‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 109 sur 251 · V. Fiu des colonies de la rire scfdentrwnale du Pont · texte numérisé non relu

V. Fiu des colonies de la rire scfdentrwnale du Pont

nations n’eossent fait la paix sur ce terrain. Nous ne possédons aucun renseignement sur les résultats de cette expédition.*

En dépit de tous ces malheureux événements, les Vénitiens consacrèrent des minière et des milliers de ducats à la réparation de leurs murailles et de leurs ouvrages fortifiés de Tana; ils construisirent une nouvelle tour, de nouveaux magasins, de nouvelles maisons; chaque navire devait contribuer k cette œu\re et, à cet effet, il était tenu de charger avant son départ deux tonnes de chaux.’

Le consul génois de Tana reçut également, en 1449, l’oi-dre de reprendre la construction des murailles que l’on avait précédemment commencé à élever du côté du pays des Tcherkesses. •'* Les Génois possédaient encore dans cette région, à Copa, une autre colonie de moindre importance, organisée surtout en vue de la pêche et du commerce des esclaves; ils y avaient un consul.* Celui-ci résidait à Caffa, mais se rendait chaque année, au printemps, à Copa avec un cortège de trésoriers et de conseillère, choisis en nombre égal dans les nationalités latine et grecque;*’ là, après s’être au préalable entendu avec les souverains du pays (tatare ou tcherkesses?), il fixait le prix du poisson pour la saison; ce point arrêté, on commençait les achats et on s’occupait de la salaison du poisson et de la préparation du caviar; à l’automne, le temps de la pèche terminé, le consul rentrait à Caffa pour revenir au printemps suivant,® et il y était probablement suivi par une grande partie des marchands génois. Pour la commodité de leure relations avec les deux colonies de Tana et de Copa, les Génois attachaient un prix énorme au maintien de la libellé du passage dans le détroit qui forme l’entrée de la mer d’Azov. A cet égard, rien ne pouvait leur être plus agréable que de voir, comme cela eut lieu vers cette époque, une famille génoise, celle de Ghizolfi (Guisulfi), occuper Matrega, ville depuis longtemps connue, et y fonder une seigneurie. A la fois tributaire d’une famille de princes tcherke.sses ou tatars, dont la résidence est restée inconnue, et dépendants de Caffa, chef-lieu de toutes les colonies génoises dans le Pont, dont le gouvernement pouvait an besoin mettre à leur disposition ses ressources financières et militaires, ces Ghizolfi restèrent longtemps en possession de leur .seigneurie. Matrega n’avait pas perdu toute importance commerciale et les capi-

' Sathas, Doc. inéd., I, 193 et ss.

’ Canale, Delta Crimea, II, 462 et es. ; .Sathas. III, 377.

’ ÂUi délia Soc. Lig.. VII, 2, p. 876. * On en trouvera <le.<i preuves, pour les années 1427, 1429 et 1448, dau.s Canale, Delta Crimea. I, ;)13; II, 353; Olivieri.

Carte e eronaehe ms>., p. 75, 122; pour l'année 1449, dans les Atti délia Soc. Lig., I. c-, p. 607, 608, 671 et ss., 739 et s.

‘ La |K>puIation de Copa était mélangée dans la même proportion.

‘ Atti délia Soc. Lig., VU, 2, p. 671 etss.

380 Trnisihne )>priode.. — Dpcndrurr du |•nmwel■re du fjemuf.

fainçs de navires occidentaux taisaient volontiere escale dans ce port ami, en passant de la mer Noire à la mer d’Azov. On connaît quatre générations de cette brandie des Ghizolfi: Giovanni vei-s 1419, Simone vers 1424, puis les neveux de celui-ci. fils de Vincenzo, et enfin Zaccaria, petit-fils de Simone, qui fut expulsé par les Turcs, comme nous le verrons plus loin.* Sur l’autre rive du détroit, à Vosporo, les Génois avaient encore, vers le milieu du XV*> siècle, une station avec consulat, ilont nous aurons à nous occui»er. Si la jiossession des stations intermédiaires de Vosporo et de Matrega procurait aux (àénois en général de grandes facilités de communication avec la mer d’Azov, ces facilités tournaient tout d’abord au profit des commerçants de Cafta. D’autre part, leur trafic s’étendait dans la direction du sud-est jusqu’à la Minijrélie, province riveraine de la mer Noire, située sim le versant méridional du Caucase et dont les villes principales étaient alors SebastopoU.i et Batoum: les maichands génois déployaient en général beaucoup d’activité dans ce pays; Gaffa y avait le monopole à peu près exclusif de la foimiiture du sel et cet article donnait à lui seul lieu à un trafic pa.ssablement actif.’* fleurs entreprises ne se bornaient d’ailleurs pas là, et vers 1400, ils poussaient jusqu’à SouUanièh, en Peree: si le voyage était plus long, il était assurément beancoup plus fructueux, car cette ville était alors un des plus vastes entrepôts de l’Asie: ses bazais regorgeaient de marchandises apportées par des caravanes parties de tous les points de l’horizon et l’on y voyait, particulièrement à l’époque des foires d’été, un grand nombre de marchands des pays chrétiens, mais surtout de Tana et de Ti-ébizonde.*

