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Première minée de cette statistique

Lescrîsesde / 830 et de 1 8 37-1 839 et le rôle de la Banque de France. — Le progrès ne s'était pas manifesté dès l'avènement de Louis-Philippe et n'a pas été sans interruption pendant son règne.

Pendant les dernières années de la Restauration, la France avait été sous le coup d'une crise dont elle commençait à se relever en 1830. La révolution de Juillet l'abattit de nouveau. La détresse fut grande alors et le commerce, rudement éprouvé, enregistra une longue série de faillites. Casimir Périer, dans un discours prononcé le 7 octobre 1830, essayait, comme le font d'ordinaire les partis, à rejeter sur le gouvernement déchu toute la faute dont il croyait voir l'origine dans le développement désordonné de la spéculation depuis 1825. « Comment s'étonner que dans les premiers jours d'une révolution fondamentale les capitaux effrayés, à tort sans doute, se soient retirés momentanément ?... La crise n'est profonde que parce qu'elle est ancienne. » Il demandait et il obtint (loi du 17 octobre 1830) un prêt de 30 millions au commerce et surtout à l'industrie. C'est alors que le Comptoir d'escompte de Paris fut créé et doté de 1.300 000 francs à valoir sur les 30 millions '. Le ministre disait hautement que ce secours était un fait extraordinaire, anormal, résultat « d'un état de choses forcé». « Le gouvernement, ajoutait-il, ne doit d'assistance aux intérêts privés que par la protection qu'il assure aux intérêts généraux. Voilà un principe vrai qu'il n'est permis d'oublier que dans des jours de crise et d'exception et le gouvernement ne doit rien épargner pour sortir le plus promptement possible d'une situation semblable. »

La Banque de France, qui avait avancé au gouvernement les 30 millions destinés à des prêts au commerce, avait largement ouvert son portefeuille au Comptoir d'escompte et soutenu la maison Laffitte dont la ruine eût entraîné celle d'une foule de négociants.

La crise fut à son apogée en décembre 1830, au moment où se jugeait le procès des ministres et où les relations avec les puissances étrangères étaient tendues. La langueur dura près de trois années, pendant lesquelles la Banque, qui avait escompté 617 millions en 1830, ne fît jamais plus de 240 millions d'affaires ; encore une partie consistait-elle en avances à l'Etat sur bons du Trésor.

Malgré quelques symptômes favorables dès 1832 *, ce fut seulement

1. Les 30 millions que la Banque de France avança ne sont pas les seules sommes que l'Etat dépensa ou avança alors pour soutenir l'industrie, le commerce et la population ouvrière. La loi du 7 octobre 1830 affecta 4.743.242 francs aux prêts sur marchandises ; celle du 17 octobre, 5.160.241 francs à la construction des canaux, etc. : celle du 12 décembre 1830, 1 million aux ateliers de charité : celle du j octobre 1831, 8 millions aux canaux et 11 millions aux routes; celle du 21 octobre 1832,11 millions aux canaux. En ajoutant les dépenses départementales et communales, on arrive à un total de 93 millions.

2. En 1832, le comte d'Argout, ministre du commerce, disait dans un rapport que

dans la seconde moitié de l'année 1833 que l'activité renaissante se fit sérieusement sentir. Elle se marqua à la Banque, de 1834 à 1836, par l'accroissement du portefeuille qui escompta 316.445 effets pour 758 millions de francs. Pendant que la Banque maintenait le cours de son escompte à 4 p.l00,le commerce trouvait facilement sur la place de Paris des banquiers qui prenaient le papier des bonnes maisons à 3 1/2 et à 3 p. 100. Une grande partie des effets circulant ainsi sans aboutir au portefeuille de la Banque de France, les chiffres de ses escomptes ne représentaient qu'une partie du mouvement commercial de Paris.

Cependant une crise très intense sévit tout à coup aux Etats-Unis. Sous l'administration du président Jackson, plus de six cents banques, récemment fondées pour la plupart, tirent faillite. Le contrecoup ébranla le crédit de l'Angleterre où, de 1832 à 1834,s'étaient multipliées à profusion les sociétés de chemins de fer et de canaux et qui avait beaucoup de capitaux engagés en Amérique. La spéculation avait fait monter les prix, particulièrement ceux du sucre, du plomb et du fer. Le portefeuille de la Banque d'Angleterre grossissait démesurément et l'or anglais s'exportait pour New-York. La Banque, pour arrêter l'exode, éleva son escomple à 5 p. 100. Les affaires s'arrêtèrent ; les prix baissèrent ; de grandes banques, qui avaient émis beaucoup de papier à découvert, suspendirent leurs paiements. Après une détente en 1837, les conséquences de celte crise se firent de nouveau sentir douloureusement en 1839 en Amérique et en Angleterre. Les ouvriers sans travail, les chartisles particulièrement, firent d'inquiétantes manifestations. La Banque d'Angleterre comprima la débâcle en élevant son escompte à 6 p. 100.

La crise cette fois se fit sentir fortement aussi en France. Le portefeuille de la Banque, qui ne cessait de grossir de mois en mois depuis la fin de l'année 1835, contenait 157 millions d'effets en janvier 1837, pendant que l'encaisse était tombée de 190 millions en janvier 1836 à 89 millions en novembre de la même année : double indice de l'approche probable d'une crise ; le commerce en effet, surchargé d'engagements, s'appuyait sur le crédit jusqu'à en rompre les ressorts.

