ÉTAT DU COMMERCE EXTÉRIEUR DE L ' EMPIRE FRANÇAIS
pour le compte du gouvernement avaient fourni matière à des spéculations hasardeuses. Le blocus continental semblait livrer toute la fourniture de l'Europe aux fabriques de l'Empire ; les fabriques, surtout les filatures et les tissages de coton, les manufactures de lainages, les ateliers d'ébénisterie, s'étaient équipés en conséquence ; le prix des matières premières avait beaucoup augmenté et les cours avaient subi de nombreuses variations l, grâce auxquelles pendant plusieurs années certains fabricants avaient fait de gros bénéfices, étalé même un grand luxe et étayé une grande partie de leurs opérations sur le crédit i.
Tout développement économique anormal amène une réaction. Elle commença vers la fin de 1810. L'élévation subite du chiffre des escomptes de la Banque de France qui.de 418 millions en 1807, montèrent à 843 millions en 1810 pour tomber à 506 l'année suivante, en est un signe manifeste ; en 1810, les commerçants gênés multipliaient les effets et en sollicitaient l'escompte. La mauvaise récolte, diminuant comme d'ordinaire la somme des capitaux disponibles et resserrant le crédit, la fit éclater. Une importante maison de Lubeck dut se mettre en faillite ; l'alarme une fois donnée, banquiers et négociants tombèrent les uns après les autres, à Amsterdam, à Paris et sur les principales places de commerce, les uns entraînés par le discrédit général, les autres profitant de la situation du marché pour excuser une déconfiture imminente; un drapier fit une faillite de 12 millions. A Lyon, la situation s'aggravant par la prohibition que la Russie venait de faire des soieries, 7.000 métiers s'arrêtèrent sur un total de 14.000. A Rouen, à Saint-Quentin, à Lille, à Reims, à Mulhouse, les trois quarts des ouvriers se trouvèrent sans ouvrage.
L'empereur essaya de soutenir le commerce au moyen de prêts sur consignation de marchandises et de denrées coloniales. Par décret de décembre 1810, il décida que 15 à 20 millions seraient remis par le ministre de l'Intérieur à la disposition de la Banque pour prêts de ce genre. Une caisse spéciale fut le même mois créée sous forme de société anonyme pour prêts sur consignation de marchandises et de denrées coloniales.
1. Par exemple le coton et la soie. Le prix moyen du kilogramme de coton, qui aTait été de 2 fr. 37 en 1809, était monté à 3 fr. 46 en 1810 et était retombé en 1811 à 2 fr. 51. Le kilo de soie filée était monté à 43 fr. 35 en 1810, à 38 fr. 50 en 1811. Les prix de la soie sont restés bas en 1812 et en 1813. Arch. nat., F. 95.150.
2. Il y avait des négociants qui avaient prévu de loin l'orage. Ainsi, la chambre de commerce de Lyon adressait au ministre, en 1808, au moment de la plus grande prospérité, un mémoire dans lequel, tout en déclarant que l'industrie de la soie était florissante, l'industrie du coton était menacée d'un « prochain anéantissement », à cause du prix de la matière première ; elle signalait une spéculation effrénée à la hausse, non seulement sur le coton, mais sur le sucre et le café, et ajoutait que les manufacturiers s'abstenaient autant que possible d'acheter, parce que si la paix survenait, ce serait leur ruine. Arch. nat., F,s 508.
Le commerce extérieur et le commerce intérieur, dont nous avons exposé le fâcheux état pendant les dernières années de l'Empire, réagissaient l'un sur l'autre et se traînèrent languissamment jusqu'à l'invasion de 1814*.
ANNÉES
IMPORTATIONS
EXPORTATIONS