‹ Histoire du commerce de Marseille pendant vingtChapitre 79 sur 167 · LES SUCRES · texte numérisé non relu

LES SUCRES

Sous l'influence des dispositions législatives que nous avons analysées dans la monographie consacrée à cette denrée (2), le commerce et la fabrication des sucres prirent, en 1862, un grand développement. La totalité des sucres français et étrangers importés à Marseille, pendant cette année, atteignit le chiffre de 99 millions de kilogrammes , soit 40 millions de plus que les années précédentes.

Cette augmentation fut spécialement attribuée : 1* au décret du 16 juin 1861 , qui en permettant l'importation par tous les pavillons , avait provoqué des arrivages plus considérables de sucres étrangers ; 2* aux ordres très-importants transmis dans les Colonies étrangères , au commencement de 1862 , lorsque le gouvernement annonça une prochaine augmentation de droit de 12 fr. par 100 kilog.; 3* à l'avantage que les navires espagnols avaient à importer en France des sucres de la Havane, affranchis des droits qui frappaient les autres pavillons dans cette Colonie.

(1) Gettf courte notice n'est que le résumé, ainsi que nous l'avons é^^ fait remarquer, de la Monographie consacrée aux céréales. Il eu est de même pour les autres articles relatifs sux sucres, aux cafés, etc., etc. (i) Yoir^V Appendice,

Les exportations des sucres raffinés s'élevaient, en 1863, à 58 millions de kilog» Cependant le commerce des sucres exotiques se voyait sérieusement menacé par

la concurrence des sucres indigènes , qui allaient obtenir le bénéfice du Drawbach ,

réservé jusqu'alors aux produits naviguants.

« Notre commerce , disaient les délégués de la Chambre , comprend trop bien que la lutte ne sera plus égale , si on ne lui accorde pas des avantages qui puissent compenser ceux dont jouit la sucrerie indigène ; placée comme elle l'est, au centre de la consommation , n'ayant pas à supporter les frais et à courir les chances de la navigation, l'industrie des betteraves a vu se développer sa production à un tel point qu'elle a pu fournir les trois quarts de la consommation de la France. A quel chiffre n'arrivera-t-elle pas , quand ses débouchés seront sans limites , et qu'elle jouira du bénéfice résultant du Drawbach ? »

Les craintes manifestées par la Chambre de Commerce ne se réalisèrent pas , malgré l'admission des sucres indigènes au Drawbach , qui fut prononcée par une loi du 7 mai 1864. Le chiffre total de la fabrication s'éleva cette année à 83 millions de kilogrammes, et les exportations des sucres raffinés montèrent à 56 millions de kilogrammes. En 1865, l'importation des sucres atteignit le chiffre de 115 millions de kilog., sur lesquels 86 millions de kilog. furent raffinés.

Jusqu'à la guerre , le commerce et l'industrie des sucres se mintinrent dans une assez grande activité; mais, en 1872, la Chambre de Commerce signala en ces termes, une nouvelle situation des moins favorables :

« La comparaison des importations de 1872 avec celles des années antérieures, révèle et fait apparaître un fait d'une réelle gravité.

• « Les importations par mer diminuent, les importations par terre augmentent; c'est-à-dire que le sucre indigène envahit notre marché, que notre commerce maritime souffre et que nos raffineries dépendent , de plus en plus , des fabriques du nord de la France , si rapprochées de Paris et si éloignées de Marseille.

« L'examen des chiffres indique encore que l'exportation du sucre brut par notre port devient, chaque année, plus importante, et, cependant, depuis la guerre d'Italie, Marseille a cessé d'être l'entrepôt de la Méditerranée.

« Aussi remarque-t-on que les sucres exportés sont , pour la plupart , des sucres blancs indigènes importés par nos gares.

(c Une exportation plus considérable de ces sucres se fait par la voie plus courte et plus avantageuse qui a été ouverte à l'Italie en 1872, par la Savoie et le Piémont , à travers le Mont-Cenis.

<( En résumé, bien que nos importations totales se soient élevées, en 1872, à 87 millions de kilogrammes , il faut, de l'examen des chiffres, conclure : V que nos importations par mer diminuent ; 2* que notre commerce maritime souffre ; 3* que les

HISTOIRE DU eOMMKRCE DE MARSEILLE

sucres blancs indigènes disputent à nos raffinés les marchés italiens, sans que cependant Marseille puisse espérer de conserver longtemps le transit de ces sucres. »

. En 1874, la situation était la même. La Chambre de Commerce constata avec regret, que la diminution des sucres coloniaux et étrangers s'accentuait tous les jours davantage; elle signala , en outre , les préjudices considérables que ferait subir aux raffineries l'application de l'exercice récemment voté par l'Assemblée nationale.

a L'exercice appliqué seulement en France, disait-elle, arrêterait toute exportation; nos usines , en efîet , quelque bien outillées et placées qu'elles fussent , ne pourraient lutter avec des concurrents hollandais , belges , autrichiens , italiens et même américains qui recevraient à la sortie de leurs produits des primes importantes, sous forme deDrawbach. »

Ces craintes ne se sont pas réalisées. Le gouvernement a d*abord ajourné au l** mars 1876 , l'exécution de la mesure projetée , et en a subordonné l'application au consentement de la Hollande , qui n'a point voulu adhérer à l'exercice. En sorte que le danger signalé par les représentants de notre commerce paraît être définitivement conjuré.

