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CHAPITRE VI

Sommaire. — Le progrès général du commerce extérieur (236). — Le commerce par pays de provenance et de destination (23T). — Le commerce par nature de marchandises en 1846 (240). — Le transit et les entrepôts (241). — Le commerce par terre et par mer (241). — La navigation maritime (242).

Le progrès général du commerce extérieur. — Le commerce extérieur, sans être précisément adéquat au commerce intérieur, est soumis en grande partie aux mêmes influences ; il a subi pendant le règne de Louis-Philippe les mêmes vicissitudes ' . A ne considérer que les chiffres du commencement et de la fin, on constate qu'il a fait un progrès notable : 987 millions au commerce spécial en 1829 et 1.772 millions en 1846. Nous prenons pour terme de comparaison cette année qui donne le chiffre le plus élevé de la période, parce qu'elle est une année

Importation et exportation de 1830 à 1847. Commerce de la France (en millions de francs).

ANNÉES

total

COMMERCE SPÉCIAL

NUMÉRAIRE

Importations.

Exportations.

Total.

Importé.

Exporté.

normale, tandis que la suivante a été une année de crise dans^laquelle le chiffre n'a été que de 1.676 millions. L'augmentation a été de 68 p. 100 dans l'espace de dix-sept ans.

Le progrès est même plus accentué pour le commerce général : 1.224 millions en 1829 et 2.437 millions en 1846, parce que la loi et l'administration ont facilité le transit et l'entrepôt.

Ce progrès n'a pas été constamment croissant. La crise de 1830 l'a fait tomber à 830 millions (commerce spécial) en 1831. Celle de 1837 l'a fait tomber de 1.193 millions en 1836 à 1.084 en 1837. Mais dès l'année suivante il rebondissait à 1.315 millions, et, quoique légèrement affecté en 1842, il s'éleva d'année en année jusqu'à 1.772 millions en 1846.

Comme sous la Restauration, la douane constatait chaque année une importation de métaux précieux supérieure à l'exportation. Les quantités relevées par la douane ne donnent qu'un résultat incomplet et qu'une idée imparfaite du mouvement réel du numéraire.

Le commerce par pays de provenance et de destination. — Les principaux clients de la France étaient restés les mêmes, mais les rangs avaient changé.

En tête venaient les États-Unis dont le commerce spécial dépassait chaque année 200 millions et atteignait 241 millions en 1846 (141 à l'importation et 100 à l'exportation) ; le commerce général s'élevait même à 303 millions. Ce commerce avait doublé depuis la Restauration. Il consistait :

A l'importation, en coton, en laine (109 millions), tabac (18 millions), riz, céréales, peaux brutes, cendres et regrets d'orfèvre, etc.

A l'exportation, en tissus de soie (36 millions), tissus de laine (20 millions), tissus de coton, vins, tissus de lin et de chanvre, peaux ouvrées, poteries, verres et cristaux, mercerie, etc. Les États-Unis n'étaient pas encore une grande nation manufacturière.

L'Angleterre, qui figurait au commerce spécial pour 192 millions (79 à l'importation et 113 à l'exportation) et au commerce général pour 278 millions. Le commerce spécial consistait en 1846 :

A l'importation, en tissus de coton (10 millions 1/2), en cuivre (9 millions), houille (8 millions), céréales (6 millions), fonte, fer et acier (6 millions), laine (5 millions), machines et mécaniques (4 millions), etc.

A l'exportation, en tissus de soie (35 raillions), tissus de laine (9 millions 1/2), eau-de-vie (6 millions), tissus de coton (4 millions), vins (4 millions), peaux ouvrées (4 millions), garance (4 millions), etc.

Les Etats Sardes figuraient pour 156 millions au commerce spécial et pour 206 au commerce général. Le commerce spécial (107 millions à l'importation et 49 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en céréales(37 millions), soies moulinées(35millions), huile d'olive (9 millions), soies grèges (8 millions), riz, etc.

A l'exportation, en tissus de laine (12,5 millions), tissus de coton (9,7 millions).

La Belgique figurait pour 150 millions au commerce spécial et pour 184 au commerce général. Le commerce spécial (102 millions à l'importation et 48 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en houille (18 millions 1/2), tissus de lin ou chanvre (10 millions), fils de lin, laines, fonte, chevaux, etc.

A l'exportation, en tissus de soie (9 millions), tissus de laine, céréales, tissus de coton, vins, etc.

L'Association douanière allemande, avec le Hanovre, figurait pour 110 millions au commerce spécial et pour 150 au commerce général. Le commerce spécial (48 millions à l'importation et 62 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en laines (7 millions 1/2), bois communs (7 millions), céréales, bestiaux, etc.

A l'exportation, en tissus de soie (15 millions), soies écrues (10 millions), tissus de laine, tissus de coton, vins, etc.

