Enquête, t. III, p
3. Amé, Etude économique sur les tarifs de douane et sur les traités de commerce, t. I", p. 198.
4. Les contradictions et les oppositions étaient fréquentes. En voici encore un exemple entre bien d'autres. Les toiles dites guinées étaient importées de l'Inde dans l'île Bourbon et au Sénégal. Le conseil général des établissements français
La plupart des industriels étaient sincères. Habitués à vivre sous le régime de la prohibition, ils voyaient la ruine certaine dans la concurrence * ; il y en avait aussi qui, connaissant la mesure de leur influence politique, exagéraient à dessein, dans l'intérêt de leur privilège f; ce n'étaient pas les moins intolérants. Un manufacturier de Mulhouse, Nicolas Kœchlin, étant venu rappeler une opinion antérieurement émise par les Mulhousiens et déclarer que ses concitoyens étaient disposés à remplacer le système prohibitif par des tarifs sagement pondérés, les trois délégués de la Haute-Alsace. Roman, Hartmann et Isaac Kœchlin, ripostèrent, étonnés que ML Nicolas Kœchlin se fût permis « une démarche aussi hostile à son pays, seul de son avis entre tous et sans aucune mission », et, tout en reconnaissant qu'ils avaient pu professer une opinion favorable à quelques modifications ils répétèrent qu' « ouvrir aujourd'hui nos marchés à l'étranger serait consentir, au profit de nos voisins, sans aucune compensation, la cession d'une partie de notre travail3». L'intransigeance des Rouennais les. avait convertis.
demandait qu'on fît disparaître les obstacles qui gênaient encore cette importation dans les deux colonies, mais d'un autre côté, la chambre de commerce de Rouen demandait qu'on prohibât l'entrée des guinées de l'Inde dans les colonies afin d'y vendre les siennes ; la chambre de commerce de Bordeaux demandait qu'on n'admît que les guinées de l'Inde, mais à condition qu'elles eussent été tissées sur territoire français-indien, parce que des Bordelais y avaient établi des tissages. Autant d'inspirations de l'intérêt local . Mémoire sur la teinture en bleu des toiles dites guinées, par Goxfreville, Arch. nat . , F*2 95.108.
Ces oppositions se retrouvaient dans les voeux des conseils généraux.
Ainsi, dans la session des conseils généraux de 1834, la Loire-Inférieure voulait qu'on diminuât les droits sur les fers, les houilles; la Gironde voulait qu'on diminuât les droits sur le sucre ; le Gers trouvait le projet ministériel insuffisant ; les Landes demandaient la révision des tarifs en vue d'étendre le commerce ; le Lot voulait l'abaissement du droit sur les fers ; les Basses-Pyrénées, l'abaissement général des droits, comme préservatif contre la contrebande ; l'Hérault avait déjà une opinion nettement accusée : « Les privilèges établis en faveur de certaines industries et au détriment de l'intérêt général doivent être abolis. » Il est vrai que les Pyrénées- Orientales voulaient qu'on prohibât la sortie du minerai de fer, et que le Var acceptait la diminution sur les bestiaux, mais soutenait le maintien du droit sur les huiles. Sur la frontière de terre, le Jura était contre le droit sur les bestiaux qui gênait ses importations de Suisse ; la Meuse désirait qu'on facilitât les échanges ; l'Alsace demandait une réduction progressive (Bas-Rhin) et l'abaissement du droit sur les bestiaux (Haut-Rhin). Mais la Manche était entièrement opposée à l'introduction des bestiaux, parce qu'elle craignait la concurrence anglaise. — Voir le procès-verbal de la session de 1834 .
1 . » Je tiens pour la prohibition, je ne le cache pas, nous y sommes habitués ; nous avons vécu à l'ombre de cet arbre-là. » Déposition de Hautin, Moniteur de 1834, p. 196.
2. Consulter à ce sujet la délibération antérieure du conseil des manufactures, Moniteur de 1834, p. 7.