‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 104 sur 251 · IV. Les derniers temjts de l'eiiifHre de Tréhieonde · texte numérisé non relu

IV. Les derniers temjts de l'eiiifHre de Tréhieonde

ambtusadeur nommé Michèle degli Aldighieri, ou, d’après le texte latin de la formule finale, Michael de Âlighieris.' Mais cet Âlighieri étaitil bien véritablement un représentant autorisé, réel, de l’empereui- de Trébizonde? La question peut se iwser, car ce nom se retrouve dans d’autres occasions parmi ceux d’individus qui se donnaient comme les représentants de princes de l’Orient et que l’on a, dans les derniers temps taxés d'imposture.* Ces individus avaient été amenés par le moine franciscain Louis de Bologne et pai-couraient alors les cours de l’Europe en cherchant à provoquer une guerre générale contre les Osmanlis. A cette époque, on peut se le rappeler, le pape Pie II en Occident, et les deux derniers empereurs de Trébizonde, Kalojohannès et David, en Orient, firent des efforts pour organiser une grande coalition contre cette paissance, dont les progrès devenaient effrayants. C^es derniers avaient déjà rallié à leurs projets non-seulement les princes chrétiens de la Géorgie. leurs voisins, mais même des princes mahométans jaloux de la prépondérance croissante des Osmanlis.® Pendant ce temps, Louis de Bologne parcourait l'Orient comme agent du pape, avec mission de susciter des ennemis aux Turcs. En 1460, il reparut en Occident accompagné de quelques personnages qui se donnaient pour des ambassadeurs de divers princes orientaux et présentaient, pour se faire accréditer, des lettres écrites en style emphatique, signées du nom de quelques-uns de ces princes.» Après avoir traversé la Hongrie et l’Autriche, ils arrivèrent à Venise, où ils furent reçus avec les plus grands honneure: de là, ils allèrent se présenter au pape Pie II qui leur remit des lettres de recommandation pour divers souverains.® Au mois de mai 1461, ils étaient en France, à la cour de Charles VII: pendant ce même mois de mai, ils en repartirent poui* aller à la recherche du duc Philippe de Boùigogne.

' Dw. sitUr relax, tosc.. p. 186 et ».

’ .Te démontrerai plus loin que cette socusatioD n'est pas applicable au représentant de Trébizonde: je ne prétend.»

pas faire la même démonstration pour le» autres; cependant Je ferai remarquer qu’il est difficile de comprendre comment le premier aurait pu se compromettre au point de parcourir toute l’Europe en compagnie d'intrigants de cette espèce.

’ Fallmerayer, Gesrh. rmi Trapexunl.

p. 258 et t».

' Sur ce personnage et ses compagnon»

soyez notamment: Gobellini (Pii IIT eotnnmtarii. p. 127 et».: Voigt. Enea Silrio

de' Piceolomim. III, 6d3 et s». MM. Fallmerayer (op. cit., p. 263 et ss.) et Brosset (Hist. de la Géorgie, addit. et éclaircis»., p. 407 — 411) ont eu la boune fortune de retrouver les nom» de» princes orientaux de qui ce» personnage» produisaient de»

lettres ou qu’ils prétendaient représenter.

‘ Lettre d'introduction générale, dan»

Wadding, Annal, minor., XIII, 1.56; lettre au duc de Bourgogne, dans les Ænea- Sylrii epialolre (0pp. Basil. 1551), n" .376, lettre analogue adressée à Florence: Dot. ■suUr relax, lose.. p. 185.