Si la Crimée n’avait pas eu diiectement à .souttrir des inclusions de Tamerlan, elles n’en exercèrent pas moins, d’une manière indirecte, une influence funeste sur sa destinée. Après la chute de 'l'oRtamich, le prince PMegou eut l’habileté de s’emiiai-er de tout ce (jui restait de forces vives dans le Kiptchak, sans cependant s’attribuer le titre de

‘ On peut reeonslituer l'IiUtoire lies préiléeeseeur» de Zaccaria eu relisant les néttuciatiuns suivies entre ce dernier et la Banque de S. Oeorges, en 1472: lAtli, I. c., \'II. 1. p. 841 et .SS.), et une notice in.soritc en 1416 dans les Libri rIeUa masserin rii Caffa : voy. Oanale, Delta Crimta. I, .311, et Oiorii. ligusi., I, 343. Nous reparlerons plus loin de Zacearia lui-mènie. En général, sur ce sujet, il fatit consulter Bruun, Xolie. sur les eol. ilal. en (laiarie, p. 32—34; le même auteur a inséré dans 1' flinrn. lii/usl., 1. 343 et ss. une étude

où il se rtetilie lui-même sur beaucoup de jKiints.

’ Barbaro, l'iayyio alla Tiinn. p. 16, .\nibr. Contarini, p. 64, 65, 78. Ixi consulat génois de Sevastopoli subsista longtemps: on trouve des témoignages à cet égard, pour les années 1427 et 1429, dans l'anale, [Min Crimen, II, .'153; Olivieri, Oir/f. p.75, 122; et, pour l’année 1449, dans les .l/(i ilelln Sor. tdy., VU, 2, p. 607 et 8., 676 et s.

’ Clavijo, p. 1 15.

r. /•’/») (/r.f inlmiiis (h hi rire xejtimtrkmtilf d» Vmi. :t8]

klian. L’un des tilx de Toktamieb, ayant voulu lui résif^ter, dut fuir et alla se réfugier dans Caffa: Kdegou le poul•sui^^t jusque là et se disposait délibérément à attaquer la ville; les babitants. saisis de terreur, contraignirent le fils du khan déchu de chercher ailleui-s un asile et supplièrent Kdegou <le faire la |>aix.' Cependant, l’empire de Kiptehak tombait en dissolution: peu de temps après ces événements, les Tatai> de Crimée s’en détachéivnt pour former un khanat indépendant: ce khanat eut une existence séparée pendant quelques dizaines d’années, puis il fut incorporé à l’empire turc à titre de vassal. Le premier des khans de Crimée, Hadji Onerai, déclara la gueire à la colonie de (•alfa et ne lui laissait pas un instant de repos. las colons firent de vains efforts jwur ai>aiser sii haine; il refusait absolument d’entendre ses ambassadeure; dans leui- déti-es-sc, ils n’eurent plus d’autre ressource que d’appeler à leur aide la mère-patrie.

Au même moment, Gênes recevait de Crimée une autre fâcheuse nouvelle. En 1433. la population greaiue de Cembedo (Balaclava) avait ourdi une conspii-ation contre le régime génois, cha.s.sé la ganiison et fait sa soumission entre les mains d’Alexis, seigneur de Théodoro.* Mais ce n’était pas tout. Pour comble d’embarras, 1a République .se trouvait impli(juée dans un conflit avec l’empereur grec .Icau V, à propos des douanes de Galata. Pour en finir avec toutes ces que.stions, on expédia, en 1434, une flotte montée par un corps de débarquement fort de 6,000 hommes et dont le commandement était confié à Carlo Lomellino: son progiamme était le suivant: d’abord réduire Cembalo à l’obéissance, puis contraindre Hadji Gneraï à faire la paix avec Caffa, et enfin ridelle différend avec l’empereur Jean. Effectivement, Lomellino se dirigea d’abord sur Cembalo et réussit à reprendre la ville et à étouffer l’insurrection; l’ordie rétabli de ce côté, il se transiwrta à t'afi'a, et sans s’y arrêter, se mit diivctement en marche sur Solgat (Vieux-Krim), qui était encore, j)arait-it, la résidence du khan de Crimée.* Ne s’at-

