels protégés se rendent compte du bénéfice que le privilège leur vaut. Ils le défendent avec ténacité et ils ont derrière eux la masse des campagnards, même de ceux qui n'en tirent aucun avantage, mais aux oreilles desquels le mot de protection sonne agréablement.