‹ Histoire du commerce de la FranceChapitre 87 sur 266 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire.— Le régime légal des grandes colonies (224).— Les hésitations au sujet de la conquête de l'Algérie (224). — Résumé sommaire de la conquête de l'Algérie (226). — Essais de colonisation (227). — Commerce de l'Algérie (228). — Colonies nouvelles' sur les côtes occidentales de l'Afrique (229). — Madagascar et les acquisitions dans l'Océan Indien (230). — Les établissements de l'Inde (231). — L'occupation de Tahiti et des Marquises (231). — Le commerce des colonies d'Amérique (233). — Résumé du commerce colonial (234).

Le régime légal des grandes colonies. — Sous la Restauration, les colonies avaient été au régime des ordonnances. Sous le gouvernement de Juillet, elles furent au régime de la loi, conséquence de l'extension du pouvoir parlementaire. L'article 64 de la Charte de 1830 porte: « Les colonies seront régies par des lois particulières. » En conséquence une loi du 24 avril 1833, dite Charte coloniale, suivie de l'ordonnance du 22 août 1833, et applicable aux Antilles et à la Réunion, réserva au pouvoir législatif les lois relatives à l'exercice des droits politiques, les lois civiles et criminelles concernant les personnes libres et les lois pénales déterminant pour les non libres les crimes punis de mort, les lois réglant les pouvoirs des gouverneurs en matière de haute police et de sûreté générale, les lois sur l'organisation judiciaire, les lois sur le commerce et les douanes, la traite des noirs et les lois réglant les relations entre la métropole et les colonies. L'organisation administrative (à l'exception du régime municipal), la police de la presse, l'instruction publique, les affranchissements, etc., devaient être réglés par ordonnance. Un conseil, composé de membres élus pour cinq ans, devait régler les matières qui n'étaient réservées ni aux lois, ni aux ordonnances royales et voter le budget intérieur de la colonie (loi du 25 juin 1841). Ces dispositions étaient applicables seulement aux quatre colonies de la Martinique, la Guadeloupe, Bourbon et la Guyane.

Les hésitations au sujet de la conquête de V Algérie. — L'Algérie a été la grande question coloniale du gouvernement de Juillet. Alger était au pouvoir des Français. Qu'allait-on en faire ? La Restauration n'avait pos exprimé d inlention à cet égard et on ne pouvait pas dire si

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l'expédition avait eu pour but seulement le châtiment d'offenses ou une prise de possession définitive. La Chambre des députés n'était pas plus disposée que sous la Restauration à accroître les charges du budget colonial. Le maréchal Gérard, ministre de la guerre, envisageait la situation de plus haut. « L'intention du gouvernement, disait-il à la Chambre, est de conserver la possession d'Alger. Cette détermination repose sur les motifs les plus importants, les plus intimement liés au maintien de l'ordre public en France et même en Europe : l'ouverture d'un vaste débouché pour le superflu de notre population ' et pour l'écoulement des produits de nos manufactures en échange d'autres produits étrangers à notre sol et à notre climat. » Le général Clauzel, qui avait été envoyé dès le 4 septembre 1830 à Alger pour remplacer le maréchal de Bourmont, insistait dans ses lettres pour qu'on entreprît la conquête (prise de Blida) et la colonisation du pays. Le ministère changea et le maréchal Soult, successeur de Gérard, rappela Clauzel*. Celui-ci défendit son système devant la Chambre en 1832 et 1833. Un des adversaires de la colonisation, le comte de Sade, osa produire à la tribune la thèse suivante : « On commence à reconnaître que les colonies nous coûtent plus qu'elles ne valent : on s'en aperçoit même en Angleterre (!). En effet tout accroissement de territoire n'est avantageux que s'il fournit des hommes et de l'argent à la nation conquérante ; or la régence, loin de vous en fournir, en absorbe. Mais supposons que l'Algérie soit colonisée et qu'elle produise de nombreuses denrées coloniales ; à quoi bon augmenter la masse de ces denrées ? Elles surabondent de toutes parts (?). L'univers en regorge... » Le comte de Laborde soutenait avec d'autres députés la thèse contraire : « Est-ce bien d'ailleurs une colonie qu'Alger ? N'est-ce pas plutôt un département de la France, plus près de Toulon, à parler commerce, que Toulon ne l'est de Lyon ? » Guizot ajoutait : « L'abandon d'Alger serait un affaiblissement notable de la considération et de la puissance morale de la France. » Le gouvernement se décida en effet à garder la conquête et Clauzel retourna (juillet 1835) comme gouverneur en Algérie ".