‘ Clavÿo, p. 195—197. Sur Ëdegou, voy. Hammer, Goldene Horde, p. 346, 352. 353, .364 et as. Le fait rapporté cwlcsau» parait avoir douué uaissauce & uue tradition d’aprèa laquelle Caffa aurait été pri.«e et pillée par un lieutenant de Tamerlan ; elle n’a été acceptée aaua discussion que ]>ar des annalistes dont l'autorité est discutable (Bizar., Hist. reip. Gen.. lib. IX, p. 900; Cambiiii, dans iüansovino, Dell' origine e imperiu rie Tiirehi, p. 143); ils y joignent l’histoire d’une ruse de guerre que les Tatars anraieut employée eu cette occa-

sion. (hlerico (p. 184 et s.) tenait déjà ces histoires pour très suspectes.

’ C’est de ce iiersonnage qu’il est question dans l’inscription grecque de 1427 dont il a été parlé précédemment.

Sa sieur Marie devint, en 1426 ou peu après, épouse en premières noces du prince de Trébizondc qui fut |dus tard l’enqiercur David; (Panarétoa, dans Fallmerayer. Trapex. Orig. é’roÿm., 'dans les Abh. tlet bayer. Akad.. hiet. Cl., IV, 1 , p. 40 , 69, 108.)

* (luillebert de l.aunoy visita la Ori-

H82 Troisième période. — Décadettce du cotnmerre du Leratt/.

tendant pas à une attaque, la colonne génoise marchait sans précautions et s’allongeait sur la route; surprise en désordre pai’ les Tatars, elle fut promptement taillée en pièces. La plus grande partie fut massacrée. Avec les sumvants, Lomellino se rembarqua à Cafifa pour Constantinople, où il arriva trop aftaibli poui- être en" mesure d’exercer une pression etfective sur l’empereur.‘

Mais tous ces revers étaient peu de chose en comparaison du coup le plus funeste qui pût atteindre les colonies occidentales de la mer Noire: je veux pailer de la prise de Constantinople par les Turcs. Jusque là, ils avaient été maîtres de toute la rive asiatique du Bosphore; dorénavant, ils occupaient également sans interruption tous les points de la rive européenne. Mahomet II avait garni d’une nombreuse artillerie les forts de Roumili Hissari et d’Anadoli Hissaii, le premier de construction récente, le second déjà plus ancien, situés l’un en face de l’autre an point où le passage est le plus resserré; il pouvait à sa volonté supprimer toute communication entre les républiques italiennes et leurs colonies du Pont* Il n’est pas besoin de faire ressortir à quel point, dans de pareilles conditions, l’existence de ces colonies devenait précaire. Les habitants de Caffa en particulier ne se faisaient aucune illusion à cet égard. La pensée d’être menacés à coup sûr, tôt ou tard, d’une attaque des Turcs, les remplissait d’épouvante. En eflfet si la ville ne recevait pas de secours de l’Occident elle était hors d’état de résister à une armée tant soit peu nombreuse, et ces secours, les Turcs pouvaient facilement leur bander le passage; en outre, la déplorable attitude des autorités n’était pas faite pour relever les courages. Les colons" eurent beau chercher des alliés autour d’eux, ils ne trouvèrent de dispositions favorables que chez le seigneur grec de la Grothie, mais il était dans la dépendance des Tatais, et sa bonne volonté ne pouvait se traduire par des actes: quant au khan des Tatars. Hadji Gueraï, il donna dès lors librement carrière à sa haine contre la colonie.* A plusieurs reprises, il avait brutalement extorqué aux autorités de Caffa des présents pour les membi-es de sa famiUe, et la servilité avec laquelle il avait été obéi chaque fois, lui permettait de supposer qu’un léger effort suffirait pour venir à bout de la résistance de la ville.*

mée eu 1421; U nomme le khan tatar qui régnait alors sur la presqu’île: “empereur de Salhat.“ (éd. Potrin, p. 63.)

' Les sources d consulter pour cette campagne de Lomellino sont: Laon. Chalcoc., p. 284 et s.; Stella, p. 1311 et s.; Ag. Giustin., p. 161, b, et encore Sanuto, Vile dei Dogi. p. 1036. Dès 1433,

la colonie de Péra avait fait une tentative jtour réoccuper Cembalo. AUi dello Soe. Lig., XIII, 201. Le voyageur Tafur parle également de l’attaque dirigée par les Génois sur Solgat et de son insnceéi. ’ AUi délia Soe. lAg.. n. 20. 33.

’ Ibid. p. 102 et a * Ibid. p. 88 et s.

