‹ Histoire du commerce de Marseille pendant vingtChapitre 80 sur 167 · POIVRES · texte numérisé non relu

POIVRES

Pendant plus de 15 ans, de 1855 à 1870, les importations de poivres sont restées stationnaires ; elles n'ont jamais dépassé le chiffre de 1570 tonnes, mais depuis l'ouverture du canal de Suez , cette branche de notre conmierce s'est relevée , et les arrivages ont atteint 2,029 tonnes en 1874 et 3,078 tonnes en 1875.

GRAINES OLEAGINEUSES

Le commerce des graines oléagineuses, qui date d'une quarantaine d'années, a acquis, dans ce court espace de temps, une grande importance. Le surcroît de consommation des huiles d'olive, que rendait nécessaire le graissage des machines , coïncidant avec le déficit des récoltes, il fallut forcément chercher, pour la fabrication des savons , des huiles auxiliaires. On commença par introduire des graines de lin ; les sésames du Levant vinrent ensuite , et peu. après , les arachides de la

Mouvement commercial du port de Marseille 136

côte occidentale de TAftique et les sésames de Tlnde fournirent à notre commerce des ressources constantes et inappréciables.

Les huileries de Marseille , d'abord installées en vue des besoins de la savonnerie, ne tardèrent pas à fournir, à la consommation, des huiles à bouche, des huiles lampantes, dont le produit égale à peu près la valeur des huiles à fabrique.

L'agriculture elle-même a trouvé , dans les tourteaux , résidus des graines oléagineuses , un excellent engrais, qui , utilisé pour le blé, la garance, la vigne , a donné un régénérateur précieux , à nos cultures méridionales.

Le commerce des graines oléagineuses , qui doit à Marseille sa plus vive impulsion, a donc été pour toutes les branches de l'industrie nationale, une source de progrès et de bénéflces.

De 1855 à 1874, les importations des graines oléagineuses ont presque triplé; elles se sont élevées de 763,682 à 2,070,630 quintaux métriques.

Les débouchés de nos huiles ont grandi dans la même proportion ; ce qui est dû aux perfectionnements que s'efforce d'apporter l'huilerie à la fabrication de ses produits.

C'est ime voie dans laquelle il faut qu'elle persévère , pour conserver sa position vis-à-vis de la concurrence étrangère , qui n'a pas à supporter les lourdes charges fiscales dont sont malheureusement grevés notre commerce et notre industrie.

TOURTEAUX

Le commerce des tourteaux est soumis naturellement aux mêmes conditions que celui des graines oléagineuses. Lorsque les importations des graines sont en progrès, les huileries fonctionnent avec plus d'activité et produisent une plus grande quantité de tourteaux.

La production des tourteaux qui était de 672,677 quintaux métriques en 1861 , a atteint le chiffre de 1,277,000 quintaux métriques en 1874. Il en a été exporté pendant cette dernière année 344,000 quintaux métriques en Angleterre, 40,000 quintaux métriques dans les Colonies , et 85,000 quintaux métriques dans le centre et le nord de la France. La consommation de l'agriculture dans nos départements du Midi a atteint le chiffre de 678,000 quintaux métriques.

COTON EN LAINE

Les importations de coton qui n'avaient jamais atteint le chiffre de 100,000 balles, s'élevèrent en 1863, à 147,000 balles.

Cette augmentation exceptionnelle fit naître deux graves difficultés : Tinsuffisance des moyens de transports et la pénurie du numéraire.

Les commerçants en coton avaient cru devoir, à cause du prix élevé de cet article, le faire arriver presque exclusivement par bateaux à vapeur et le matériel naviguant s'était bientôt trouvé insuffisant , malgré les efforts des compagnies maritimes. La Chambre de Commerce renouvela , à cette occasion , le vœu relatif à l'achat de navires étrangers, qu'elle avait précédemment émis. « TrèsrKîertainement, disait-elle, si nos armateurs avaient pu introduire , sous pavillon français et gratuitement , des bateaux à vapeur étrangers , l'inconvénient signalé aurait promptement disparu, et le prix du fret des cotons , sur navires à vapeur, serait, descendu au même prix pour Marseille que pour Liverpool. »

Avec le système de liberté , réclamé par la Chambre de Commerce , il est hors de doute, en effet, que la pénurie des transports aurait cessé et que le prix du fret aurait aussi diminué , sans cesser d'être rémunérateur, au grand bénéfice du commerce, de la marine et de l'industrie.

