Le 5 décembre 1842, au restaurant Lemardeley
4. « Nous comprenons, dit le rapport du comité, les devoirs de solidarité qui lient tous les producteurs nationaux et n'en font, pour ainsi parler, qu'une seule famille. La tactique de nos adversaires consiste à isoler, nos intérêts et à les attaquer en détail ; la nôtre doit consister à rester inséparables, à porter au secours dé ceux qui périclitent la force d une imposante unité » . Dans un autre passage, le rapport s'exprime ainsi : « Dès le lendemain le comité se constitua. Dès ce moment et avant même l'ouverture de la session, le projet d'union douanière fut sinon abandonné, du moins ajourné. »
les uns avec ménagement, les autres avec violence, dénoncèrent le projet et accusèrent Gunin-Gridaine, ministre du commerce, qui s'était ouvertement déclaré à Bordeaux partisan d'une réforme progressive ». Le projet échoua. Le gouvernement dut se borner à une convention commerciale qui eut pour objet surtout de faciliter l'entrée des vins français en Belgique et l'entrée des fils et tissus belges de lin et de chanvre en France, mais qui, en somme, n'apporta que de légers changements aux relations commerciales2.
L'année suivante, il signa une convention du même genre avec le Piémont, qui facilitait l'entrée du bétail sarde et établissait la réciprocité entre la marine des deux pays \
Pourtant il eut été sage de ne pas laisser la France isolée en Europe et de rattacher à elle ses deux alliés les plus proches sur le continent. La politique, non moins que le commerce, approuvait de pareils traités ; mais les intérêts industriels n'avaient pas de vues aussi larges. Les conventions avaient été conclues en vertu de l'initiative du pouvoir exécutif. Deux années se passèrent sans que le ministère osât les présenter à l'approbation de la Chambre, et lorsqu'enfin elles lui furent soumises dans un projet de loi du 26 mars 1844, celle-ci, facilement convaincue par les orateurs qui lui expliquaient les défauts de ce traité, prit ses précautions pour que le traité belge, qui n'avait plus qu'un an de durée, ne fût pas renouvelé et n'accepta le traité sarde qu'en le réduisant de six à quatre ans.
Cependant une seconde convention entre la Belgique et la France fut conclue le 13 décembre 1845 ; la Belgique supprima des droits qu'elle avait établis depuis 1842 sur les fils et tissus que lui fournissait la France.
Ce fut la dernière bataille livrée au Palais-Bourbon entre la liberté et la protection. Celle-ci était triomphante. « Jusqu'à présent, le gouvernement, disait un orateur, nous semblait plus préoccupé de cette théorie qu'on a appelée la liberté du commerce et que moi je nommerai le désarmement commercial, que de la protection réelle de notre industrie, et c'est parce que le projet actuel me semble un retour vers les saines doctrines, vers les pratiques utiles, que je lui donne mon approbation. »
Cependant, l'un se plaignait encore de notre marine détruite par les avantages faits aux marines étrangères4 ; un autre se félicitait qu'en repoussant un traité proposé avec l'Angleterre, on eût donné un aver-
1. Voir les articles de Wolowski, l'article de H. Say et la lecture é* Blakqui à l'Académie des sciences morales et politiques.