LA PERTE DES COLONIES
Sommaihe.— Avant le traité d'Amiens (04).— Après la rupture du traité d'Amiens (96).
Avant le traité d'Amiens. — Pendant la période révolutionnaire, le commerce de la France avec ses colonies a été presque nul ; la guerre maritime interceptait les communications, et les lois coloniales de la Constituante et de la Convention avaient désorganisé l'ancienne administration ; la Convention avait voulu assimiler complètement les colonies à la métropole et ne pouvait y réussir.
Nous avons déjà fait connaître dans le livre précédent la suppression de l'esclavage.
A la nouvelle de la révolution de 1789, les petits blancs de Saint- Domingue, désignés sous le nom de « pompons rouges », puis les hommes de couleur libres s'étaient insurgés pour réclamer l'égalité des droits (1791). Les esclaves à leur tour se soulevèrent quand l'esclavage fut légalement rétabli et massacrèrent des colons. Les blancs appelèrent alors les Espagnols et les Anglais à leur secours. Par le traité de Bâle (1795), l'Espagne avait cédé à la France la partie orientale de Saint-Domingue qui lui appartenait. Un noir, Toussaint Louverture, qui s'était d'abord mis au service des Espagnols contre les Français et qui avait élé ensuite nommé général de division au service de la France, avait chassé les Anglais, maîtres de Port-au-Prince et des principales villes de l'Ouest (1798).
Dans les Petites Antilles, le décret d'abolition de l'esclavage avait produit une irritation très vive parmi les planteurs. Ceux de la Martinique avaient arboré le drapeau blanc en 1792, puis appelé les Anglais (mars 1794) qui, malgré Rochambeau, s'emparèrent de l'île et en restèrent maîtres jusqu'à la paix d'Amiens. Ceux de la Guadeloupe avaient arboré, dès 1792, le drapeau blanc et expulsé les « patriotes ». Le général Collot, envoyé comme gouverneur, était parvenu à ressaisir l'aulorite ; mais le décret d'abolition de l'esclavage avait soulevé de nouveau les blancs, qui, une flotte anglaise ayant paru, avaient capitulé après une faible résistance (avril 1795). Deux mois après, deux commissaires de la Convention, ayant débarqué 1.150 hommes, rallièrent
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les v patriotes » et chassèrent les Anglais. Ceux-ci, par contre, s'élaient emparés de Tabago.
L'Angleterre avait, sans coup férir, rais la main sur les villes françaises de Tlnde.
Le Consulat, qui était jaloux de reconstituer partout l'autorité, eut une politique coloniale tout autre que celle des assemblées de la Révolution. Il n'hésita pas à sacrifier le principe de liberté à ce qu'il jugeait être une mesure d'ordre nécessaire *. La Constitution de l'an VIII porte que « le régime des colonies françaises sera déterminé par des lois spéciales ». La loi du 30 floréal an X et la constitution du 16 thermidor an X soumirent le régime des colonies « aux règlements qui seront faits par le gouvernement » et à un sénatus-consulte qui n'a jamais été publié. Les colonies ne figurèrent plus dans les corps politiques de la métropole ; les assemblées locales même furent supprimées. Il y eut seulement à Paris des délégués de l'agriculture. L'esclavage fut rétabli ainsi que tous les règlements en vigueur en 1789 (loi du 30 floréal an X, 20 mai 1802) : coupable retour à une barbare institution dont il aurait fallu seulement préparer la suppression. A Saint- Domingue, Toussaint Louverture, malgré l'agent français que le Directoire avait nommé, s'était emparé sur les Espagnols de la ville de San Domingo que l'Espagne avait cédée à la France par le traité de Bàle, et s 'étant fait nommer gouverneur à vie, il donna une constitution à l'île (1801). Loin de ratifier celle constitution, le premier consul envoya à Saint-Domingue, avec une armée de 35.000 hommes, son beau-frère, le général Leclerc, qui