364 Troisième période. — Décndettce du commerce du LevatU.

qu’ils trouvèrent à Saint-Omer* Ils visitèrent Gand du 4 au 8 juillet* et retournèrent à Rome par la France au mois d’août. Dans les documents de l’époque, toutes les fois que revient l’énumération de ces ambassadeurs orientaux, on trouve indiqué en première ou en deuxième ligne, en qualité d’ambassadeur de David, empereur' de Trébizonde, un certain Michel dont le nom, parfois isolé, est d’antres fois accompagné du nom de famille Aligcrius, de Algeorii, de Alguri, de Alchiere, de Aldigeriis. Il attira spécialement l’attention à Gand, et l’on y remarqua qu’il parlait bien l’italien; à Florence, il prononça une harangue en latin." D fut particulièrement bien accueilli dans cette dernière ville, parce qu’il était lui-même d’origine florentine et apparenté à Is famille du Dante.* Mais il avait remis au duc de Bourgogne une lettre de David," dont le texte fournit l’un des arguments sur lesquels se base l’accusation d’imposture. Étudions la valeur de cette accusation. D’abord le texte original de cette letti-e était, dit-on, différent de celui que nous possédons. Cela est possible; mais il ne faut pas oublier que ce texte original était écrit en grec et que, dans le travail de la traduction en langue latine, on a fort bien pu y glisser des parties apocryphes à côté de parties authentiques; or, l’auteur de cette traduction est resté inconnu. En second lieu, le traité conclu avec la république florentine au cours du même voyage, par le même Aligerius agissant au nom de l’empereur de Trébizonde, est au-dessus du soupçon de falsiflcation; il renferme des détails qui en démontrent l’authenticité d’une manière infaillible, de telle sorte qu’ils n’est pas permis de mettre en doute la qualité d’agent plénipotentiaire de David attribuée à ce personnage. Enfln, dans un autre document, parfaitement étranger au voyage des ambassadeurs orientaux en 1460 et 1461, nous trouvons le nom d’un chevalier (miles). Michael de Aligeri, gi'and commerçant de Trébizonde, qui visitait en personne on taisait visiter pai' ses agents les divers entrepôts de la mer Noire, et cela en 1470, c’est à dire à une époque où, depuis longtemps, Trébizonde était passée au pouvoir des Turcs."

Dans une lettre du 15 déc. 1460, Florence remercia chaudement l’empereur de ses avances amicales et des avantages qu’il avait fait offrir par son ambassadeur au commerce florentin.’ Malheureusement, la République n’eut pas le temps de mettre à l’épreuve

‘ Jacq. (lu ClercMj, dans Buclion, Choie de chroniques, VIII, p. 172; Document des archives d’Ypres, cité par M. Oachard dans les note.s de VHiat. des ducs de Bourgogne de de Baraute (Bmx. 1838), II.

’ Üagbak der fJeiUsche coUatic uitg.

door Srhages (Gent, 1842), p. 441 — 443.

• Ibid. 1. c. ; Doc. suUe releu. losc.. p. 188.

* Ammirato, Stor. fioreni., a. a 1440.

“ Ænea Sglrii epistolee. n“ 377.

" Atti délia Soc. tig., VIL 1, ST!.

’ Doc. sulle relax, tosc.. p. 189.

V. Fit) dfif! colnnifix de In rire .teptet)trionnle du Pont. 366

l’amitié de l’empereui'. Une année ne s’était pas écoulée que Mahomet n, en une seule campagne (1461), ‘ entrait victorieux à Sinope, s’emparait de Trébizonde, détruisait l’empire et emmenait le dernier empereur en captivité à Constantinople. Ce bouleversement porta un coup funeste au commerce italien et il disparut pour longtemps de ce marché.

5' Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont.

A la guerre de conquêtes entreprise par les Génois en Crimée vers la fin de la période précédente, succéda une longue série d’années pacifiques. Néanmoins, il ne pouvait venir à l’idée de personne de se reposer nniqnement sui- la foi des traités et de négliger les mesures indispensables k la sécurité des colonies. Une des premières consistait à élever des fortifications autour des points les plus importants et k les entretenir en bon état. Caffa, nous l’avons vu, avait eu à subir plusieurs sièges dirigés par Djanibek en personne. Quelques années après le dernier, Goffredo di Zoagli, qui exerça les fonctions de consul en 1352 et 1353, en avait complété les fortifications.* Jacopo Spinola, Pietro Gazaro et Benedetto Grimaldi, qui occupèrent succes-sivement le même poste de 1384 à 1386, entourèrent les faubourgs d’une muraille.* De nos jours encore, ces murs génois, avec leurs terre-pleins et leurs fossés, forment un vaste cercle autour de la ville moderne de Féodosie. Aux deux extrémités, sur le rivage de la mer, s’élevaient de puissants ouvrages; du côté du sud-ouest, une vaste citadelle; du côté de Kertch un fort avec des murailles d’une épaisseur extraordinaire.* Du côté de

' Duc., p. 340 et se., Chalcoc., p. 486 et as.; Critobul., p. 137 — 142; Monum. Hung. hift., acta extera, IV, 92 et ss., 101. Pour l’aimée, voy. Zinkeisen, Oesch. de» Osman. Reich» in Europa, II, 335 et SS.; Voig-t, Enea Silrio, HI, 656, not.; Berchet, La repubbliea di Venexia e la Persia (Torino, 1866), p. 100; Huiler, éd. de Critobul., p. 127. D est douteux que les Florentins aient pu mettre é exécution le projet qu’ils avaient formé d’étendre leur service de navigation jusqu’à Trébizonde : Doe. suUe relax, tose.. p. 296, 302.

