‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 103 sur 251 · III. Ij A.lie -Mineure turque · texte numérisé non relu

III. Ij A.lie -Mineure turque

port de Samastri est bien abandonné; U nous serait désormais impossible de dire jusqu’à quel point le trafic y était actif et si son principal élément était le transit entre Constantinople et Trébizonde, ou le transit entre l’Asie-Mineure et la Crimée. Le nom de cette ville se rencontre de ci de là dans les sources génoises,^ mais toigours à propos de questions étrangères au commerce.

Le voyageur espagnol Tafnr parle aussi de Sinope comme d’une citadelle génoise,* mais ici il commet une erreur. Les princes de Kastemouni tenaient énormément à la possession de cette ville; quand déjà les Osmanlis leur* avaient arraché la cession d’une grande partie de leurs domaines, Sinope restait leur capitale; c’est là que résidiait le dernier prince de la dynastie, quand il fut réduit à capituler et à faire entre les mains de Mahomet II l’abandon des derniers débris de sa principauté.* Il est donc bien cei-tain que la domination génoise ne s’étendit jamais jusque-là, mais ce qui est vrai, c’est l’existence d’une colonie génoise, peu nombreuse mais prospère, sous le sceptre des princes de Sinope: on trouve les noms de quelques-uns de ses consuls dans des chartes du XV* siècle.* L’histoire est muette sur le sort de la colonie vénitienne.

Ainsi donc Samastri était une ville absolument génoise, Sinope une ville turque habitée pai' une colonie génoise: Samsoun-Simisso présentait un autre caractère. Elle se composait de deux villes, une ville turque et une ville génoise, situées à une portée de trait l’une de l’autre et entourées de murs. Les deux populations, vivant toujours sur un pied de défiance réciproque, respectaient néanmoins mutuellement leurs possessions.* Quand Bajazet s’empara de la ville mahométane (Samsoun), il laissa subsister tranquillement la ville chrétienne (Simisso): sous le règne de Monrad II, la ville tombait en ruines; le sultan permit de les relever. Dans certaines chartes génoises de la fin du XIV® siècle et du commencement du XV®, il est parlé du consulat de Simisso: le titulaire était nommé par le gouvernement génois; on y voit également que la garnison était formée de mercenaires génoia®

' En dehors des sources déjà citées et de celles que nous citerons encore, voyez; Olivieri , Carte e eronaehe manoscriite, p. 75, 122: Canale, Delta Cn'mea. I, 246; n, 349; Atti delta tioe. Lig., VU, 2, p. 596, 677; A^ost. Oiustiniani, AnneUi. fol. 182, 186.

’ Tafur, p. 158.

' Hammer. Qesch. tien osman, Heich», 1, 227, 373. 417 et s.; U, 51 et s.

‘ Olivieri, Carte r. Oronache, p. 75;

Atti delta Soc. Lig., IV (Rendie.), p. 48; VI, p. 129; VU, 2, p. 676. Il résulte de la première citation des Atti que le consul Andrea Usodimare aurait reconstruit à ses ftais les bâtiments du consulat, vers 1423.

‘ Ahmed Arabsiades, Vita Timuri, éd.

Manger, II, 287; Schiltberger, Reiseti, éd. Neumann, p. 63—66; Clavijo, p. 82.

* Atti delta Soe. Lig., XTV, p. 103, 110; IV (RendieJ, p. 48; Canale, Delta

360 Troisième jiériode. — Décadence du commerce du Leeani.

Le statut de 1449 garde nn silence absolu au sujet de cette colonie; il y a là quelque chose de suspect: il semble qu’alors la colonie eût cessé d’exister.

En ce qui touche aux questions commerciales, nous ne savons rien de plus sur Sinope et sur Simisso que sur SamastrL II est cependant certain qu’elles s’élevèrent du rang de simples stations, échelonnées sur la route commerciale de Trébizonde, à celui de marchés indépendants. Elles répandaient dans les pays environnants les produits de l’industrie européenne et exportaient en échange les produits indigènes, tels que les bois de construction, l’alun, le cuivre et l’argent extraits des riches mines de cette région,* la laine et le poil de chèvre fournis par les nombreux troupeaux nourris dans le pays, le maroquin de Kastemouni etc.; il est certain que ce commerce d’exportation écoulait ses articles vers l’Occident et aussi vers le Nord, car il existait nn mouvement incessant de navigation des colonies méridionales dn Pont à Gaffa, leur chef-lieu, et à Tana.