fit prisonnier Toussaint Louverture. Mais deux généraux indigènes, Dessalines et Pélion, soulevèrent la population de couleur, chassèrent les Français de la partie occidentale de l'île et proclamèrent l'indépendance de Haïti (1er janvier 1804). Après l'assassinat de Dessalines (1806), les dissensions entre les partisans du général noir Christophe, proclamé roi dans le nord, et ceux de Pétion, élu président de la République dans le sud, troublèrent le pays. Les Français ne purent reprendre l'avantage et, en 1809, le général Ferraud. qui avait succédé au général Rochambeau, successeur du général Leclerc, dut se retirer \
La Louisiane, que la France avait cédée à l'Espagne après la guerre de Sept Ans et que l'Espagne rendit à la France par le traité de Saint- Ildefonse (1801), élait exposée à être prise par l'Angleterre ou par les Etats-Unis qui la convoitaient. Napoléon, sentant le danger et l'im-
1. Le rapporteur Boissy d'Anglas ne craignit pas de dire : « La liberté dans Rome s'entourait d'esclaves. »
2. Ce n'est toutefois qu'en 1823 que le gouvernement français reconnut l'indépendance de son ancienne colonie, qui eut à payer une indemnité de 150 millions, réduite plus tard (1838) à 60.
possibilité de le conjurer par les armes, céda le pays aux Etats-Unis moyennant 80 millions de francs, par le traité signé le 8 avril 1803.
Le traité d'Amiens (25 mars 1802) rendit à la France ses colonies. En adressant ce traité au Corps Législatif, les consuls disaient : « En Amérique, les principes connus du gouvernement ont rendu la sécurité la plus entière à la Martinique, à Tabago, à Sainte Lucie. On n'y redoute plus l'empire de ces lois imprudentes qui auraient jeté dans les colonies la dévastation et la mort ; elles n'aspirent plus qu'à se réunir à la métropole et elles lui apportent, avec leur confiance et leur attachement, une prospérité au moins égale à celle qu'elle y avait laissée. »
Après la rupture du traité d'Amiens. — La réunion ne fut pas de longue durée. En 1808, les Anglais s'emparèrent de Marie-fîalante ; en
1809, des Saintes ; en février 1810, de Basse-Terre, qui se rendit presque sans combat. La Guadeloupe resta au pouvoir des Anglais qui, en 1813, la cédèrent à la Suède, sans que cet Etat en ait jamais pris effectivement possession.
La Martinique eut le même sort en 1809. Rendue à la France, comme les autres colonies, par le traité de Paris (1814), elle retomba pour la quatrième fois au pouvoir des Anglais pendant les Cent jours.
Le Sénégal fut occupé par les Anglais en juillet 1809.
L'île Bourbon avait pris le nom de la Réunion parce que, pendant la Révolution, les « patriotes » des deux îles, île de France etîle Bourbon, s'étaient spontanément réunis pour se donner un gouvernement ; elle prit sous l'Empire le nom de Napoléon. Les habitants avaient refusé de proclamer l'abolition de l'esclavage décrété par la Convention.
Le 8 juillet 1810, après une défaite essuyée par les colons dans la plaine de la Redoute, ils durent capituler devant les Anglais et l'île resta jusqu'en 1815 sous l'autorité anglaise. L'île de France succomba quelques mois après (3 décembre 1810). après une vigoureuse résistance et une capitulation honorable du général Decaen. Elle est depuis ce temps restée à l'Angleterre.
Lescalier et Bory de Saint-Vincent avaient été envoyés successivement pour étudier les ressources de Madagascar. Le général Decaen y envoya ensuite Sylvain Roux, qui repoussa une première attaque en
1810, mais qui, ayant à peine une cinquantaine d'hommes, dut capituler à Tamalave, en février 1811. Tamatave, reconquis par une frégate française quelques mois après, retomba à la fin de 1811 au pouvoir des Anglais.
Les Etablissements de l'Inde, rendus par le traité d'Amiens, furent de nouveau occupés par les Anglais après la rupture de ce traité.