1. On s'inquiétait alors d'une trop rapide croissance de la population. Les idées ont bien changé sur cette question.

2. Soult réduisit le corps d'armée à 10.000 hommes. « Vous vous bornerez, écrivait-il à Clauzel, à occuper Alger sans envoyer aucun détachement à Bône, ni àOran. En principe vous devez voir par toutes ces dispositions que l'intention du gouvernement est de ne rien préjuger sur l'occupation ultérieure d'Alger. »

3. Toutefois les instructions qui lui étaient données recommandaient une très grande prudence. « Point de sacrifices prématurés et hors de proportion avec les avantages que la France en retire ou peut raisonnablement en espérer... Ne rien faire qui donne lieu de croire de notre part à un système d'extension par la voie de la violence et de la conquête. Le gouvernement ne doit pas, en encourageant directement et prématurément les essais de colonisation, imposer à la France des charges que ne justifierait aucune nécessité. »

Résumé sommaire de la conquête de l'Algérie. — Nous n'avons pas à faire l'histoire de la conquête de l'Algérie. Rappelons seulement les principales étapes de celte conquête : première reconnaissance jusqu'à Médéa (22 novembre 1830), prise de Blida, occupation de Mers el- Kébir et d'Oran (1831), prise de Bône (26 mars 1832), qui avait déjà été occupée l'année précédente, prise d'Arzew, de Mostaganem et de Bougie (1833), nombreux combats dans la plaine de la Métidja à Boufarik, occupation de TIemcen (1836), échec à Sidi-Yakoub, victoire à la Sikkah, attaque infructueuse de Constantine (1836) et rappel de Clauzel, prise de Constantine (13 octobre 1837). La France ne possédait encore que quelques villes, toujours cernées par des populations ennemies. Celles-ci avaient trouvé un chef hardi et valeureux dans Abd-el-Kader qui groupa autour de lui la majorité des tribus arabes et remporta l'avantage dans les combats du Sigkah et de la Macta (1835). Ces combats furent suivis du traité de la Tafna (3 mai 1837) qui accrut beaucoup l'importance d'Abd-el-Kader.

La colonisation était entravée par le manque de sécurité. En 1834 on ne comptait guère en Algérie que 8.000 Européens, en 1836 que 11.561 ; presque tous habitaient les villes. Clauzel, sans limiter son action comme le prescrivaient les instructions ministérielles, avait poursuivi l'application de son système de colonisation. Savary, un de ses successeurs, avait, conformément à une partie de ce système, commencé l'organisation du corps des zouaves, de la légion étrangère, des chasseurs d'Afrique, constitué des postes fortifiés et des blockhaus. Le général Voirol, qui fut tué dans l'attaque de Constantine et avant la prise de la ville (1837), créa les bureaux arabes.

Clauzel lit les premiers règlements relatifs à la colonisation et inaugura le système des concessions de 4 à 12 hectares ; Dely-4brahim, Kouba, la Rassoula, Boufarik furent fondés en 1835.

A la suite de l'échec de l'expédition contre Constantine, Clauzel ayant été rappelé (février 1837), les débats recommencèrent à la Chambre des députés, Thiers et Guizot continuant à soutenir le système de la conquête, le président du conseil Mole bornant ses vues à une occupation pacifique et restreinte. Mais le soulèvement des indigènes par Abd-el-Kader, qui avait proclamé de nouveau la guerre sainte, rendait nécessaire le complément de la conquête ; il fallait tout posséder ou tout perdre. Le maréchal Valée assura la route de l'Ouest en forçant le passage des Portes-de-Fer (1839) ; il prit Médéa et Miliana (1840).