* Stella, dans Murat, SS., XVn, 1096.

Cet écrivain prétend qu’auparavant les

défenses de la ville se composaient uniquement d’ouvrages en terre et en bois; mais Nicéph. Grég. (U, 684 et ss.) nous en fait une tout autre peinture.

' Stella, 1. c. Tous trois avaient été envoyés ensemble par le doge Leonardo de Montaldo (1383 — 1384), afin qu’ils pusseut se suppléer mutuellement dans les fonctions du consul.

* Pallas, Reùe in die südliehen Statthalterschafien Rueslands, II, 261 et s.; Dubois de Hontpéreux, V, 286 et ss. HH. Oderico (Lett. ligust., tav. 1 — 10), Waxel (Recueil de» antiq. trouvée» sur les bords de la mer noire, no> 20 — 22) et Jurgie-

366 Troisihne ftériode. — Déradevce du conutie$-ff du fjerunt.

la terre, la place était protégée pai‘ la toui' dont le pape Clément VI avait payé la construction de ses deniers; il eu a déjà été question; était-ce la tour de S. Antoine ou la tour de S. Constantin des sources génoises?* il ne nous est plus possible de le savoij". Pour la gaixie de tous ces ouvrages, de ces murailles, de ces tours, il fallait des troupes nombreuses. En temps de guen'e, tous les citoyens en état de porter les armes étaient astreints au service militaire;* en temps ordinaiit: il y avait une garnison permanente, composée de mercenaires.® L’arsenal (sabarbaria) renfermait un approvisionnement de pièces d’équipement et d’armes, provenant soit d’envois de la mère-patrie, soit d’achats faits par les autorités locales, soit de dons offerts pai' des consuls qui comprenaient l’étendue de leurs devoii-s ou pai- d’autres fonctionnaires à leur départ*

Soudak, la nouvelle conquête des Génois, ofiiait, bien plus encore que Caffa, l’aspect d’une place forte: Caflfa restait avant tout chef-lieu et ville de commerce. Suivant une inscription placée sur les murs de Soudak, l’année 1414 marque la date de l’achèvement des travaux de fortification.® L’ensemble se composait d’abord du corps de place, entouré de murs au haut desquels veillaient constamment des gardiens spéciaux ; les portes étaient munies de ponts-levis qu’on relevait chaque soir-, de sorte que toute relation avec l’extérieur était supprimée pendant la nuit: le corps de place était protégé par deux citadelles, dénommées l’une Castrum S. Cinicis, l’autre Castrum S. Eliæ. De nos jours encore, leurs ruines présentent un aspect imposant. Le rocher calcaire sur lequel elles sont construites toutes deux, s’élève à peu près perpendiculairement au-dessus de la mer et n’est abordable que par la partie postérieui'e, où il forme terrasse. C’est sur cette terrasse qu’est établie la citadelle basse, entoui-ée d’une mui'aille flanquée de dix tours, les unes carrées, les autres rendes: au milieu s’élève la tour à travers laquelle est percée l’unique porte d’entrée et cette porte est protégée par un ouvrage avancé. Au-dessus de cette citadelle basse, la plus grande des deux, sur un rec à pic, on en aperçoit une autre, plus petite ; enfin, l’arète supérieure est couronnée par une tour carrée, reliée au reste de la fortification par une muraille qui suit la crête. A l’époque

wicz (ÿap.. V, IB9 — 168) ont relevé et publié des inscriptionii et des armoiries qui se voyaient sur les tours de Caffa.

' Atti drila Soc. Lig., VII, 3, p. 605, 613 , 627; ci. la note de M. Vigna, VI. p. 103.

’ EId temps de paix, iis fournissaient seulement eu permanence cinquante hommes

pour le service des balistes : Atti delta Sor. Ug., XIV, p. 104.

' Atti délia Soc. lÀg., VII, 2, p. 612 et SS. et dans beaucoup d'autres passages ; Canale, I, 261 et s.

* Atti délia Soc. Lig., VII, 2, p. 686, 627; Off. Oax.. p. 409.

‘ .'<ap., V, 173 et s.

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