Ceux ci finirent par se briser et, la crise ayant éclaté, le portefeuille se vida jusqu'à ne renfermer plus que 101 millions d'effets à la fin de l'année 1837, pendant que l'argent, devenu momentanément sans emploi, refluait à la Banque dont la caisse contint à la même époque

les artistes, les théâtres, etc., souffraient; que la fabrication des meubles, presque tout entière concentrée à Paris, était tombée de moitié depuis 1830, mais qu'elle devenait de nouveau très active vers la un de l'année 1832 ; qu'elle travaillait surtout pour l'exportation et que le prix du meuble était en hausse de 18 à 20 p. 100 ; que sur les 32.000 boutiques de Paris, il y en avait 28.500 louées et que sur les 18.000 ouvriers logés en garni (non compris par conséquent ceux qui avaient un logement non garni et ceux qui demeuraient chez leur patron), 17.000 avaient de l'ouvrage.

252 millions. Celle crise fui grave ; beaucoup d'industries à Paris et en province en ressentirent l'effet '.

En 1839, gonflement subit et anormal du portefeuille et de l'escompte qui monta, pour Paris et les succursales réunies, à 1.218 millions. L'encaisse diminua. La circulation toutefois fut peu modifiée et la liquidation se fit pendant les deux années suivantes.

En somme, à considérer l'ensemble, cette crise prolongée ne fut qu'une halte dans la prospérité.

Le renouvellement du privilège de la Banque de France. — La Banque de France approchait du terme tixé par la loi du 22 avril 1806: son privilège expirait au mois de septembre 1843. Elle était maintenant fortement constituée. Le mouvement général de ses recettes et de ses dépenses avait doublé : il avait été de 3.022 millions en 1807 ; il était de 7.478 millions en 1839. La partie de ses opérations la plus importante pour le commerce, l'escompte, avait triplé, de 333 millions à 1.047 millions. La circulation de ses billets s'était élevée de 187 à 240 millions ; l'encaisse, de 83 à 250 millions. Les opérations avec le gouvernement avaient seules diminué. Le Trésor ne lui envoyait plus de bons à l'escompte; loin d'être son débiteur, il avait toujours, depuis quelques années, au crédit de son compte courant, une somme de 100, parfois même de 200 millions. La Banque, sous l'Empire, n'avait escompté, que deux fois d'abord, puis trois fois par semaine ; depuis le mois de septembre 1837, sur l'exemple donné par la Caisse générale, elle escomptait tous les jours de la semaine.

Après avoir, au commencement de la Restauration, fermé les comptoirs que l'Empire lui avait imposés, elle était revenue d'elle-même à l'idée d'étendre ses opérations en province, au lieu d'être exclusivement la Banque de Paris. Depuis 1835, voyant le succès des banques départementales, elle avait consenti à escompter leur papier, et elle avait elle-même créé quatre succursales, à Reims, à Saint-Etienne, à Saint-Quentin et à Montpellier \

1. Les rapports des préfets signalent un ralentissement des affaires. Par exemple, crise dans tout le département de la Dordogne ; dans le Doubs, souffrance de la petite horlogerie qui expédiait ses produits en Amérique ; dans l'Eure, stagnation continue, ouvriers réduits à la demi-journée et devant être soulagés par la charité publique : dans les Côtes-du-Nord, extrême langueur des industries qui se plaignent des tarifs de douanes du Mexique et de l'Amérique du Sud : dans la Côte-d'Or, où le prix du bois avait beaucoup augmenté et où la main-d'œuvre est chère, les maîtres de forges produisent peu et attendent la construction des chemins de fer ; dans le Gard, la bonneterie a perdu son principal débouché par la crise des Etats-Unis : dans la H.iute-Garonne, gêne à Toulouse ; dans le Calvados, mévente des cotonnades ; dans le Rhône, chômage des ouvriers de la soie. Dans quelques autres départements, Ardennes, Eure-et-Loir, Finistère, Aveyron, etc., la crise ne parait pas avoir sévi.

2. Succursales créées en 1836, 1837 et 1838. Le montant des opérations des succursales s'était élevé successivement de 13.100.000 francs à 25 et à 83 millions, et

Les banques d'émission départementales étaient aussi dans une bonne situation. Trois dataient de la Restauration ; six autres avaient été fondées sous le gouvernement de Juillet, de 1835 à 1838, à Lyon, à Marseille, à Lille, au Havre, à Toulouse, à Orléans. Ces banques avaient le privilège de l'émission de billets au porteur et à vue dans leur département. Mais elles étaient loin de jouir de toute la liberté qui eût été nécessaire à leur développement ; par excès de précaution, il leur avait été interdit d'escompter le papier de négociants non domiciliés dans la ville même où elles étaient établies et de faire des recouvrements sur d'autres places '. Elles ne pouvaient se fonder qu'après avoir obtenu l'autorisation du ministre et du Conseil d'Etat ; la lenteur des formalités avait déjà découragé plus d'une société et privé plusieurs villes du bienfait d'une banque d'émission.

Depuis deux ans, la Banque de France demandait la prorogation de son privilège et, désireuse de conserver, d'accroître même son monopole, elle acceptait sans murmure toutes les conditions de la loi de 1806 contre lesquelles elle avait protesté à la fin de l'Empire et sous la Restauration.

Les banques départementales, de leur côté, cherchaient à étendre le cercle trop étroit de leurs opérations. Quand elles surent qu'un projet de loi était présenté par le ministère, elles s'empressèrent de faire parvenir à la commission des mémoires dans lesquels elles proposaient une fédération des banques françaises*. Mais d'autres idées préva-

il atteignait en 1839 le chiffre de 138 millions ; la circulation des billets était faible : elle ne dépassait pas 2 millions 1/2. Toutes d'ailleurs donnaient des bénéfices.

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