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Milliers de quintaux dans les entrepôts

En décembre En décembre

Café 75 210

Céréales 30 102

Coton 41 156

Fonte 51 132

Laine 26 72

Examinons sommairement la situation du marché monétaire ; nous reviendrons d'ailleurs sur cette question en traitant de la monnaie.

La découverte des champs d'or de la Californie en 1848 et de l'Australie en 1851 avait presque immédiatement donné lieu à une énorme production. Les Etats-Unis, l'Angleterre, la France reçurent des flots d'or: 6 milliards en neuf ans, de 1848 à 1856, auxquels s'ajoutaient un peu plus de 2 milliards en argent, tandis que la moyenne annuelle de la production dans la seconde partie du règne de Louis-Philippe avait été à peine de 210 millions, un tiers environ en or et deux tiers en argent. L'apport annuel avait donc presque quadruplé et le rapport entre ces deux métaux était renversé.

Une partie de cette production restait aux Etals-Unis ; la plus grande partie affluait en Angleterre d'où l'exportation la répartissait en France, en Belgique, Hollande et Allemagne, en Portugal, en Egypte, dans l'Inde. La France attirait surtout l'or ' ; à l'Egypte et en Orient, l'Angleterre n'envoyait guère que de l'argent.

La part de la France pendant ces neuf années a été (d'après la statistique des douanes, laquelle est incomplète) de 1 milliard 300 millions (3.411 millions importés et 2.112 exportés), et cette part a été tout en or : 1.462 millions (excédent de l'importation sur l'exportation), pendant qu'il y avait excédent d'exportation de l'argent (162 millions d'excédent) \

Il n'est pas surprenant que cet afflux ait eu un grand effet sur l'encaisse de la Banque. Dans la seconde moitié du règne de Louis-Philippe, cette encaisse avait été d'environ 250 millions en moyenne et n'avait atteint qu'une fois (en 1844) 285 millions. Or, la moyenne de l'année 1852 fut de 589 millions et elle resta les deux années suivantes au-dessus de 400 millions. Les achats de grains nécessités par les mauvaises récoltes et les dépenses de la guerre de Crimée firent sortir les métaux précieux ; la Banque fut obligée d'acheter, de juillet 1855 au 3 décembre 1856, 814 millions de francs en or et en argent.

La monnaie étant l'intermédiaire des échanges, l'abondance de la monnaie est par la même raison une facilité pour la circulation et un stimulant à la production ; c'est aussi une cause d'élévation du prix des marchandises et l'élévation continue de ces prix excite et soutient

1. En 1854, l'Angleterre a envoyé en France 400 millions en or et 7 millions en argent ; c'est la plus forte exportation. C'est aussi la plus forte année de l'importation en France, 580 millions 1/2 dans les relevés des douanes (480 millions 1/2 en or et 100 en argent). 11 est vrai que les deux années suivantes il y a eu, principalement à cause des achats de céréales nécessités par la disette, une exportation considérable laissant un faible excédent à l'importation.

2. Ces statistiques, disons-nous, sont incomplètes, car le monnayage, statistique très exacte, accuse pendant ces neuf années une frappe de 2.890 millions (2.244 en or et 646 en argent). Il est vrai qu'on a refondu des pièces qui étaient dans la circulation.

la spéculation : c'est ce que j'ai essayé de démontrer dans La question de l'or '.

Lesprixen effet avaient beaucoup monté. La mauvaise récolte de 1853 et la récolte médiocre de 1855 portèrent le prix de l'hectolitre de blé de 17 fr. ?5, moyenne de 1852, à 31 fr. 90, moyenne de 1855. La statistique douanière, en donnant depuis 1847 les valeurs actuelles de chaque année à côté des valeurs officielles restées fixes depuis 1826, a fourni les éléments d'un calcul précis des variations de prix. Or, de 1847 à 1857, l'augmentation ainsi constatée se trouve être en moyenne de 67 p. 100 * pour les produits naturels importés et exportés et de 15 p. 100 pour les produits manufacturés.

Il y a eu une hausse des salaires. Mais cette hausse ne s'est produite en général qu'à la suite du renchérissement du coût de la vie et elle semble même, d'après quelques données statistiques, n'avoir pas établi une entière compensation. Les salariés et les rentiers ont, dans cette circonstance comme dans d'autres, notamment au xvie siècle, été lésés par la diminution de puissance d'achat de la monnaie.

Le marché, surchargé de titres, avait paru plusieurs fois sur le point de s'affaisser. Le gouvernement avait essayé de contenir la spéculation sans y parvenir. Dans le cours de 1856 et en 1857, les transactions devinrent plus difficiles à la Bourse de Paris ; les cours furent languissants. Toutefois les marchandises restaient en général fermes à la hausse.

