INTRODUCTION
Cependant les habitants de cette contrée privilégiée ont laissé pendant de longs siècles l'exploitation du grand commerce aux étrangers : Phéniciens, Grecs, Romains, plus tard Juifs et Lombards. La période nationale de l'histoire du commerce français ne commence guère qu'avec Jacques Cœur, au xve siècle. Faut-il accuser de cette indifférence ou de cette insuffisance ce qu'on appelle le génie de notre race? Faut-il en conclure, comme on l'a fait trop aisément à l'étranger et quelquefois en France, que notre tempérament est rebelle aux grandes entreprises de commerce et de colonisation? Cette doctrine du péché originel appliquée aux phénomènes de l'ordre économique n'a rien de commun avec l'histoire. L'étude des faits suffit pour expliquer les lacunes ou les défaillances de notre génie commercial, sans qu'il soit besoin de recourir à je ne sais quelle prédestination mystérieuse et fatale. C'est le résultat de cette étude que nous présentons ici. Nous nous arrêterons en 1789, sur la limite de l'histoire moderne et de l'histoire contemporaine ; mais cette excursion dans le passé ne sera peut-être pas inutile à ceux qui se préoccupent du présent et de l'avenir économique de la France. Si nous ne croyons pas à la prédestination et à la fatalité historique, nous sommes bien forcés de croire à l'enchaînement des causes et des effets : nous voyons les effets ; c'est dans le passé qu'il faut chercher les causes.