Le maréchal Bugeaud, nommé gouverneur général en janvier 1841, étendit, sans l'achever complètement, et consolida la conquête. Dans sa première campagne (1841), il fit de Médéa son cercle d'approvisionnement, força à Miliana les troupes d'Abd-el-Kader à battre en retraite ; le corps de Lamoricière occupa Takdemt, incendié par Abd-el- Kader, et Mascara, pendant que Bnraguay d'Ililliers détruisait, dans la

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région de l'Ouarnsenis, Boghâret Taza,ville fondée par Abd-el-Kader ; celui-ci brilla lui-même Saïda. En 1842 Tlemcen fut occupé, la vallée du Chélif fut entièrement soumise (combat de l'Oued Fodda) ; des expéditions parcoururent le Dahra et l'Ouarnsenis ; le Titeri fut réorganisé et divisé en huit aghalik placés sous la surveillance d'officiers français. En 1843 des insurrections de l'Ouarnsenis et du Dahra furent réprimées, des postes militaires furent établis à El-Esnam (depuis Orléansville), à Tenès, à Tiaret, à Teniah-el-Haad. Le duc d'Aumale, colonel du 7e léger, s'empara par un coup d'audace, avec 500 cavaliers, de la smala d'Abd-et-Kader, comprenant plus de 20.000 personnes et campée à Taguin, dans une région déserte (1843).

En 1844 le duc d'Aumale, ayant le commandement de la division de Constanline, occupa Batna et l'oasis de Biskra ; les Kabyles de l'Aurès, forcés dans la position de Mchounèche, se soumirent. Dans la province d'Alger, les troupes, montées sur des chameaux, s'avancèrent jusqu'à l'oasis de Laghouat qui reconnut l'autorité française ; la conquête de la Grande Kabylie fut commencée (occupation de Dellys, combats de Taourga et de Ouarez-ed-Dine).

C'est à cette époque que furent définitivement organisés les bureaux arabes, commandés par des officiers français et chargés de gouverner les tribus soumises. La fondation des postes de Saïda, de Sebdou et surtout de Lalla-Marnia ayant indisposé les Marocains, Abd-el-Kader trouva un appui auprès du sultan du Maroc. Le maréchal Bugeaud pénétra alors sur le territoire marocain et gagna la bataille de l'Isly ^14 juin 1844), pendant que le prince de Joinville bombardait Mogador. Le sultan, ayant signé avec la France le traité de Lalla-Marnia (18 mars 1845), enjoignit à Abd-el-Kader de sortir de ses Etats. Ce traité abandonnait au Maroc des territoires que l'Algérie aurait pu légitimement réclamer.

Un jeune musulman, Bou Maza, « le père de la chèvre », souleva les tribus du Dahra. Après la destruction de la tribu des Ouled-Riah, asphyxiés dans une grotte par la fumée d'un incendie que le général Pélissier avait allumé, ces tribus se soumirent. Mais l'insurrection se propagea dans l'Atlas Tel lien (combat malheureux pour les Français à Sidi-Brahim) ; la Métidja fut menacée par Abd-el-Kader et de nombreuses colonnes durent être lancées à la poursuite de l'émir qui se dérobait sans cesse et qui finit par rentrer au Maroc. En 1846 fut créé le poste d'Aumale.

En 1847 le duc d'Aumale succéda au maréchal Bugeaud. Abd-el-Kader, qui avait dû quitter le Maroc, rentra en Algérie et se rendit au général Lamoricière, puis au duc d'Aumale (décembre 1847).

Essais de colonisation. — Sous l'administration de Bugeaud, la colonisation commença à prendre un notable développement. En 1841,

on comptait en Algérie près de 40.000 Européens dont plus du tiers était Français ; en 1846, environ 95.000 dont la moitié était Française. Le gouverneur, qui se proposait de conquérir l'Algérie « ense et aratro », développa le système des concessions à titre gratuit (arrêté du 18 août 1841, modifié par les ordonnances du 21 juillet 1845 et du 1er septembre 1847). Il essaya sans succès (El Kolea, etc.) la colonisation militaire ; il favorisa la colonisation en augmentant le nombre des villages agricoles : en 1848 il yen avait 126.

La constitution de la propriété indigène était complexe et mal connue. Les Européens acquéreurs déterre n'étaient jamais certains d'en être propriétaires incontestés. Les ordonnances du 1er octobre 1841 et du 21 juillet 1846 furent rendues en vue de mettre un peu de clarté dans cette matière ; toutes les acquisitions antérieures faites, même de biens habous, furent validées.

