‹ Histoire du commerce de Marseille pendant vingtansChapitre 85 sur 186 · LES SUCRES · texte numérisé non relu

LES SUCRES

Sous l'influence des dispositions législatives que nous avons analysées dans la monographie consacrée à cette denrée (2), le commerce et la fabrication des sucrés prirent, en 1862, un grand développement. La totalité des sucres français et étrangers importés à Marseille, pendant cette année, atteignit le chiffre de 99 millions de kilogrammes , soit 40 millions de plus que les années précédentes.

Cette augmentation fut spécialement attribuée : 1® au décret du 16 juin 1861 , qui en permettant l'importation par tous les pavillons , avait provoqué des arrivages plus considérables de sucres étrangers ; 2* aux ordres très-importants transmis dans les (3olonies étrangères , au commencement de 1862 , lorsque le gouvernement annonça une prochaine augmentation de droit de 12 fr. par 100 kilog.; 3* à l'avantage que les navires espagnols avaient à importer en France des sucres de la Havane» affranchis des droits qui frappaient les autres pavillons dans cette Colonie.

(1) Cette courte notice n'est que le résumé, ainsi que nous l'avons déjk fait remarquer, de la Monographie sonsacréft aux céréales. Il eu est de même pour les autres articles relatifs sui sucres, aux cafés, etc., etc.

(2) Voir à y Appendice.

Les exportations dçs sucres raflinés s'élevaient, en 1863, à 58 millions de kilog.

Cependant le commerce des sucres exotiques se voyait sérieusement menacé par la concurrence des sucres indigènes , qui allaient obtenir le bénéfice, du Drawbach , réservé jusqu'alors jux produits naviguants.

a Notre commerce, disaient les délégués de la Chambre, comprend trop bien que la lutte ne sera plus égale , si on ne lui accorde pas des avantages qui puissent compenser ceux dont jouit la sucrerie indigène ; placée comme elle l'est, au centre de la consommation , n'ayant pas à supporter les frais et à courir les chances de la navigation, l'industrie des betteraves a vu se développer sa production à un tel point qu'elle a pu fournir les trois quarts de la consommation de la France. A quel chiffre n'arrivera-t-elle pas , quand ses débouchés seront sans limites , et qu'elle jouira du bénéfice résultant du Drawbach ? »

Les craintes manifestées par la Chambre de Conmierce ne se réalisèrent pas , malgré l'admission des sucrfe indigènes au Drawbach , qui fut prononcée par une loi du 7 mai 1864. Le chiffre total de la fabrication s'éleva cette année à 83 millions de kilogrammes, et les exportations des sucres raffinés montèrent à 56 millions de kilogrammes. En 1865, l'importation des sucres atteignit le chiffre de 115 millions de kilog. , sur lesquels 86 millions de kilog. furent raffinés.

Jusqu'à la guerre , le commerce et l'industrie des sucres se mintinrent dans une assez grande activité; mais, en 1872, la Chambre de Commerce signala en ces termes, une nouvelle situation des moins favorables :

« La comparaison des importations de 1872 avec celles des années antérieures, , révèle et fait apparaître un fait d'une réelle gravité.

a Les importations par mer diminuent, les importations par terre augmentent; c'est-à-dire que le sucre indigène envahit notre marché, que notre commerce maritime souffre et que nos raffmeries dépendent , de plus en plus , des fabriques du nord de la France , si rapprochées de Paris et si éloignées de Marseille.

« L'examen des chiffres indique encore que l'exportation du sucre brut par notre port devient, chaque année, plus importante, et, cependant, depuis la guerre d'Italie, Marseille a cessé d'être l'entrepôt de la Méditerranée.

c< Aussi remarque-t-on que les sucres exportés sont , pour la plupart , des sucres blancs indigènes importés par nos gares.

« Une exportation plus considérable de ces sucres se fait par la voie plus courte et plus avantageuse qui a été ouverte à l'Italie en 1872, par la Savoie et le Piémont , à travers le Mont-Cenis.

« En résumé, bien que nos importations totales se soient élevées , en 1872^ à 87 millions de kilogrammes , il faut, de l'examen des chiffres, conclure : 1* que nos importations par mer diminuent ; 2* que notre commerce maritime souffre ; 3* que les

sucres blancs indigènes disputent à nos raffinés les marchés italiens^ sans que cependant Marseille puisse espérer de conserver longtemps le transit de ces sucres. »

. En 1874, la situation était la même. La Chambre de Commerce constata avec regret, que la diminution des sucres coloniaux et étrangers s'accentuait tous les jours davantage; elle signala, en outre, les préjudices considérables que ferait subir aux raffineries l'application de l'exercice récemment voté par l'Assemblée nationale.

« L'exercice appliqué seulement en France, disait-elle, arrêterait toute exportation; nos usines , en effet , quelque bien outillées et placées qu'elles fussent , ne pourraient lutter avec des concurrents hollandais, belges, autrichiens, italiens et même américains qui recevraient à la sortie de leurs produits des primes importantes, sous forme deDrawbach. »

Ces craintes ne se sont pas réalisées. Le gouvernement a d'abord ajourné au 1" mars 1876 , l'exécution de la mesure projetée, et en a subordonné l'application au consentement de la Hollande , qui n'a point voulu adhérer à l'exercice. En sorte que le danger signalé par les représentants de notre commerce paraît être définitivement conjuré.

Le tableau ci-après (1), permet de comparer les importations et les exportations de 1855 , avec celles qui ont été effectuées en 1874.

Sucres bruts.

Colootes françaises.

ColODies étrangères.

Sucres indigènes...

Totaux,

Sucres bruts.

Colonies françaises

Colonies étrangères

Sucres indigènes

Poudres blanches des colonies françaises et étrangères.

Sucres rafftnés.

kil.

ktl.

(1) Ce tableau est extrait des tableaux récapitulatifs annexés k la Monographie des Sucrc$,

Il résulte des indications contenues dans ce tableau , que le commerce et la fabrication des sucres ont progressé dans une notable proportion depuis vingt ans. Cependant il convient de remarquer que le commerce des sucres bruts provenant des Colonies, loin d'augmenter, tend, au contraire, à diminuer.

D'autre part , nous sommes heureux de constater un accroissement considérable dans la fabrication et l'exportation des sucres raffinés. La production du sucre raffiné, qui a atteint le chiffi^e de 750,000 quintaux métriques en 1873, a été évaluée à 112 millions de francs. Il y a trente-cinq ans, cette fabrication ne dépassait pas 30 millions. Quant aux exportations , elles se sont élevées de 21 millions de kilog. en 1855 , à 56 millions de kilog. en 1874.

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