L'Espagne figurait pour 110 millions au commerce spécial et pour 143 au commerce général. Le commerce spécial (36 millions à l'importation et 73 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en plomb (7,7 millions), huile d'olive (6 millions 1/2), laines (6,7 millions), oranges et citrons, tresses de paille, fruits secs, etc. A l'exportation, en tissus de coton (25,7 millions), tissus de laine (14,8 millions), tissus de soie (8 millions), mercerie, mulets, etc.

L'Algérie figurait pour 98 millions au commerce spécial et pour 110 1/2 au commerce général. Le commerce spécial (3,7 millions à l'importation et 94 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en peaux brutes (1 million 1/2), céréales, laines, etc. A l'exportation, en tissus de coton (3 millions 1/2), vins, tissus de laine, vêtements, tissus de soie, sucre, etc.

La Suisse, pays de transit, figurait pour 77 millions au commerce spécial et pour 208 au commerce général. Le commerce spécial (29 millions à l'importation et 48 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en horlogerie (7 millions), bois (6 millions), bourre de soie, cendres et regrets d'orfèvre, etc.

A l'exportation, en tissus de coton (7 millions), tissus de laine (7 millions), sucre raffiné, tissus de soie, café, etc.

La Russie figurait pour 69 millions au commerce spécial et pour 91 au commerce général. Le commerce spécial (53. millions à l'importation et 16 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en céréales (24 millions), graines oléagineuses (11 millions), lin (6 millions), bois, laines, etc.

A l'exportation, en tissus de soie (3 millions), vins, tissus de laine, garance, etc.

La Turquie figurait au commerce spécial pour 52 millions et au commerce général pour 78 millions. Le commerce spécial (39 millions à l'importation et 13 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en soie (12 millions), céréales (8 millions), graines oléagineuses (6 millions), laines, huile d'olive, etc.

A l'exportation, en tissus de laine (2,8 millions), sucre raffiné, tissus de soie, etc.

La Martinique figurait au commerce spécial pour 37 millions et au commerce général pour 40 millions'. Le commerce spécial (17 millions à l'importation et 20 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en sucre (15 millions), riz (0,5 million), rhum et tafia, café, etc.

A l'exportation, en tissus de coton (7 millions), tissus de lin, peaux ouvrées, etc.

La Guadeloupe figurait au commerce spécial pour 38 millions et au commerce général pour 38 millions. Le commerce spécial (18 millions à l'importation et 20 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en sucre (17 millions), café, peaux brutes, etc.

A l'exportation, en tissus de coton (5 millions), peaux ouvrées, tissus de lin, etc.

Le Royaume des Deux Siciles figurait au commerce spécial pour 37 millions et au commerce général pour 53 millions. Le commerce spécial (24 raillions à l'importation et 13 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en céréales (5 millions), soies écrues (5 millions), huile d'olive, soufre, etc.

A l'exportation, en tissus de laine (3 millions), tissus de soie (2,9 millions), tissus de coton (1,9 million), etc.

L'Ile Bourbon figurait au commerce spécial pour 32 millions et au commerce général pour 35. Le commerce spécial (18 millions à l'importation et 14 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en sucre (16 millions), café (0,9 million), etc.

A l'exportation, en tissus de colon (4,8 millions), vins, tissus de laine, peaux ouvrées, etc.

La Toscane figurait au commerce spécial pour 28 millions et au commerce général pour 41. Le commerce spécial (14 millions à l'importation et 14 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en chapeaux de paille (3 millions), céréales, soies écrues, etc.

1. Ces chiffres, extraits du Tableau de commerce de la France publié par l'administration des douanes, diffèrent quelque peu, ainsi que ceux des autres colonies» des chiffres donnés par les statistiques coloniales.

A l'exportation, en tissus de soie (4,4 millions), tissus de laine (3 raillions), tissus de coton (1 million), etc.

Les Indes anglaises figuraient au commerce spécial pour 28 millions et au commerce général pour 37. Le commerce spécial (26 millions à l'importation et 2 à l'exportation) consistait:

A l'importation, en indigo (16,7 millions), poivre, riz, graines oléagineuses, nitrate de potasse, etc.

A l'exportation, en papier (0,4 million), tissus de soie, vins, etc.

Le Brésil figurait au commerce spécial pour 27 millions et au commerce général pour 47. Le commerce spécial (9,5 millions à l'importation et 17 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en peaux brutes (3,7 millions), café (2,2 millions), sucre brut, etc.

A l'exportation, en tissus de soie (2 millions 1/2), tissus de laine, tissus de coton, peaux ouvrées, etc.

Les Villes hanséatiques figuraient au commerce spécial pour 26 millions et au commerce général pour 35. Le commerce spécial (6,8 millions à l'importation et 19 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en cuivre (1 million 1/2), zinc, peaux brutes, tissus de laine, etc.

A l'exportation, en vins (4 millions), tissus de soie, poterie et verrerie, fruits, papiers et livres, etc.