Commerce de l'Algérie. — Le commerce de l'Algérie avec la France avait pris, vers la fin du règne de Louis-Philippe, une importance déjà très notable. En 1835 l'administration des douanes n'enregistrait que 8 millions au commerce spécial (7 à l'importation en Algérie et 1 d'Algérie en France); dix ans après le chiffre s'élevait à 92 millions (89 à l'importation, 3 à l'exportation). Ces chiffres, qui sont ceux de l'administration des douanes, ne portent que sur les marchandises importées en France ou exportées de France. La statistique de l'administration algérienne donne des chiffres plus élevés, parce qu'elle comprend le commerce fait avec les pays étrangers ; c'est ainsi qu'elle a enregistré 7, 9 millions en 1831 (6, 5 à l'importation, 1,4 à l'exportation), 19, 3 en 1835, 61,1 en 1840, 109, 8 en 1845(99, 3 à l'importation, 10,5 à l'exportation).

L'exportation d'Algérie en France (correspondant à l'importation en France) était encore très peu considérable ; quant à l'importation en Algérie (correspondant à l'exportation de France), elle était destinée surtout à l'approvisionnement de l'armée et des colons européens.

Le premier tarif général donné à l'Algérie (11 novembre 1835) avait accordé l'entrée en franchise aux produits français venant des ports de la métropole et avait imposé une surtaxe de navigation aux marchandises importées sous pavillon étranger.

En 1846, d'après les relevés de l'administration des douanes françaises, le commerce général de la France avec l'Algérie était de 110 millions 1/2, dont 3,8 à l'importation en France et 106,7 à l'exportation de France, et le commerce spécial de 3,7 millions à l'importation et de 94,5 à l'exportation, total 98 millions 1/2. L'importation consistait en peaux brutes, céréales, laine, tabac ; l'exportation en tissus de coton (35 millions 1/2), vins (9 1/2), tissus de laine (6), effets à usage (5), tissus de soie (5), tissus de laine et de chanvre (4).

Colonies nouvelles sur les côtes occidentales de l'Afrique. — Sous la Restauration, nous l'avons dit, les colonies avaient été régies par des ordonnances, et la charte de 1830 portait qu'elles le seraient désormais par des lois. La colonie du Sénégal ne resta pas tout à fait telle qu'elle était sous la Restauration. Une ordonnance coloniale du gouverneur Charmasson donna au Sénégal, auquel ne s'appliquait pas la loi du 24 avril 1833, une organisation administrative à peu près semblable à celle que cette loi avait donnée aux colonies sucrières : le commandement et la haute administration réservés au gouverneur ; sous ses ordres un commissaire de la marine, un chef du service judiciaire, un inspecteur colonial ; trois conseils, conseil d'administration chargé d'éclairer les décisions du gouverneur, conseil général à Saint-Louis et conseil d'arrondissement à Gorée, donnant des avis sur les affaires qui leur étaient communiquées. L'article 20 portait que le gouverneur prend les mesures qui sont en son pouvoir pour encourager les opérations du commerce et en favoriser le progrès : disposition que le gouvernement métropolitain confirma par une ordonnance royale du 29 janvier 1842, en ajoutant que le gouverneur déterminait « le mode, les conditions et la durée des opérations commerciales avec les peuples de l'intérieur de l'Afrique et les localités où les échanges sont permis ». On avait d'abord espéré cultiver avec profit le coton et l'indigo ; mais les planteurs se découragèrent promptement et se bornèrent à faire le commerce de la gomme, puis aussi celui de l'arachide.

Les gouverneurs s'appliquèrent donc surtout à développer le trafic le long du fleuve et sur les côtes.

