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LE COMMERCE INTERIEUR ET LES SUBSISTANCES

Sommaire — Reprise des affaires (49). — Les ports et la crise de 1811 (50). — La réglementation des subsistances à Paris (50). —Corporations des boulangers et des bouchers à Paris (51). — Disette de 1812 52).

Reprise des affaires. — Avec Tordre à l'intérieur et la victoire à l'extérieur les affaires reprirent promptement une partie de leur ancienne activité. Les fabriques se remirent au travail ; la consommation augmenta. Le premier Consul avait une cour et encourageait autour de lui le luxe ; ce luxe s'étala beaucoup plus somptueusement encore sous l'Empire. Dès 1801, Chaptal, ministre de l'intérieur, renouvela une inslitution dont la création était due à un ministre du Directoire, François de Xeufchàteau, celle des expositions de l'industrie. Il y eut une autre exposition en 180'2. Le rapporteur de cette dernière, Costaz, vantait à Bonaparte le relèvement du commerce : <« Citoyen premier Consul, disait-il dans son rapport, en parcourant les portiques qui contenaient ces productions précieuses, vous avez interrogé un grand nombre de manufacturiers de toutes les parties de la France ; leurs réponses vous ont prouvé quelle différence il y a de l'état actuel de notre industrie à celui où elle se trouvait dans les temps antérieurs. Déjà le commerce se ranime de tous côtés. L'activité sera bientôt aussi grande à Lyon qu'en 1788. Le nord de l'Europe, l'Italie, le Levant demandent des étoffes de soie de cette ville fameuse par son industrie. L'exportation des linons et batistes de la ci-devant Flandre augmente tous les jours. La fabrication des dentelles se ranime dans les départements de l'Orne et du Calvados, les toiles de Bretagne ont repris leur cours dans l'Espagne, le Pérou et le Mexique. La fabrique de Carcassonne, qui est en possession d'approvisionner en draps les Echelles du Levant, voit chaque jour arriver de nouvelles commissions. »

La reprise des hostilités avec l'Angleterre interrompit ces solennités. Elle occasionna même une crise commerciale ; il y eut des faillites ; toutefois l'ébranlement ne fut pas profond. Les premières fêtes de l'Empire le firent oublier et, en l'an XIII, le chiffre des escomptes de la Banque de France atteignit 847 millions.

La déclaration de la guerre par l'Autriche et la reprise des luttes continentales amenèrent une nouvelle crise. L'argent disparut ; le crédit se resserra ; la Banque de France fut débordée par les demandes de remboursement de ses billets. La victoire d'Austerlitz dissipa les nuages. Parmi les fêtes par lesquelles l'empereur célébra la paix de Presbourg, il y eut en 1806 une exposition des produits de l'industrie qui fut plus brillante que les précédentes.

Dans Y Exposé de la situation de l'Empire de cette année, l'Empereur s'exprimait ainsi : < La situation des manufactures est dans ce moment aussi heureuse qu'on peut le désirer; celles qui travaillent dans les lainages et la draperie sont dans une activité constante ; les produits qui en résultent obtiennent toujours le succès... La rivalité de nos ennemis est aujourd'hui sans effet... Les temps sont passés où ces ennemis implacables, pour ruiner notre commerce et toutes les forces de notre industrie, contrefaisaient nos étoffes les plus communes ; nos succès rendent à jamais leurs efforts vains et impuissants. »

Les ports et la crise de i811. — Il y avait pourtant des ombres à ce tableau. Les ports de mer étaient déserts. L'exportation des vins par Bordeaux et celle des céréales par la Bretagne avaient cessé et amené une baisse des prix. « Les manufactures de coton qui devaient, disaiton, leur renaissance ou plutôt leur création au bienfaisant décret de Sa Majesté prohibant les tissus étrangers, éprouvent les plus vives inquiétudes et craignent d'être obligées de cesser bientôt leurs travaux si la rupture de la neutralité des Portugais et des Américains vient empêcher les arrivages de coton. »

Ces ombres se rembrunirent avec la crise de 1811 qui fit tomber de 843 millions (1811) à 506 millions (1812) le total des escomptes de la Banque de France. Celte crise fut suivie de la disette de 1812 et delà campagne de Russie. « Sur les 66.850 ouvriers de la capitale, dit Pasquier, on en compte 21.950 sans ouvrage ; les deux tiers des ébénistes, les trois quarts des bijoutiers et des orfèvres erraient sur le pavé. » Les beaux jours de l'Empire étaient passés.

La réglementation des subsistances à Paris. — Bonaparte avait été témoin de la perturbation du commerce des subsistances pendant la période révolutionnaire, de la disette presque en permanence, des émeutes populaires et des souffrances qu'elle avait causées dans les villes. Consul ou Empereur, il prit toujours un grand souci de cette question et il crut qu'il pouvait la résoudre par la réglementation des marchés, surtout du marché de Paris, et par l'intervention administrative. Il écrivait à un de ses agents le 19 messidor an X : « Tout ce qui est relatif aux blés ne peut être du ressort de la législation. Nous avons en France une expérience de dix ans ; après avoir longtemps erré, il n'y a en France qu'une seule opinion, c'est que le gouvernement peut seul ouvrir ou fermer les

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