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Voici quelle était la situation de ces banques en

Moyenne Moyenne

du portefeuille, de la circulation, en millions de franec

Bordeaux 7 16

Reims 9 7

Nantes 5 3

Lyon . . 9 14

Marseille 1 11

Le Havre 5 2

Lille 2 3

Toulouse 1 2

Orléans 2 1

2. Elles demandaient: 1° que chaque banque put escompter du papier dans toute ville où se trouverait une banque autorisée ; 2° que les banques pussent payer réciproquement leurs billets à ordre et escompter leurs billets au porteur, avec obligation d'équilibrer leurs comptes courants au moins une fois par mois ; 3° l'extension du rayon des comptes courants, avec l'obligation d'élire un domicile au siège de l'établissement ; 4o la faculté d'escompter les effets à deux signatures garantis par un dépôt d'actions de la banque qui admettait ces effets ; 5° la faculté de recevoir en dépôt des sommes de 2.000 francs et plus pour le terme de deux mois au moins et à un intérêt qui ne pourrait excéder 4 p. 100 par an ; 6° la faculté d'émettre des coupures de 100 francs.

laient. Leurs propositions, qui auraient mérité un sérieux examen, furent sommairement écartées comme inopportunes ou comme « contraires à la nature des banques et au but de leur institution » 4.

La commission de la Chambre, dont Dufaure fut le rapporteur, se montra favorable à la prorogation du privilège que Thiers, alors président du Conseil, soutint avec énergie 2. « La Banque réclame des années, disait-il ; les années sont le seul élément de grandeur pour un établissement de ce genre ; donnez- les-lui. » La Chambre les donna en effet et vota la loi du 30 juin 1840 qui prorogeait, avec quelques légères modifications, jusqu'au 31 décembre 1867 le privilège concédé parla loi du 22 avril 1806.

La loi portait que les comptoirs ou succursales de la Banque de France pourraient être créés en vertu d'une ordonnance royale, et que de nouvelles banques départementales ne pourraient l'être désormais qu'en vertu d'une loi. C'était arrêter le développement de celles-ci ; car aucune loi de ce genre ne fut proposée par le gouvernement, tandis que la Banque de France augmenta le nombre de ses succursales. De 1840 à 1846 elle en ouvrit onze \

La crise de i 847. — L'année 1840 ne fut pas bonne pour les affaires ; les déboires de la question d'Orient et les bruits de guerre troublèrent le commerce ; le portefeuille diminua de 251 millions en janvier à 152 en mai. Quand la sécurité reparut, des banques particulières disputèrent vivement l'escompte qu'elles offraient au-dessous de 4 p. 100 parce que les capitaux abondaient et n'étaient qu'incomplètement absorbés par la croissance des entreprises.

Cependant, vers 1845, les compagnies de chemins de fer fixèrent une grande partie de ces capitaux flottants et augmentèrent la demande en stimulant la spéculation. On eut largement recours au crédit; le taux de l'intérêt s'éleva; de 765 millions en 1843 (année d'atonie), les escomptes de la Banque Centrale furent portés à 1.007 millions dès 1845, à 1.194 millions en 1846, à 1.136 millions en 1847 et même à 1.817 millions en comprenant les opérations des comptoirs. Le portefeuille, qui contenait en moyenne 127 millions d'effets en avril 1845, en renfermait pour 320 millions en décembre 1846. Pendant ce temps, l'encaisse diminuait, par suite du retrait des dépôts; après avoir atteint 320 millions en juin 1845, elle descendit jusqu'à 57 millions en janvier 1847. Le crédit était de nouveau tendu comme à la veille d'une crise ;

t. Cependant M. Grandin réclama, comme prix du monopole, l'obligation pour la Banque de créer des comptoirs ; Garnier-Pagès demanda l'acceptation des effets à deux signatures et à 120 jours et l'émission de billets de 250 francs.

2. Thiers disait : « Si j'avais pu dictatorialement créer un système, c'est celui-là que j aurais créé. »

3. Angoulème et Grenoble (1840); Besançon, Châteauroux, Caen et Clermont(1842ï, Mulbouse (1844% Strasbourg, le Mans, Nîmes et Valenciennes t/1846).

le moment était venu où elle allait éclater et nécessiter une liquidation.