Les maures Trarzas et Rraknas qui habitaient au nord du Sénégal et dont les incursions troublaient la sécurité des négociants furent châtiés, après leurs révoltes de 1832 et de 1840 ; un traité (25 avril 1842) rétablit pour un temps la concorde. Comme leur chef, s'étant marié à la reine du Oualo, devenait menaçant, le gouverneur dut faire la conquête du Oualo et imposer par traité du 4 septembre 1835 un chef de son choix aux noirs du pays. D'autres traités furent conclus, avec Palmamy du Fouta (11 octobre 1841), pour assurer le commerce de la gomme ; le 24 mars 1837 avec le roi de Boudhie en Casamance, qui céda un terrain sur lequel fut construit le poste de Sedhiou ; en 1842 avec les noirs du roi Nunez et les Nalous ; le 20 avril 1842, avec le chef du Podor. Deux voyages d'exploration, faits par Raffenel (1843 et 1846), firent un peu connaître l'importance du commerce et amenèrent la conclusion d'un traité d'amitié et de commerce avec Palmamy du Boudou qui promit de diriger ses caravanes sur les ports français. Le commerce total du Sénégal, qui n'était guère que de 7 millions au commencement du règne de Louis-Philippe et qui s'était élevé exceptionnellement à 35 millions en 1840 et avait beaucoup baissé les

trois années suivantes, était d'une vingtaine de raillions en 1847 * dont 10 millions avec la France, le reste avec les autres colonies françaises et avec les pays étrangers. A la suite dune exploration de la côte de Guinée par le commandant Bouët Williaumez en 1838, des négocialions furent entamées avec des chefs indigènes pour la cession de quelques territoires. Par traité en date du 14 décembre 1838, les deux chefs du pays de Garroway tirent alliance avec la France et lui cédèrent une étendue de quatre lieues carrées sur les bords de la rivière Garroway, traité qui fut confirmé le 7 février 1842. Par un traité avec le roi Peter, du 3 février 1842, « la souveraineté pleine et entière du pays et de la rivière du Grand-Bassam » fut concédée au roi des Français qui, de son côté, s'engagea à protéger le roi et son peuple. Des traités furent aussi conclus avec les chefs des bouches du Niger, à Bouny (4 octobre 1841), au Vieux Galabar (27 août 1842). Le 4 juillet 1843, le commandant Fleuriot obtint que les chefs et le peuple du pays, en souvenir des anciennes relations qui avaient existé entre ce pays et les Français, concédassent à la France « la pleine et entière possession de tout leur territoire tout en conservant leur autorité », traité qui fut renouvelé le 26 mars 1846. Le 22 avril de la même année, Boyer, commandant supérieur des comptoirs de la Côte d'Or, obtenait la cession du territoire du roi Aka, contigu au Grand-Bassam. A Assinie, un fortin de l'ancienne compagnie de Guinée fut rebâti ; au Grand-Bassam le fort Nemours fut construit. En 1845, Baudin, pendant la campagne qu'il fit pour protéger le commerce et réprimer la traite, conclut des traités avec plusieurs petits chefs de la côte.

La répression de la traite amena les marins français à renouer d'anciennes relations avec le Gabon. Le 9 février 1839, Denis, chef de la rive gauche de l'estuaire, concéda à la France deux lieues de terrain ; le 18 mars 1843, Louis, chef de la rive droite, céda aussi un terrain « en toute propriété aux Français ». D'autres chefs firent aussi des concessions de terrains. Un dernier traité (1er avril 1844) consacra l'autorité de la France sur les deux rives de la baie; Libreville fut bâtie sur un plateau pour y établir un chargement de noirs enlevé à un bâtiment négrier. Toutefois la colonie du Gabon n'avait encore aucune importance commerciale.

Madagascar et les acquisitions dans l'Océan Indien. — Dans l'Océan Indien, il y eut aussi de nouvelles possessions. Pas à Madagascar où les Hovas étaient hostiles aux Français ; ils le furent d'ailleurs aussi aux Anglais. La reine Ranavolana publia le 13 mai 1845 un ordre par lequel elle soumettait tous les traitants à la loi malgache, par consé-

1 . Le commerce spécial de la colonie avec la France était beaucoup moindre que le commerce total de la colonie, 8,6 millions (3,1 a l'importation en France, 5,3 à l'exportation) d'après la statistique des douanes françaises.

quent aux corvées de la reine et autres servitudes, saus leur en accorder en retour les avantages ; elle condamnait à être vendus comme esclaves ceux qui auraient des dettes et elle menaçait de pillage ceux qui n'auraient pas accepté ces conditions dans le délai de quinze jours. En effet, un pillage eut lieu. Les commandants de la station navale française et de la station navale anglaise répondirent en bombardant Tamatave et en tentant un assaut qui échoua. La rupture fut complète ; les étrangers durent quitter l'île et les indigènes chrétiens furent massacrés. La France conserva cependant Sainte-Marie de Madagascar.