La seconde difficulté provenait de la nécessité de payer les cotons en espèces métalliques. Il est éyident que les métaux précieux qui vont dans l'Inde et en Egypte n'en reviennent pas. L'accroissement de richesses , dans ces pays , finit par amener un plus grand luxe , et par conséquent , de plus fortes dépenses. Il ne faut pas se dissimuler que ce luxe porte principalement sur des produits orientaux et qu'il n'est pas possible de payer les cotons , en Orient , avec des produits européens , comme nous le faisons en Amérique , où les populations ont les mêmes goûts , les mômes besoins que nous.

« C'est Vd , ajoutaient les représentants du commerce de Marseille un grave inconvénient, qu'il est très-difficile, sinon impossible de conjurer. »

L'année suivante , l'importation des cotons s'accrut encore de 26,000 balles, et les craintes manifestées par la Chambre , de Commerce, au double point de vue delà difficulté du transport et de la crise monétaire ne se réalisèrent pas. Les efforts tentés par plusieurs compagnies de bateaux à vapeur et l'activité donnée aux constructions navales, ne tardèrent pas à procurer au commerce tous les moyens de transport nécessaires; quant aux inconvénients, résultant de l'obligation de payer les cotons en espèces métalliques, ils furent grandement atténués, soit à la suite de la baisse que subirent les cotons sur tous les marchés de l'Europe , soit par l'effet des besoins énormes de marchandises diverses, qui se manifestèrent dans les pays producteurs et particulièi'ement en Egypte.

Les arrivages de coton ne se sont pas ralentis depuis cette époque et le placement de cet article s'est effectué dans de bonnes conditions. Cependant notre marché pour

le débouché du coton deviendrait plus important ; si , pour faciliter nos relations avw le Nord , le chemin de fer se décidait à abaisser ses tarifs qui sont trop élevés pour certaines places et emgêchent les transactions.

80IBS ET COCONS

Le développement de cette branche du commerce de Marseille dépend surtout des communications plus ou moins rapides, plus ou moins régulières avec l'Inde et la Chine. Les arrivages de la Chine, à peu près nuls en 1855, et qui ne s'élevaient qu'à 7,000 balles en 1860, ont atteint 42,000 bal^s en 1874. Le Japon qui nous envoie 5,753 balles de soie, n'en expédiait que 210 balles en 1861.

L'accroissement successif des importations de Chine et du Japon est un fait d'un haut intérêt; il démontre que l'Angleterre, qui avait autrefois le monopole de ce 7^

commerce se trouve aujourd'hui en présence de concurrents sérieux.

Il est regrettable toutefois que Marseille , port d'arrivée dans une situation privilégiée, voisin de l'Espagne et de l'Italie, de la Grèce, de la Turquie d'Europe et d'Asie, et de la Perse , n'ait pas, comme marché de vente, l'importance qui lui revient naturellement , et continue à voir simplement traverser son territoire , les soies de l'extrême Orient , et notamment celles de la Chine et du Japon , qui pourraient y être vendues à des conditions plus économiques que partout ailleurs.

Notre commerce qui entretient des relations avec toutes les contrées séricicoles de l'étranger, pourrait facilement attirer les acheteurs à Marseille , mais il faudrait pour cela qu'il pût constamment leur offrir un stock suffisamment abondant, pour leur permettre d'opérer sur une certaine échelle et qu'il adoptât résolument surtout, le système des ventes aux enchères publiques et périodiques qui a si bien réussi à Amsterdam et qui est en voie de succès à Lyon depuis plusieurs années.

C'est par le port de Marseille que passent les fortes quantités de soie de Chine , du Japon et du Bengale, que la France et Lyon, particulièrement, demandent à l'extrême Orient , au lieu de les tirer des entrepôts de Londres comme précédemment. Le commerce français adonc pu détourner la moitié de ces importations au grand détriment des marchés anglais. C'est là un beau résultat, il y a lieu de regretter seulement que, dans ce mouvement considérable , Marseille ne participe que pour une faible part , et reste principalement place de transit.

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