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CHAPITRE II

1864. 11 forma la Compagnie du gaz de Marseille et facilita la fusion des compagnies du gaz à Paris ; il créa la Compagnie maritime transatlantique. Il porta ses entreprises, avec des capitaux français et au bénétice de l'influence française, au delà des frontières de la France en contribuant à la création des chemins de fer de l'Espagne et des chemins de 1er autrichiens.

Le Crédit mobilier en trois ans était monté à l'apogée. Pereire aurait voulu le faire monter indéfiniment; l'autorisation qu'il demanda d'émettre des obligations ne lui fut pas accordée. La fortune des Pereire et leur mainmise sur tant de grandes affaires leur suscitait des envieux ; la hardiesse avec laquelle ils engageaient d'énormes capitaux et étayaient leurs opérations sur le crédit inspiraient des inquiétudes *. Ils songèrent à entrer en rivalité avec la Banque de France qui ne leur pardonna pas d'avoir cherché à obtenir pour la Banque de Savoie, dont ils s'étaient rendus les maîtres, l'autorisation d'émettre des billets à vue et au porteur, en concurrence avec ceux de la Banque de France. Sur la question de l'unité et de la pluralité du billet de banque, il s'engagea à ce propos une vive polémique à laquelle prirent part deux hommes occupant une haute situation dans la science économique: Wolowski, partisan de la liberté des banques et de l'unité de monnaie fiduciaire, et Michel Chevalier, partisan de la liberté d'émission \ En fait, ce n'était pas la liberté, mais la dualité et un monopole rural que visait la Banque de Savoie ; elle n'eut pas gain de cause.

Le Crédit mobilier pliait alors sous le faix de 126 millions dépensés en maisons construites, de 30 millions en maisons en construction, de 20 millions en terrains qu'il ne voulait pas ou qu'il ne pouvait pas vendre parce qu'il les estimait trop haut. N'ayant pas été autorisé à contracter un énorme emprunt de 150 millions, il eut recours au doublement de son capital. Cet expédient ne le sauva pas et la Banque de France ne consentit à venir à son secours qu'à condition que les frères Pereire donnassent leur démission 3.

Le comte de Germiny fut chargé de diriger la liquidation de cette gigantesque opération. Le Crédit mobilier avait prétendu, conformément à la doctrine saint-simonienne, à imprimer le branle au mouvement industriel de la France en distribuant à son gré les capitaux aux entrepreneurs et avait en effet exercé tout d'abord une puissante et souvent une heureuse influence ; mais il succomba pour avoir immobilisé

1. En 1838, le Crédit mobilier a donné un dividende de 178 fr. 50 par action, soit 44 p. 100. Il avait donné 10 p. 100 en 1853 et 12 en 1855.

2. « Mon avis, écrivait le 24 décembre 1864, à la fin de ce débat, Gladstone à Wolowski, est que la distinction tracée par vous entre l'office de la banque et la fonction de l'émission était une distinction à la fois saine et utile. »

3. Les membres du conseil d'administration garantirent sur leur fortune personnelle.

imprudemment trop de capitaux et abusé de la spéculation. C'était, sous ce rapport, la condamnation expérimentale de l'utopie de l'absorption et de la répartition des capitaux par l'Etat.

La Banque de France, Vaffluence de l'or et la crise de 1857. — Audessus de ces nouveaux établissements de crédit planait la Banque de France. Ses états de situation hebdomadaire et les rapports annuels de son gouverneur sont des témoins qui renseignent exactement sur les grands mouvements du marché français, essor, ralentissements, arrêts et reculs successifs ; en somme, c'est le progrès qui domine et un progrès très rapide.

La loi de 1840 donnait au gouvernement le droit de suspendre le privilège de la Banque de France en 1855. Loin d'user de ce droit, le gouvernement étendit les pouvoirs de la Banque en l'autorisant à faire des avances sur actions et obligations de chemins de fer (décret du 28 mars 1852) ; la spéculation en usa largement. Cinq ans après, la Banque obtint par la loi du 9 juin 1857 la prorogation de son privilège pour quarante ans, jusqu'en» 1897, au prix de 100 millions prêtés à l'Etat et fournis par une émission de nouvelles actions ; par cette loi la Banque fut autorisée à élever le taux de son escompte au-dessus de 6 p. 100, et le gouvernement put exiger, « après un délai de dix ans, qu'elle eût au moins une succursale par déparlement ».

L'escompte de la Banque témoignait de la grande activité commerciale des premières années de l'Empire. « Les opérations de la Banque se sont considérablement accrues, disait le gouverneur en 1852, le commerce et l'industrie ont repris leur essor. » En effet l'escompte augmenta tout d'abord d'un milliard en un an, s'étant élevé à 2.854 millions en 1853. Après un affaissement momentané en 1854, il rebondissait à 3.905 millions en 1855 et atteignait le chiffre, inouï jusque-là, de 5.571 millions en 1857.

Les succursales dans lesquelles s'étaient fondues en 1848 les banques départementales apportaient, il est vrai, le plus fort contingent. Mais pour Paris seul, les escomptes dépassaient de 800 millions le chiffre le plus élevé du règne de Louis-Philippe.

En 1857 l'accroissement était, il est vrai, anormal ; il résultait non seulement d'affaires réelles, mais aussi de spéculation aventureuse. La moyenne de l'encaisse tombait de 340 millions en 1855 à 225 en 1856, les marchandises invendues s'accumulaient dans les entrepôts '. La situation 4Jait tendue.

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