Elle mit la main sur les îles Comores et Mayottequi flanquent Madagascar au Nord -Ouest, dans le canal de Mozambique. Le 5 mai 1841, le capitaine d'infanterie de marine Passot, envoyé par son chef, signa avec la reine de Nossi-Bé et de Nossi-Combo un traité par lequel les deux îles étaient cédées à la Fiance ; puis, le 25 avril, un traité avec le chef de Mayotte qui céda l'île en toute propriété à la France et un autre traité qui annexa Nossi-Mitsion. A Anjouan, un agent permanent de la France fut installé conformément à un traité signé avec le sultan de l'île. Une ordonnance du 8 décembre 1847 organisa l'administration de la justice dans • les établissements français du canal de Mozambique » et institua à Mayotle un conseil de justice.

Le profit économique était encore fort médiocre. Le commerce de SainterMarie, des Comores et de Mayotte n'atteignait pas un demimillion en 1847.

Le commerce de l'île Bourbon restait important, ainsi qu'il l'avait été sous l'ancien régime. Il variait d'ailleurs beaucoup d'une année à l'autre suivant les récoltes ; ainsi le commerce total (avec la France, les autres colonies et les pays étrangers), qui s'était élevé de 33,3 millions en 1840 à 53 1/2 en 1843, fut de 41 millions 1/2 en 1847. La part de la France dans ce commerce a été de 21 millions en moyenne en 1827-1836, de 26,5 en 1840 et de 32 millions en 1847.

Les établissements de l'Inde. — Dans l'Inde les cinq villes françaises, enfermées dans leur étroit territoire, n'ont pour ainsi dire pas d'histoire. Elles avaient cependant un commerce dont le total était en 1847 de 21 millions, dont 14 avec la France.

L'occupationde Tahiti et des Marquises. — En Océanie le commandant du « Bucéphale », ayant amené des missionnaires en Nouvelle-Calédonie, profita de l'occasion pour traiter avec des chefs indigènes et hisser le pavillon français (décembre 1843) ; mais l'Angleterre réclama et le gouvernement désavoua l'acte du commandant '.

Beaucoup plus à l'est, au milieu du Pacifique, est l'Archipel des

t. En 1846, le vaisseau français « la Seine», chargé d'amener le pavillon français, échoua sur des rochers.

lies de la Société. Les Anglais y avaient depuis un demi-siècle des missionnaires qui avaient converti les indigènes au protestantisme. Deux missionnaires catholiques étant arrivés à la fin de Tannée 1836 furent expulsés l'année suivante par l'influence du ministre anglais Pritchard, tout puissant auprès de la reine Pomaré.

Le chef de la station navale, commandant la « Vénus », Dupetit- Thouars, intervint et amena la reine Pomaré à signer une convention portant qu'il y aurait paix perpétuelle et amitié entre les Français et les habitants de Tahiti, et que les Français pourraient s'établir et commercer dans toutes les îles du gouvernement de Tahiti (4 septembre 1838). A peine la « Vénus » était-elle parlie que Pritchard fit adopter une loi qui interdisait aux étrangers l'achat des terres et l'enseignement d'un culte autre que le protestantisme officiel. Le commandant de 1' « Artemise » vint alors à Papeete et obligea la reine à signer une convention qui autorisait le libre exercice du culte catholique et donnait aux Français les mêmes droits qu'aux protestants. La convention ne fut pas exécutée et des violences se produisirent. Dupetit-Thouars, qui venail, conformément aux instructions du gouvernement français et avec l'assentiment des chefs indigènes, de prendre possession des îles Marquises ' (mai-août 1842), fit voile pour Papeete et menaça.

