CHAPITRE IV
Sommaire. — Accroissement de la circulation (208). — Les crises de 1830 et de 1831 et le rôle de la Banque de France (209). — Le renouvellement du privilège de la Banque de France (211). — La crise de 1847 (213). — Les mesures et les monnaies (216). — Les places de commerce (217). — Les foires (222).
Accroissement de la circulation. — La politique protectionniste de la Chambre des députés et sa lenteur à adopter les nouvelles voies de communication durent sans doute retarder le progrès, mais n'empêchèrent pas l'industrie et le commerce de se développer. Quand les causes générales de prospérité, telles que la science, la liberté, la paix, existent dans un pays, des causes particulières peuvent ralentir le courant de la richesse, ou le faire dévier, mais elles ne l'arrêtent pas. C'est ainsi qu'un arbre dans lequel la sève abonde contourne un roc avec ses racines pour chercher plus loin sa nourriture dans la terre et finit par élever sa tête au-dessus des broussailles qui lui dérobaient l'air et lui cachaient le soleil ; toutefois sa croissance eût été plus prompte sur un terrain mieux préparé.
Nous constaterons plus loin, malgré les restrictions du tarif des douanes, l'augmentation du commerce extérieur.
Malgré l'insuffisance des voies de communication, on constate une augmentation plus grande encore dans les transports, signe de l'activité du commerce intérieur. Ainsi le cabotage, qui expédiait 1.782 millions de tonnes en 1837 i, en expédia 3. 6?7 en 1847 ; les canaux qui, en 1832, donnaient un revenu de 2.734 millions produisirent en 1846 (quoique les tarifs eussent été réduits par celui du 17 octobre 1837) 9.144 millions ; le dixième du produit des places dans les voitures publiques circulant sur les roules de terre doubla de 1831 à 1846; cependant les chemins de fer qui n'existaient pour ainsi dire pas à la première date prenaient déjà à la seconde une assez forte part dans le mouvement des voyageurs. La poste enfin recevait, en 1830, 64 millions de lettres, 40 millions d'imprimés de toute espèce, 13 millions de francs en dépôt ; en 1847 ces chiffres s'étaient élevés à 126 millions pour les lettres, à 93 millions pour les imprimés et à 39 millions pour l'argent.