Au mois d'août 1857, la récolte étant bonne, une baisse se produisit sur les céréales qui dérouta des spéculateurs.

i. Cet ouvrage édité en 1858 était écrit au moment où éclata la crise de 1857. « Dans l'industrie comme dans le commerce (p. 167), l'abondance de l'or est à la fois effet et cause. Sans doute l'or n'est pasla seule cause de ce merveilleux développement des forces industrielles en Europe et particulièrement en France. Les circonstances politiques, la sécurité intérieure, le télégraphe électrique, les chemins de fer et les institutions de crédit qui sont mieux comprises et plus largement appliquées que par le passé ont puissamment contribué au progrès et il serait injuste de méconnaître ou d'atténuer leur influence. L'or est, comme les télégraphes et les chemins de fer, un moyen d'activer la circulation des produits ; comme les institutions de crédit, il anime la spéculation et stimule l'industrie ; il a donc, comme les télégraphes, les chemins de fer et les institutions de crédit, à revendiquer sa part dans le bien accompli. Mais, comme les institutions de crédit, il a aussi la responsabilité du mal. La spéculation a été surexcitée ; les esprits aventureux voulant profiter de la confiance et de la hausse, ont créé plus d'entreprises que les épargnes du pays n'en pouvaient soutenir ou produit plus de marchandises que la situation actuelle du marché n'en comporte : de là proviennent en partie la crise dont nous venons d'être témoins et la dépréciation qu'ont subie la plupart des valeurs cotées à la Bourse. »

2. La hausse considérable des produits naturels a été fortement influencée parles mauvaises récoltes de céréales et par la crise viticole causée par l'oïdium. >'ous avons estimé approximativement dans La question de l'or que, abstraction faite des causes accidentelles, la monnaie avait perdu alors environ un cinquième de sa valeur.

Sur ces entrefaites la crise, qui était menaçante, éclata avec violence à New- York au mois d'octobre 1857. Les banques américaines avaient fait beaucoup d'avances à découvert; elles durent, de concert avec les commerçants, suspendre momentanément, leurs opérations ; plus de cent maisons importantes se trouvèrent en état de faillite. L'escompte monta à un taux prodigieux : ce qui attira beaucoup d'or d'Europe et contribua à rétablir l'équilibre.

La crise atteignit presque immédiatement l'Europe. Des banques tombèrent en faillite. La réserve de la Banque d'Angleterre baissa de 6.1 millions de livres sterling le 5 septembre à 3.2 le 17 octobre, puis à 0.3 en novembre ; l'encaisse diminua beaucoup aussi, les porteurs de billets venant en foule réclamer des espèces.

La Banque se défendit en portant le taux de son escompte à 6 et 7 p. 100, et en se faisant autoriser à dépasser la limite d'émission des billets fixée par l'acte de 1844.

Les mêmes effets se produisirent en Allemagne, en Autriche. A Hambourg, on compta 145 faillites accusant un passif d'un demi-milliard. Les faillites furent nombreuses aussi à Leipzig, à Berlin, à Stuttgart, à Cologne. A Vienne, les actions du Crédit mobilier tombèrent de 1.980 florins à 870 ; celles des chemins François-Joseph, de 108 florins à 52.

En France le Crédit mobilier, qui avait donné à ses actions un dividende de 44 p. 100 en 1855 et de 24 en 1856 ne put donner que 5 p. 100 en 1857. Une forte baisse se produisit sur les marchandises : 20 p. 100 sur les cuivres, 10 p. 100 sur les laines, 20 p. 100 sur les colons ; baisse aussi sur la houille, la fonte, la soie, etc. Pendant les mois de novembre et de décembre, les meilleures maisons d'exportation de Paris ont évalué à 50, plusieurs même à 75 p. 100, la diminution de leurs affaires. Les déposants retirèrent leur argent de la Banque dont l'encaisse tomba en novembre de 120 millions à 73 à Paris et de 128 à 115 dans les succursales.

La liquidation se fit assez rapidement, particulièrement en France, où la crise avait été moins forte qu'en Angleterre et aux Etats-Unis '. Sous l'influence de deux récoltes très bonnes en 1857 et en 1858, le prix moyen du quintal de froment baissa de 32 fr. à 22 fr. 16.

Le marché et les crises de 1861 à 1870. — Le total des escomptes de la Banque de France s'était élevé l'année de la crise de 1857 à 5.571 millions. Il baissa en 1858 à 4.187 millions et subit dans la suite

1 En France, le nombre-indice calculé sur la valeur des marchandises à l'importation tomba de 169 en 1857 à 152 en 1858 et 1859 pour remonter à 160 en 1860. En Allemagne,i,il tomba de 150 en 1857 à 130 en 1858 ; en Angleterre, de 158 à 137 ; aux États-Unis, de 137 à 124. Ces nombres-indices ont pour base la moyenne de 1891-1900 représentée par 100.

des années jusqu'en 1870 des variations en hausse et en baisse résultant de la situation du marché intérieur influencé jusqu'à un certain point par les péripéties des marchés étrangers et de la politique générale du monde. Ainsi cet escompte remonte d'année en année jusqu'à 6.547 millions en 1864, et à 6.556 millions en 1866, le chiffre le plus élevé du second Empire avant la guerre, pour redescendre à 5.626 millions en 1868 et remonter d'un milliard l'année suivante ». Il y avait encore plus de 1 milliard dans les caisses de la Banque quand fut déclarée la guerre ; mais l'escompte avait repris son mouvement progressif et la circulation dépassait 1 milliard et demi. Il fallut donner au billet de banque cours forcé pour empêcher que l'ennemi ne se ruât sur l'encaisse '. Ces chiffres sont les indices d'un marché souvent troublé.

L'Empire en effet n'a pas eu dans sa seconde partie la même fortune que dans la première. Pour s'en convaincre, il suffit de constater que dans la première partie (1852-1861), le chiffre total des escomptes a augmenté de 3.468 millions et que dans la seconde (1861-1869) l'augmentation n'a été que de 1.327 millions.

La guerre d'Italie en 1859 et ses conséquences qui se produisirent

1. Voici, année par année, les principales opérations de la Banque de Fance pendant cette période:

ANNEES

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