La reine et les trois grands chefs des îles, intimidés, demandèrent le protectorat de la France, et le traité fut signé le 9 septembre 1841. Ce traité instituait un conseil de gouvernement composé du consul de France, du gouverneur militaire de Papeete et du capitaine du port, conseil investi du pouvoir administratif et exécutif et des relations extérieures des Etats de la reine Pomaré ; il déclarait la liberté individuelle et la liberté des cultes. Ce traité fut ratifié par le roi le 25 mars

Pritchard était alors absent. Revenu à Papeete à la fin de février 1843. il recommença ses manœuvres, objecta qu'il avait été question d'un protectorat antérieurement au traité du 25 mars 1843. Le capitaine du vaisseau anglais qui l'avait amené déclara de son côté que l'intention de la reine d'Angleterre était « de maintenir indépendante et libre la souveraineté de l'Angleterre » ; mais il fut rappelé. La reine Pomaré avait hissé un pavillon qui lui avait été donné au nom de la reine d'Angleterre ; comme elle ne voulut pas lui substituer le pavillon français, le commandant Bruat crut devoir débarquer des troupes, déclarer la reine déchue, prendre possession de l'île et arrêter Pritchard.

Ces événements ayant causé une vive émotion en Angleterre, le gouvernement français, pour éviter une rupture, eut la faiblesse de donner uue indemnité à Pritchard et dénonça la prise de possession

i. En 1844 il prit possession des îles Gambier.

de Tahiti en se bornant à un protectorat. En France ce désaveu souleva contre le gouvernement une violente opposition. A Tahiti il compromit l'autorité française et amena des soulèvements d'indigènes qu'il fallut réduire par les armes (combats de Mahoena, de Fatahowa, de Pounarouou, 1845; prise du fort Fautahua, 17 décembre 1846). Pomaré, qui avait dû chercher un refuge dans l'île de Raialea, fut ramenée et réintégrée dans sa dignité par le capitaine de vaisseau Lavaud qui avait été nommé gouverneur des possessions françaises de l'Océanie. Le 4 août 1847 fut signé un nouveau traité de protectorat sur les îles de la Société, comprenant Tahiti, Moorea et dépendances; le roi des Français avait le droit d'élever des forteresses; il n'y avait de force militaire que ses troupes ; la reine possédait le pouvoir exécutif ; mais aucun étranger ne pouvait entrer en communication avec elle qu'après autorisation du commissaire du roi et toutes les relations extérieures étaient abandonnées au gouvernement protecteur. Un traité du 19 juin 1847 avec l'Angleterre stipula que les Iles-sous-le- Vent étaient entièrement indépendantes de Tahiti.

La France avait pris possession des lies Marquises en 1842 et des lies Gambier en 1844.

Le commerce des colonies d'Amérique. — En Amérique, Saint- Pierre et Miquelon ne vivaient que de la pêche. La statistique de l'administration des douanes porte pour la période 1837-1846 une moyenne de 1,73 millions, dont 12,1 à l'importation en France et 5,2 à l'exportation de France. Mais ces nombres comprennent, outre le commerce qui a ces îles pour siège, les produits des pêches sur le banc de Terre- Neuve et sur la côte de l'île de Terre-Neuve dont la pêche est réservée à la France. Le commerce propre aux îles Saint-Pierre et Miquelon a varié entre 5 et 9 millions pendant la période 1830-1847, dont 2 à 4 millions avec la France.

La Guadeloupe et la Martinique étaient les deux principales colonies sucrières. Elles avaient été très florissantes sous l'ancien régime. Vers la fin de la Restauration leur commerce était à peu près remonté au niveau qu'il avait atteint sous Louis XVI. Mais sous le gouvernement de Juillet elles eurent à lutter contre le sucre de betterave et, d'autre part, la culture du caféier diminuait. Le sucre brut colonial payait un droit de 45 francs les 100 kilos ; l'importation du sucre raffiné était interdite et celle du sucre terré était surtaxée de 25 francs. Les colons se plaignaient de ces obstacles à leur commerce. Ils se plaignirent beaucoup plus quand augmenta la fabrication du sucre de betterave qui était dans le principe exempt de taxe. Ils tentèrent d'obtenir l'interdiction de cette fabrication ; ils obtinrent au moins (loi du 2 juillet 1843) l'égalité de l'impôt sur l'un et l'autre sucre.

Le commerce de la Guadeloupe avec la France était en moyenne de

37 millions 1/2 en 1827-1836 et de 36,6 en 1837-1846 (18,6 à l'importation en France et 18 à l'exportation de France). Le commerce total, comprenant, outre la France, les colonies et l'étranger, s'est élevé à 44 millions en 1840 et jusqu'à 54 millions 1/2 en 1845,(44,5 avec la France, 3,5 avec les colonies, 6,6 avec l'étranger) ; il était de 53 millions 1/2 en 1847.