Le tableau ci-après (1), permet de comparer les importations et les exportations de 1855 , avec celles qui ont été effectuées en 1874.

i Colonies françaises

kU.

Ul.

Sucres brats .? Colonies étraoRères

f Sucres indigènes

/ Colonies françaises

o -^- k.»*. S Colonies étraoeëres

Sacres bniu ] sw^ iiSià^Zi^. . ^ .. ..:....////.. ^: //:. ^: .:.

\ Poudres blanches des colonies françaises et étrangères.

Sucres- raffinés

Totaux

(1) Ce tableau est extrait des tableaux récapitulatifs annexés k la Monographie des Sticret.

n résulte des indications contenues dans ce tableau , que le commerce et la fabrication des sucres ont progressé dans une notable proportion depuis vingt ans. Cependant il convient de remarquer que le commerce des sucres bruts provenant des Colonies, loin d'augmenter, tend, au contraire, à diminuer.

D'autre part , nous sommes heureux de constater un accroissement considérable dans la fabrication et l'exportation des sucres raffinés. La production du sucre raffiné, qui a atteint le chiffre de 750,000 quintaux métriques en 1873, a été évaluée à 112 millions de francs. 11 y a trente-cinq ans, cette fabrication ne dépassait pas 30 millions. Quant aux exportations , elles se sont élevées de 21 millions de kilog. en 1855, à 56 millions de kilog. en 1874.

CAFÉS

Les importations de cafés qui s'étaient élevées à 13,814 tonnes en 1855, à 20,238 tonnes en 1860, redescendirent l'année suivante à 15,954 tonnes. Cette importante diminution fut ainsi expliquée par la Chambre de Commerce :

« Les Italiens , disait-elle , ont déployé une grande activité pour attirer à eux les importations directes des cafés , et les anglais exploitant avec fruit ces dispositions ont trouvé en Italie beaucoup d'acheteurs pour leurs cargaisons flottantes.

« Le Levant a fait de même pour les cafés du Brésil , et , de ce côté , Marseille a perdu en grande partie les principaux débouchés de Constantinople , Smyrne et Syra.

« Le débouché de la Suisse diminue de jour en jour, à cause des frais de transport qui sont plus élevés à Marseille que dans les autres marchés de France.

« Il est peu d'articles qui aient plus souffert des tarifs de chemin de fef que les cafés. Ainsi , pour ne citer qu'un exemple, de Marseille à Bàle, cette denrée paie, par tonne, près de 10 fr. de plus qu'elle ne paie du Havre à la même destination. »

La Chambre de Commerce faisait remarquer l'année suivante , que la concurrence de Londres et de la Hollande , provoquée par l'abaissement de droits consenti en faveur des provenances des entrepôts d'Europe, s'accentuait tous les jours davantage. Elle proposait , puisque l'Egypte était très-souvent le lieu d'embarquement des cafés Moka , d'admettre ceux de ces cafés qui en provenaient , non plus comme arrivant des entrepôts , mais comme provenant des lieux de production , et de les affranchir ainsi d'une différence de droit de 5 fr. par 100 kilogrammes.

Ce dégrèvement ne fut pas accordé et le commerce de Marseille , toujours aux prises avec la concurrence étrangère , ne parvint à rétablir une certaine activité dans les importations de cafés, qu'en 1867, lorsque par la création d'un service régulier

de bateaux à vapeur sur le Brésil et la Plata , il obtint de meilleures conditions pour le transport de cette denrée.

La situation s'améliora sensiblement à partir de cette époque, et la Chambre de Commerce , en signalant, en 1873, des arrivages importants de cafés, faisait remarquer que cette branche essentielle du commerce de Marseille pouvait prendre un développement plus considérable , si, d'une part, il était possible d'augmenter nos relations avec les Indes , par l'établissement de nouveaux services de bateaux à vapeur, et de l'autre , on pouvait obtenir du chemin de fer de Paris à la Méditerrannée, une réduction dans ses tarifs, toujours très-élevés et nullement en rapport avec les avantages offerts au commerce sur les autres lignes.

CACAOS

Le port de Mai*seille n'a reçu, en 1874, que 307 tonnes de cacaos, dont les importations s'élevaient , en 1855 , à 730 tonnes.

Cette diminution de plus de la moitié s'explique facilement. Paris et quelques grandes usines, qui ont en quelque sorte le monopole de la fabrication du chocolat, s'approvisionnent de cacaos dans les ports de l'Océan. Nos fabriques du Midi , qui ne sauraient lutter avec les maisons Menier et autres , répandues dans le monde entier, voient tous les jours diminuer leurs affaires et semblent vouloir abandonner cette branche d'industrie.

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