‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 38 sur 266 · Voici le texte complet de cette adresse · texte numérisé non relu

Voici le texte complet de cette adresse

« Depuis plus d'un siècle, l'Angleterre, cette implacable ennemie des peuples qui voulaient secouer le joug de son insatiable cupidité, ne cessait d'entretenir parmi les puissances du continent une division dont elle savait recueillir tout le fruit. La France seule pouvait mettre un frein à la politique astucieuse de ces insulaires et renverser leurs perfides machinations. Mais chaque fois qu'elle se montrait en état d'y parvenir, l'intrigue et la corruption h mettaient aux prises avec ses voisins, et ces guerres, toujours ruineuses pour les deux partis, ne devenaient profitables qu'au gouvernement machiavélique qui les avait provoquées. Pour détruire un ordre de choses aussi funeste qu'avilissant pour l'Europe entière, il ne fallait que lui faire ouvrir les yeux sur ses propres intérêts, la réunir dans une même pensée et la diriger contre l'ennemi commun. C'est dire ce qu'a fait Votre Majesté. Elle a senti qu'en attendant le moment où l'on verra... (voir le complément dans le texte) jusque-là regardés comme invincibles. Nous aperçûmes ces grandes et bienfaisantes dispositions lorsqu'Elle daigna nous honorer de sa présence ; et les voyant se réaliser d'une manière aussi complète, notre reconnaissance égale notre amour pour un souverain dont la prévoyante sollicitude ordonne et fait exécuter tout ce qui peut concourir à l'avantage de ses peuples ». [Moniteur de 1811, p. 5.)

Des adresses du même genre furent envoyées par Saint-Quentin, Strasbourg, Mons, Reims, Cologne, Courtrai, Ypres, le Havre, Yvetot, Gand, Carcassonne, Sainte-Marieaux-Mines, Bolbec, Troyes, Liège, etc. (V. le Moniteur de décembre 1810 et janvier 1811, passim.)

Le 8 décembre, la chambre de Saint-Etienne envoya à l'empereur au sujet du bnilement une adresse dont voici un passage : « Que sont quelques privations passagères?... Les ressources dont la France est susceptible quand un grand génie la dirige, vont être mises dans un plus grand jour et prouveront la supériorité d'une

On a loué le blocus continental d'avoir stimulé le génie de l'invention et créé de grandes industries nouvelles. Privée de produits que le commerce fournissait auparavant, la France s'ingénia, en effet, à créer de toutes pièces ces produits ou à les remplacer par des produits analogues. Les prix exorbitants auxquels montèrent ces produits étaient une prime à l'invention. C'est ainsi, par exemple, que Philippe de Girard inventa la machine à filer le lin, qui ne fut d'ailleurs pas appliquée à cette époque, et que la fabrication du sucre de betterave, déjà obtenue à Berlin dans le laboratoire d'Achard, fut grandement réalisée, grâce aux puissants encouragements du gouvernement impérial. Mais les consommateurs souffrirent pendant la période du blocus et payèrent ainsi très cher l'avantage de ces inventions ; ce n'est que plus tard que l'industrie, perfectionnée sous un régime de paix, en recueillit les bénéfices.

Conséquences politiques du blocus continental. — En efîet, les cours prévôtales fonctionnaient '. Des courriers avaient été envoyés à tous les souverains pour les inviter à appliquer ces mesures. Dans toute l'Europe les bûchers s'allumaient ; on brûlait solennellement, en présence des autorités, à Bayonne, à Nantes, à Anvers, à Perpignan ; on brûlait à Zurich ; on brûlait à Givita-Vecchia ; on brûlait à Ratisbonne, à Leipzig, à Dantzig, à Kœnigsberg, à Memel. Napoléon se plaignait quand il apprenait que les Danois et les Russes se contentaient de la confiscation \ Il menaça la Suède d'une rupture, si elle persistait à laisser dans Stralsund un entrepôt de marchandises prohibées. Jusnation qui tient tout d'elle-même. La chambre consultative des .arts et manufactures de notre ville de Saint-Etienne ose joindre sa faible voix à ce concert unanime, pour l'expression de sa reconnaissance à ce héros dont la main puissante vient, dans un même jour et dans toute l'Europe, de frapper son ennemi d'un coup fatal. » (Histoire de la chambre consultative des arts et manufactures de Saint- Etienne, 1804-1833, par L.-J. Gras, 1900, p. 28.)

Le Conseil général des fabriques et manufactures avait donné l'exemple en envoyant au ministre de l'intérieur une adresse qui commençait en ces termes : « Le Conseil des fabriques et manufactures a l'honneur de vous exprimer la reconnaissance que leur inspirent les mesures prises par Sa Majesté pour l'annihilation des marchandises anglaises, mesures que tous les gouvernements de l'Europe se sont empressés d'adopter. Le Conseil croit être l'interprète des sentiments qui animent généralement tous les manufacturiers de la France, et il supplie Votre Excellence de mettre au pied du trône l'hommage de leur profond respect et des motifs d'espérance qui naissent du bienfait rendu à l'industrie française parle décret du 8 octobre. » (Moniteur de 1810, p. 148.)

Amiens se vante d'avoir, dans une pétition, réclamé le rétablissement de l'ordonnance de 1739 sur le brûlement et ajoute : « Vous avez réalisé nos vœux. » (Moniteur de 1811, p. 9.)

1. Le Moniteur de 1811 mentionne ce fonctionnement en maint endroit.

2. La Russie avait répondu (1811) qu'elle s'opposerait au commerce britannique par ses moyens propres.

qu'au dernier jour l'administration impériale maintint le régime du brulement.

Cependant les alliés de la France étaient lésés et mécontents. Le royaume d'Italie se plaignit à maintes reprises du grand préjudice que portaient à son industrie les restrictions douanières de l'empire. Dans l'empire môme, les ports, avons-nous dit, soufl'raient ; ils souffrirent de plus en plus. Au Conseil des manufactures, un membre se hasarda un jour à faire observer que mieux vaudrait exporter les marchandises que de les brûler ; une autre fois, en 1814, lorsque les armées ennemies avaient déjà envahi le territoire français, des négociants soulevèrent timidement la même question, lorsqu'ils eurent « l'honneur de proposer à Sa Majesté de ne point faire brûler les marchandises prohibées provenant de prises et de saisies dans la direction de Dunkerque, mais d'en permettre la vente, à charge de réexportation, afin d'épargner au Trésor le remboursement de leur valeur ».

L'industrie était dévoyée comme le commerce. Au mouvement des affaires qui parut considérable en 1810, succéda la crise de 1811 à laquelle le blocus continental ne fut pas étranger.

Ce blocus avait conduit Napoléon, pour son malheur et pour celui du pays, en Espagne, dont le soulèvement dévorait les meilleures troupes delà France. Par condescendance pour le grand empereur dont Alexandre avait subi l'ascendant, la Russie s'était associée au plan du blocus et Napoléon s'était féiicité quelque temps de voir les soieries de Lyon approvisionner Saint-Pétersbourg. Mais la Russie ne voulut pourtant pas courber la tête sous toutes les exigences de la politique impériale. Aussi, quand le czar, ayant recueilli les premiers fruits de la paix de Tilsitt l, comprit que cette politique l'arrêterait sur la route de Constantinople, il se montra moins docile et il prit quelques mesures désagréables à notre industrie : ce fut assez pour motiver de la part de l'empereur des récriminations qui aboutirent à la guerre.

Napoléon avait habilement tourné les Etats-Unis contre leur ancienne métropole et il voyait enfin éclater une guerre maritime entre les Anglais et les Américains*.

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