4* Les derniers temps de l'empire de Trébizonde.

La première moitié du XV® siècle lut signalée, pour la colonie génoise de Trébizonde, par une série de tourmentes. D’abord, sous le règne d’Alexis IV, la guerre éclata entre Gênes et Trébizonde pour des causes qui nous sont restées inconnues. Au cours des hostilités, un amiral génois, Cosma Tarigo, à la tête de trois galères, battit la flotte d’Alexis, s’empai-a d’un monastère fortifié, le transforma en place d’armes à son usage et, finalement, l’empereur dut se résoudre à payer des dommages intérêts: on lui permit du reste d’acquitter sa dette en nature (vin et noisettes) et par termes.® Quelques années plus tard, la population de Trébizonde s’ameutait contre les Génois, envahissait leur quartier et le mettait à sac: l’empereur ne se décida à le leur rendre qu’après avoir reçu du gouvernement génois une note menaçante * et rédigée sur un ton énergique. Jean IV (Kalojohannès) fils et successeur d’.Aleiis. laissa arriver les choses au point que, dans diverses localités de l’empire.

Crimea, II, 349. Parmi les écriTaiua byzantina, Ducas (p. 163) parlant d’Âmiaoa (Simiaao), dit qne la république de Qênea a coutume d’y envoyer des fonctionnairea.

' Chehabeddiu, p. 337, 350, 355 et a. -, Vine. BeUovae. spec. hisi., XXXI. 143.

’ Stella, p. 1275 et la charte du der-

nier février 1418, dana A’ot. et extr^ XJ. 79—81.

* En date du 28 janv. 1435: publiée par M. Hopf dana lea Siixungaberiehte lier Berliner M-ad., février 1862, p 88 et a., et par H. Vit^a dana lea Atii délia üof. Li'j; IV, rtndk-., p. .50.

Digilizec üv (Ir

[V. Ijes derniers temps de l’empire de Trébiimde. 361

et dans la capitale même, des Génois forent insultés et maltraités. Le doge de Gênes, Giano Fregoso, Ini adressa des remontrances auxquelles il répondit non sans raison, il faut le reconnaître, par des plaintes contre certains sujets génois qui refusaient de se soumettre aux lois de l’empire. Le doge l’ayant invité à envoyer à Gênes un ambassadeur, aân de travailler au redressement des torts réciproques, il chargea de cette mission un certain Georgins Ai’miruzius; mais les prétentions exagérées de ce personnage firent échouer toutes les tentatives d’accommodement.* Ce différend n’était pas encore aplani au moment de la publication d’un nouveau code pour les colonies du Pont (1449): ce code concernait également la colonie de Trébizonde et il nous met à même de nous faire une idée de son organisation intérieure. A la tête de l’administration de la colonie était placé, comme toujours, le consul, nommé par la métropole et entouré d’un personnel permanent, composé d’un notaire, d’un drogman. de deux chapelains, de deux huissiers (placerii) et de deux domestiques. Aussitôt entré en fonctions, le consul procédait au choix de quatre “Anciens“ qui devaient être ses conseillers effectifs poni* ses actes officiels, de deux massiers auxquels incombait l’administration des finances et enfin de deux auditeurs chai-gés de faire une enquête .sur l’administration de son prédécesseur. Pour tous ces agents comme pour le consul, la durée des foutions était fixée à une année seulement et, ce délai expiré, ils devaient faire place k d’autres. Sous le rapport des finances, la colonie devait se suffire à elle même, c’est à dire que le produit des impôts levés pai’ elle sui’ les marchandises importées ou exportées par des sujets génois, impôts fixés à 1 ®/o ou 1 Vï 7o suivant le cas , ajouté à celui des amendes , devait, en principe, couvrir les dépenses ordinaires et extraordinaires, y compris les traitements des fonctionnaires ; en cas d’insuffisance, le déficit (levait être comblé an moyen d’un impôt supplémentaire, payé par les membres de la colonie.*

Ainsi, pendant cette période, nous voyons des démêlés sanglants se succéder entre les Génois et les empereurs de Trébizonde: les réclamations réciproques s’enchevêtrent sans qu’on arrive à un accommodement. Du côté des Vénitiens au contraire, nous avons à signaler deux traités, et pourtant leur contenu ne semble pas indiquer qu’il aient eu pour objet de mettre fin à une rupture. L’un est daté du 11 avTÜ 1391 et fut rapporté à Venise pas Marco Giustiniani,* capitaine des galères; l'autre.