Le commerce de la Martinique avec la France a été : 33 millions en 1827-1836, 34 en 1837-1846 (15,1 à l'importation en France, 19 à l'exportation de France). Le commerce total était de 36 millions en 1840, 50 en 1845,^57 en 1847.

Le commerce de la Guyane avait toujours été très médiocre. En 1830 il n'était que de 3 millions 1/2. Il varia de 1840 à 1847 entre 5,8 millions et 7,4, presque entièrement avec la métropole.

Résumé du commerce colonial. — Voici pour les 7 colonies le tableau, d'après la douane française, de leur commerce avec la France en 1846 :

Commerce général Commerce spécial

(en millions de francs).

Importations Exportations Importations Exportations en France de France en France de France

Sénégal 7.5 16.3 3.0 9.1

Bourbon 19.6 15.0 17.6 14.8

Indes françaises . . . 13 4 0.7 2.6 0.6

St-PierreetMiquelon. 11.6 7.1 11.3 5.3

Guadeloupe 17.9 20.0 17.9 20.0

Martinique 17.2 22.7 17.0 22.7

Guyane 2.6 2.7 L9 2.6

Totaux 89.8 84.5 7L3 75~X~

Soit un total de 174 millions au commerce général et de 146 millions au commerce spécial. Le commerce spécial des colonies (Inde non comprise) n'avait donc augmenté que de 24 millions depuis

Quatre de ces colonies (Bourbon, Guadeloupe, Martinique, Guyane) envoyaient en France surtout du sucre. En 1846 la valeur du sucre importé en France a été de 50 millions (16 pour Bourbon, 17 pour la Guadeloupe, 15,4 pour la Martinique, 1,5 pour la Guyane). Le café avait beaucoup moins d'importance, à peine 1 million 1/2. Le Sénégal fournissait de la gomme et des arachides ; l'Inde, de l'indigo. La France envoyait surtout des tissus de coton (environ 20 millions), des tissus de lin et de chanvre, des vins.

Le sucre était le grand article d'exportation de la Martinique et de la Guadeloupe. A la Martinique, par exemple, cette exportation, qui avait augmenté pendant la Restauration et s'était élevée jusqu'à 29,5 millions de francs en 1828, avait reculé devant le progrès du

l'algérie et les colonies 235

sucre de betterave jusqu'à moins de 10 millions de francs en 1839, puis s'était quelque peu relevée : en 1847, 31,5 militions de kilogrammes ayant une valeur de 14 millions de francs.

D'après les statistiques coloniales (dont les chiffres diffèrent quelque peu de ceux de l'administration des douanes métropolitaines), le commerce total des sept colonies (commerce avec la métropole, avec les colonies et avec l'étranger) a été :

(Nombres exprimés en

millions de francs) 18i0 1844 1847

Commerce de la France avec ses colonies . ,

— des colonies françaises entre elles

— des colonies françaises avec l'étran ger

Total général 176,8

Le commerce général des colonies s'est donc soutenu assez uniformément durant la période 1840-1847, comme le commerce avec la France ; les chiffres ont été supérieurs à ceux de la période 1830-1839 ; en 1830, ce commerce atteignait à peine 120 millions. L'année 1841, la plus faible de la période, a subi l'influence de la politique européenne et des bruits de guerre qu'a soulevés la question d'Orient. L'année 1845 a été pour le commerce entier de la France une année prospère ; l'année 1846 l'a été un peu moins. Les trois sources du commerce des colonies ont augmenté ; celle du commerce des colonies avec la métropole a été la plus favorisée.

Dans les tableaux de cette statistique coloniale, l'Algérie n'est pas comprise. Elle ajoute au total 61 millions en 1840 et 109,8 en 1845.

Toutefois, le commerce colonial n'égalait pas encore celui qu'avait enregistré Arnould dans la Balance du commerce pour la période 1784- 1788'.

1 . Commerce de la France avec ses colonies ou établissements en Amérique et en Afrique :

(en millions de livres)

Importation en France 193,2

Exportation de France 93

Commerce de la France aux Indes Orientales :

Importation en France 33,7

Exportation de France 26,5

Total 346^

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