Loi du 3 juillet
trancher le différend en rachetanl toutes les fabriques et d'interdire absolument le sucre de betterave.
C'était le moment où la question d'Orient semblait menacer la France d'une guerre maritime. Le gouvernement, ne voulant pas déplaire aux armateurs, eut la faiblesse de paraître céder à cette exigence; il présenta, en janvier 1843, un singulier projet de loi d'après lequel la sucrerie serait supprimée moyennant une indemnité de 40 millions à répartir entre les propriétaires de fabriques. La Chambre ne pouvait pas tuer une industrie déjà très importante, qui intéressait l'agriculture, qui se développait rapidement et qui, comme le disait le maréchal Bugeaud, avait la « monomanie de vivre » ; elle repoussa donc le projet et aboutit à une loi qui établissait l'égalité complète des droits entre le sucre indigène et le sucre des Antilles françaises à partir de l'année 1847'.
Cette loi réjouit les coloniaux et affligea les fabricants indigènes, parce que les uns et les autres crurent que la betterave était incapable de luttera armes égales avec la canne. L'événement les détrompa. La consommation du sucre de canne, il est vrai, augmenta de851.000 quintaux en 1840 à 1.025.000 en 1845 ; mais en même temps, la fabrication indigène, qui avait fléchi en 1840-1841 à 237.000 quintaux de sucre raffiné, remonta et atteignit 563.000 quintaux en 1847-1848'. Le débat dura plus longtemps que le règne de Louis-Philippe3.
La lutte des libéraux et des protectionnistes. — Cependant une grande révolution s'opérait en Angleterre. Depuis les réformes d'Huskisson, ce riche pays avait cessé d'être le type de la protection : avec Robert Peel, il commença à être cité comme un modèle du libre-échange. Grâce au génie persévérant de Richard Cobden, la Ligue, quoiqu'il subsistât dans le camp libéral encore des lois très restrictives, — particulièrement l'acte de navigation, — triomphait, l'aristocratique et mercantile Angleterre renonçait d'elle-même à ses lois sur les céréales, à ses tarifs prohibitifs, et elle entrait dans une ère de liberté commerciale qui, loin de nuire à sa prospérité, en hâta le développement.
On pouvait comprendre en France, mieux que partout ailleurs, la difficulté de l'œuvre et on applaudit aux réformateurs. On fit plus : on voulut les imiter. Frédéric Bastiat, esprit merveilleusement incisif, doué du talent de populariser les questions économiques, fit connaître en 1845 les succès qu'obtenait la Ligue anglaise4. Ce fut une révé-