PRÉFACE VU
encore bien des documents ignorés, et qui sait combien de générations auront disparu1 avant que ces trésors enfouis soient rendus à la lumière et deviennent le patrimoine des travailleurs de l'avenir? Est-ce une raison pour s'abstenir? Si on accumule sans cesse des matériaux sans les mettre en œuvre, si on taille sans relâche de nouvelles pierres pour un édifice dont on n'ose même pas esquisser le plan, quel sera l'hercule dont les épaules soulèveront ce fardeau toujours croissant? quel sera l'architecte qui mettra l'ordre dans ce chaos? Je me résigne donc d'avance aux imperfections inhérentes à toute œuvre de généralisation. D'autres viendront plus tard qui feront mieux et qui sauront davantage; mais peut-être ce premier essai ne leur aura pas été tout à fait inutile. J'ai cru devoir remonter jusqu'aux origines et présenter un tableau sommaire de l'histoire du commerce de la Gaule, avant d'aborder celle du commerce de la France au moyen-âge. Tout se tient dans l'histoire, et le moyen-âge resterait un livre fermé pour ceux qui ignoreraient le monde antique. La première partie de mon travail s'arrête au
Vil PRÉFACE
début de la révolution économique qui inaugure les temps modernes; la seconde se terminera avec le xvir3 siècle et la troisième avec l'ancien régime. Me sera-t-il donné de pousser plus loin ces études et d'entrer dans la période contemporaine? Je l'ignore : ce n'est pas après vingt-huit ans de professorat qu'on a le droit de nourrir de trop vastes pensées et des espérances trop lointaines.
Octobre 1884.