La crise avait éclaté en Angleterre et en Amérique avant même que le marché français n'en fût troublé. En Angleterre, il y avait une fièvre de chemins de fer : en 1845, il fut présenté au parlement 678 projets de chemins de fer. La famine de l'Irlande fut une des causes déterminantes de l'éclat. Il fallut autoriser la Banque d'Angleterre à franchir la limite d'émission que venait de lui imposer l'acte de 1844. Amsterdam, New- York, Francfort, Paris furent englobés dans la débâcle.

Les mauvaises récoltes ont pour effet de faire sortir une grande quantité de numéraire des coffres d'une banque. Celle de 1846 épuisa la réserve de la Banque de France : c'est précisément durant le second semestre de 1846 que l'encaisse fut réduite à 57 millions. Il fallut envoyer des espèces aux comptoirs, aux banques départementales.

On n'était pas d'accord sur les causes de cette rareté du numéraire. Les uns l'attribuaient faussement à une diminution dans la production des mines de métaux précieux \ D'autres au développement trop rapide de la création des compagnies de chemins de fer qui avait suivi le vole de la loi du 11 juin 1842 et à celui de l'industrie métallurgique qui en avait été la conséquence. La hausse du prix des rails fut énorme.

II en était de même en Angleterre ; l'augmentation des prix et celle de la main-d'œuvre, jointes aux exigences plus grandes du gouvernement dans les concessions de chemins de fer, obligèrent plusieurs compagnies, particulièrement celle de Paris-Lyon, à interrompre leurs travaux. Il y eut une débâcle.

Il en fut de même alors en Angleterre. En janvier 1847, les deux banques élevèrent leur escompte, celle d'Angleterre à 5, celle de France à 4 p. 100. En septembre l'escompte de la Banque d'Angleterre fut porté à 6 p. 100; en octobre le chancelier de l'Echiquier dut l'autoriser à étendre l'émission de ses billets par-delà la limite fixée par l'acte de 1844. Cependant de grandes banques, entre autres la Banque royale de Liverpool, sombraient.

En France aussi, beaucoup de banques provinciales furent obligées de suspendre leurs paiements et la Caisse du commerce et de l'industrie, la plus grande banque par actions fondée en France depuis 1830, sombra.

1. La production moyenne annuelle des mines de 1831 à 1840 est évaluée par Soetbeer à 163 millions ; la production moyenne de 1841 à 1850 l'est à 293 millions et à environ 250 millions en retranchant la Californie où la découverte des mines d'or ne date que de 1848. Le rapport légal de l'argent a l'or dans les monnaies, fixé à 15 1/2 pour 1, n'était pas alors exactement celui du commerce ; l'or valait un peu plus de 15 fois et demie son poids d'argent. Aussi la circulation des pièces d'or était-elle très restreinte ; en général, quand un particulier recevait une pièce d'or, il la portait chez un changeur qui lui donnait 20 francs en argent, plus 10 à 15 centimes.

Les actions de chemins de fer subirent une baisse considérable.

Une autre cause de la crise que l'on signalait avec raison était l'influence de la mauvaise récolte de 1846 dont nous venons de parler '.

« Quoi qu'il en soit de ces deux conjectures, disait le comte d'Argout, gouverneur de la Banque, l'accroissement des besoins d'argent el leur multiplicité est un fait certain qui n'est contesté par personne. » La Banque, pour faire face aux nécessités, dut acheter au Trésor 15 millions de pièces démonétisées, au commerce de Paris 4 à 5 millions de lingots d'or et d'argent ; elle acheta au gouvernement russe pour 58 millions d'or payables en renies 5 p. 100 au taux de 115 fr. 75; elle du!, d'autre part, le 14 janvier 1847, par mesure exceptionnelle, portera 5 p. 100 le taux de son escompte qui depuis 1821 était resté, même au milieu des crises et de la révolution de Juillet, fixé à 4 p. 100.

Le calme se rétablit bientôt. L'encaisse était déjà remontée à plus de 100 millions en avril 1847 et approchait de 170 en décembre. La crise était liquidée. La Banque obtenait l'autorisation d'émettre des billets de 200 francs et, deux mois avant que la révolution de Février ne vînt surprendre la politique et le commerce, elle rétablissait le taux de 4 p. 100 \

1. La récolte avait été de 82 millions 1/2 d'hectolitres en 1844, de 72 en 1845 ; elle ne fut que de 60.7 millions en 1846 et nécessita dans les deux années 1846-1847 une importation jusque-là inusitée de 15 millions d'hectolitres.

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