‹ Histoire du commerce de Marseille pendant vingtChapitre 161 sur 167 · MINOTERIE · texte numérisé non relu

MINOTERIE

On ne connaissait, autrefois, à Marseille que les moulins travaillant à façon et pour la consommation locale.

Une première minoterie pouvant convertir, chaque jour, 225 hectolitres de blé en farine, fut établie à Marseille, en 1818. Vingt-cinq ans après, on n'en comptait que trois de plus. L'état d'incertitude dans lequel le régime de Kéchelle mobile tenait cette industrie ne lui permettait pas de se développer. Aussi , peut-on dire qu'elle ne date, parmi nous, que du jour où, par la loi de 1861 , a été inaugurée la liberté du commerce des grains , qui lui assure en tous temps les approvisionnements nécessaires à sa fabrication.

Marseille possédait, en 1865, cinquante minoteries environ, pouvant triturer annuellement 1,800,000 hectolitres de blé , sur lesquels 800,000 hectolitres, convertis en farine , étaient exportés et le surplus livré à la consommation du département et des départements limitrophes.

Les résultats que donnent, en 1866, le commerce des céréales et la minoterie inspirent les observations suivantes à la Chambre de Commerce :

P Dans le temps où la France a des excédants de récolte et des prix peu élevés , les blés indigènes n'ont , en aucune façon , à souffrir de la concurrence des blés exotiques ;

2° Il importe, cependant, même aloi*s, de ne pas repousser ceux-ci de nos entrepôts, car ils n'y entrent que pour en sortir presque aussitôt en produits fabriqués ;

3* Enfin, la liberté d'importation et d'exportation, telle qu'elle fonctionne depuis la loi de 1861, doit être maintenue dans son intégrité, commandée qu'elle est par la position des deux principales divisions de la France : le Nord et le Midi , dont l'une, voisine du plus grand pays de consommation, l'Angleterre, produit plus qu'elle ne consomme; dont l'autre, plus rapprochée des contrées les plus fertiles du Levant, consomme plus qu'elle ne produit. Position de tout point admirable, et dont

APPENDICE — MINOTERIE likyl

la législation actuelle permet de tirer parti dans l'intérêt de tous : du commerce comme de l'industrie , des producteurs aussi bien que des consommateurs !

L'industrie de la meunerie , encouragée par les bénéfices qu'elle a réalisés dans ces deux dernières années, tend à prendre de jour en jour un plus grand développement. Plusieurs nouveaux établissements ont été fondés dans nos environs. D'autres sont en voie de création. On doit s'en féliciter dans l'intérêt du pays, car c'est de la maind'œuvre qui vient s'ajouter à celle que nous avions déjà. Mais qu'il nous soit permis de rappeler que les années de diçette étant très-heureusement des années d'exception , ce sera surtout dans la concurrence avec l'étranger et dans Te perfectionnement de la fabrication, que la minoterie de noire circonscription devra chercher les éléments d'une durable prospérité.

L'exportation des farines par le port de Marseille a atteint, cette année, le chiffre de 773,772 quintaux métriques , dont 586,524 ont été dirigés sur les ports d'Espagne, 117,666 sur l'Algérie, 50,795 sur Malte et Gibraltar. La Suisse, qui, Tannée précédente, nous avait demandé près de 40,000 quintaux, n'a reçu, cette année, que 4,590 quintaux. Le reste de nos exportations comprend les provisions ordinaires de notre armement maritime.

Ces quantités exportées sont loin de représenter la production totale de notre minoterie. Il y a à Marseille ou dans les environs une centaine d'établissements meuniers occupant dans leur ensemble près de 600 paires de meules. Sur ce nombre, les 4/5 au moins travaillent pour le commerce, 1/5 seulement fonctionne à façon pour le service de la boulangerie.

La production commerciale des minoteries de notre circonscription dépasse 3 millions de quintaux métriques de farine.

L'importation des blés par Marseille se fait d'une manière régulière et proportionnée aux besoins du pays.

Notre minoterie profitera, sans doute, de cette situation qui, sans porter atteinte aux intérêts agricoles de la France, satisfait aux intérêts maritimes et commerciaux de notre port.

Nos établissements meuniers sont aujourd'hui parfaitement outillés , mais cela ne suffit pas; la cherté des moyens de transport oppose une barrière infranchissable à l'écoulement de leurs produits et favorise la concurrence étrangère. Pour sortir du cercle limité de ses débouchés , cette industrie réclame l'amélioration des voies de communication, l'abaissement des prix de transport , le dégrèvement des droits d'octroi sur les charbons et la suppression des charges de toute nature qui pèsent sur la manipulation de la matière première.

Un temps d'arrêt dans le développement de la minoterie s'est produit pendant cette période quinquennale.

La Chambre de Commerce signale cette situation et en cherche l'explication dans les faits suivants :

Faut-il attribuer la difficulté qu'a éprouvée la minoterie à utiliser toutes ses meules (800 environ), dans ces dernières années, entièrement aux circonstances particulières qui se sont produites dans le commerce des blés ?

Faut-il croire, au contraire, que ce chômage partiel provient de la trop grande quantité d'usines créées depuis huit à dix ans?

Il est évident que les deux causes ci-dessus ont eu une action marquée sur le ralentissement du travail de nos usines ; il en est une autre dont on a pu se rendre bien compte, surtout dans les deux dernières années.

Notre minoterie, malgré l'avantage de sa situation, à l'entrée des blés, et ses installations propres à la mouture des blés exotiques, a eu à soutenir une plus grande concurrence que par le passé, à la vente de ses produits dans l'intérieur, aussi bien qu'à l'achat de ses blés à Marseille.

Cette situation est la conséquence des modifications survenues dans le commerce des céréales, aujourd'hui beaucoup plus divisé qu'il ne l'était anciennement.

Ces modifications, en amenant à Marseille et sur les lieux d'origine des acheteurs plus nombreux, provoquent, en même temps, sur les marchés de l'extérieur, des offices directes et multiples, souvent peu en rapport avec les cours de Marseille.

Pour donner de l'aliment aux nombreux établissements que possède notre circonscription, il est à désirer que cette industrie puisse jouir de tarifs réduits sur les chemins de fer et de dispositions législatives les plus libérales, soit à l'entrée, soit à la sortie des blés et farines par toutes nos frontières.

APPENDICB — MINOTERIE

Nous donnons ci-après le tableau récapitulatif de la consommation annuelle de la forine blutée et de la farine brute dans le rayon de l'Octroi de Marseille, depuis 1855 jusqu'en 1874.

TABLEAU DE LA CONSOMMATION DANS LE RAYON DE l'oCTROI

ANNÉES

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