' Atti deUa Soc. Ldg., IV, rendic.. ’ Atti tUUa Soc. lÀg., Vil, 2, p. 6BH p. 61 et ». ; Xm, 218 et æ. (documente — 671.

dec annéee 1447—144»), “ Manu. VI, 27.1—277 Tat. et Thoiii..

362 Troisihnr période. — Dfrnd^rt: du rommern du Lemnt.

de l’an 1396, fut confié aux soins du baile Giacomo Gussoni.' Le premier stipulait une réduction de moitié sur les droits perçus à la vente et à l’achat; le deuxième n’est, tout compte fait, qu’une répétition du premier. En 1416, Venise reçut la visite d’un ambassadeui' de Trébizonde,* mais le but de cette démarche est malheureusement resté inexpliqué jusqu’à ce jour. Le service de navigation organisé dès longtemps entre les deux villes suivit, pendant cette période, sa marche régulière. Nous en trouvons la preuve dans le manuel du commerçant du florentin Uzzano, écrit en 1442. L’auteur y indique la date du départ des galères vénitiennes pour la Remanie et Trébizonde (du 8 au 20 juillet).* Cependant, nous devons signaler ce fait remarquable que, dans les sources postérieures, il n’est pas laie qu'on ne parle que d’une seule galère de Trébizonde.* L’une de ces galères, à son retour de Trébizonde, eut la malechance d’entrer dans le port de Constantinople précisément au moment où les Tui-cs se disposaient à en faire le siège (1453); on l’empêcha de continuer sa route, et même on la contraignit à coopérer avec d’autres navires à la défense de la ville.*

A partir du jour où les Tui'cs occupèrent Constantinople en maitres. les difficultés s’accumulèrent naturellement poui- les Italiens sur la route de Trébizonde et les relations devinrent des plus difficiles entre les colonies établies dans cette ville et leure mères-patries. Rien d’étonnant donc si, dans la suite, le poste de chef de colonie à Trébizonde ne fut plus des plus recherchés. Aussi voyons-nous, en 1454, Galeotto Spinola et, immédiatement après lui, Leonardo Doria. désignés pour occuper les fonctions de consuls de Gênes à Trébizonde, refuser cet honneur ; cela n’empêcha pas d’ailleurs de trouver d’autres candidats et le poste eut un titulair e jusqu’au dernier joui" de la colonie.* Signalons cependant à titre de curiosité, le fait d’une ville commerçante d’Italie nouant, pendant cette période désastreuse, des relations avec l’empire de Trébizonde. Il existe un traité de commerce, daté du 14—15 décembre 1460, stipulant en faveur- des Florentins le droit d’avoir à Trébizonde un fondaco et un consulat, fixant pour eux les droits d’entrée à 2 “/o et les exemptant de droits de, sortie etc. Ce traité fut conclu avec la commune de Florence, au nom de David, dernier empereur de Trébizonde, par un

iné<l. n en existe un regeste dans les ’ Va., p. 104.

Comment., III, p. 226, n“ 419: l'éditeur * Sathas, fkir. inéti., II. 160, 161, 111.

fait remarquer que la pièce n’est pas 67, 100.

datée, mais qu’elle est probablement de * Barbaro, As.tedio di ConsUmtinopoli.

l'année 1395. p. 4, 59.

' Taf. et Thom., inéd.; regeste dan.', “ Atti délia Sur. Liy., VI, p. 101,125. les Comment.. III, p. 244 et s., n" 54. 130 , 292 , 529 , 584 , 721 et s., 745. 833,

* S.anuto. Vite dei doqi. p. 900. 896 et s.; VU. 1. p. 106; 1*11. 2. p. 953 et».

Digit^j'Xl by Coo çle

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