Les Pays-Bas figuraient au commerce spécial pour 24 millions et au commerce général pour 41. Le commerce spécial (13 millions à l'importation et 11 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en fromages, étain, peaux brutes, zinc, café, etc.

A l'exportation, en vins (2 millions), garance, tissus de coton, etc.

Les Colonies espagnoles en Amérique figuraient au commerce spécial pour 20 millions et au commerce général pour 34. Le commerce spécial (11,8 millions à l'importation et 9 à l'exportation) consistait :

A l'importation, en sucre brut (6,1 millions), cigares, café, etc.

A l'exportation, en tissus de soie (1,4 million), tissus de coton, peaux ouvrées, etc.

Les autres pays, Norvège, Saint-Pierre et Miquelon (avec la grande pêche), Chili, Mexique (avec le Texas), Autriche, Sénégal, Haïti, Egypte, Suède, Etats barbaresques, Etats de la Plata, etc., faisaient avec la France un commerce spécial inférieur à 20 millions.

Le commerce par nature de marchandises en 1846. — Voici le tableau résumé des grandes catégories :

Importations

Matières nécessaires à l'industrie .

Objets de consommation naturels .

— fabriqués

Exportations

Produits naturels

Produits fabriqués

Commerce

spécial

(millions de francs)

Les principaux articles de l'importation (commerce spécial) étaient le coton (114 millions), les céréales (100 millions), les soies (77 millions), les bois communs (52 millions), le sucre des colonies françaises (49 millions), les laines (37 millions), la houille (29 millions), les graines oléagineuses (27 millions), l'huile d'olive (26 millions), le tabac (25 millions), les peaux brutes (25 millions), l'indigo (12 millions). Puis venaient entre 17 et 12 millions, les fils et les tissus de lin et de chanvre, le cuivre, le café, les cendres et regrets d'orfèvre, la fonte brute, le lin. Au-dessous de 10 millions, le plomb, les chevaux, les fruits de table, les poissons de mer, l'horlogerie, etc.

Les principaux articles de l'exportation étaient les tissus de soie et de fleuret (146 millions), les tissus de coton (140 millions), les tissus de laine (108 millions), les vins (45 millions), la tabletterie, bimbeloterie, mercerie, meubles (28 millions), les peaux ouvrées (27 millions), les tissus de lin ou de chanvre (26 millions), le papier et ses applications (21 millions), la poterie, verres et cristaux (21, 18 et 16 millions). Puis venaient, outre le linge et habillements, la garance, les ouvrages en métaux, les chevaux et bestiaux, le sucre raffiné, les fils de coton et de laine, l'eau-de-vie. Au-dessous de 10 millions, les peaux tannées, mégissées, etc., les couleurs, la parfumerie, les machines et mécaniques, les huiles volatiles, les soies, etc.

Le transit et les entrepôts. — Le transit, dont la valeur était de 202 millions, portait principalement sur les tissus de coton, de laine et de soie, sur les soies et les cotons. Il avait lieu principalement avec la Suisse (74 p. 100), avec l'Angleterre, l'Association commerciale allemande, la Belgique. Une partie était à destination des Étals-Unis.

Les entrepôts avaient renfermé dans le courant de l'année une valeur de 706 millions de francs, consistant principalement en coton, en céréales, en soie, en sucre, en café et cacao, en indigo. Les entrepôts les plus importants étaient ceux de Marseille et du Havre ; en seconde ligne se plaçaient ceux de Lyon, Bordeaux, Paris, Nantes, Dunkerque, etc.

Le commerce par terre et par mer. — Le commerce par mer est plus

important que le commerce par terre. Il en était ainsi sous l'ancien régime; il en est ainsi encore dans les périodes contemporaines. La navigation amène les marchandises des pays les plus divers et les plus lointains et elle les y porte ; elle le fait plus économiquement que les routes de terre.

En 1846, sur la valeur totale de 2.436 millions du commerce général, 1.754 millions ont été transportés par mer contre 682 qui l'ont été par terre : c'est une proportion de 72 contre 28 p. 100, proportion un peu plus forte (73) à l'exportation qu'à l'importation (71) ; elle a légèrement augmenté de 1830 à 1846.

La navigation maritime. — Le nombre total des navires entrés ou sortis a été de 32.515 en 1846, jaugeant 3.925.000 tonneaux. Dans ce total, le pavillon français compte pour 1.535.000 tonneaux avec 13.779 bâtiments (non compris le cabotage), 3.667 ayant été employés à la navigation réservée (colonies, possessions et grande pêche) et 10.112 à la navigation de concurrence. Dans cette navigation de concurrence le pavillon étranger intervient avec 18.736 navires jaugeant 2.390.000 tonneaux.

Les proportions pour 100 du total de la navigation sont les suivantes : navigation réservée au pavillon français, 13,7; pavillon français dans la navigation de concurrence, 25,4 ; pavillon étranger dans la navigation de concurrence, 60,9.

La part du pavillon étranger a augmenté pendant les dernières années de cette période, surtout celle de la marine à vapeur.

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