F. Fit) des colonies de Jet rire septentrionale du Pont.

Pour en venir à ses fins, il conclut une convention avec Mahomet II; celui-ci devait attaquer la place par mer, tandis qu'une ai'mée donnerait l'assaut du côté de la terre; en cas de succès, la ville resterait au khan, mais les Turcs emporteraient sur leurs vaisseaux les habitants et tout le butin mobilier. EAFectivement, pendant l’été de 14.54, une flotte turque, forte de cinquante six bâtiments, mit à la voile pour la mer Noire, attaqua d’abord Moncastro, qui fit une résistance énergique, enleva d’assaut Sébastopolis, sur la côte du Caucase, et alla enfin s’embosser devant Cafifa le 11 juillet:* quelques jouis après, le khan de Crimée arrivait sous les murs de la ville à la tête de 6,000 cavaliers. Poui’ cette fois, les alliés se bornèrent à des menaces; ils ne se sentaient pas "en force:* ils se contentèrent d’accepter un ôtage que les autorités de Caflfa s’offraient à leur livrer en garantie du paiement d’un tribut annuel de 600 sommi;® les habitants teiTifiés s’étaient déjà offerts à le payer au khan avant l’anivée de l’ennemi,‘ afin de détourner l’orage qni s’amoncelait sur leurs têtes. Pour les Turcs, le résultat de leur expédition se 'bornait dans ces par'ages à une reconnaissance, mais, avant de s'éloigner, ils levèrent encore une contribution sur la population sans défense de la Gothie.*^ L’apparition de la flotte devant les murs de Caffa avait été précédée de l’arrivée d’un ambassadeur chargé de présenter aux autorités la sommation d’avoii' à payer tribut au sultan:* la flotte partie, on lui répondit que la ville dépendait de la Banque de S. Georges et que le Sultan devait s’entendre avec celle-ci au sujet du tribut en question.*

Pendant tout ce temps. Gênes, engagée dans’ une guerre interminable contre Alphonse d’Aragon, n’avait pas donné signe de vie.* Si

' C'est la date indiqué par le chancelier du consulat de Caffa: Atti, VI, 103. L’évêque de Caffa fibtd. p. 88) marque la date de l'arrivée de la flotte turque au 4 août et estime sa force é soixante voiles.

’ Quelques Turcs ayant pénétré dans la ville essayèrent d'y mettre le feu, mais leur tentative échoua; iind. p. 106.

’ La valeur du sommo était alors de deux ducats deux tiers environ; par conséquent, ces six cents sommi équivalaient à peu de chose prés é ItiOO ducats, ou 19,140 lire de la monnaie actuelle: Desimoni, Atli delta Soe. Lig., IV, rendic.. p. 56, et VI, p. 65.

‘ Alli delta Soe. Idg., VI, 89.

‘ Ibt'd. p. 89. Ce district avait déjà

été ravagé par les Turcs en 1446. Chalcoc., p. 261.

‘ Il y avait longtemps qu’on prévoyait avec terreur, à Péra et à Gênes, le moment où le sultan réclamerait un tribut pour Caffa: Aiti delta Soe. Idg.. XIII, 231. 267 et s.

’ Atti délia Soe. Idg., VI, 109.

' A Gênes, on était au courant de la détresse de la colonie. Le 13 mars 1462, dans une séance de la Seigneurie, Gabriele Doria avait déjà dit, en parlant de Caffa: “civitas ipsa carere videtur omnibus quatuor elementis: nam uec viros babet defensioui satis idoneos nec arma aliaque instrumenta defeusionibus terrarum apta:“ Atli délia Soe. Idg., XHI. 222.

384 Troinirme )>êritxlr. - Dftndenrf du lommerif du I.miid.

l’on veut se faire une idée de l’état d’épuisement de ses finances, il suffit de savoir (lu’ellc était lioi-s d’état de tirer de ses caisses la faible somme de 8,000 livres, k laquelle devaient s’élever les frais d’une ambassade qu’on voulait envoyer au sultan jwur le ramener à des sentiments plus favorables;* à jdus foi-te raison lui était-il imjwssiblc d’é- (juiper une flotte pour la protection de scs colonies du Pont. Heureusement, il y avait dans la ville une puissance qui disposait de plus de capitaux que le gouvernement. Elle avait nom Vffieio di S. Giorgio (!t i)rit plus tard celui de Banco di S. Giorgio, sous lequel elle est plus connue.’ C’était une gi-ande société de créanciers de l’état, issue, en 1407, de là fusion des diverses associations ou familles qui, à uue époque quelconque, avaient avancé à l’état, en vue d’eiiti'cpri.ses d'intérét général, des sommes dont les intérêts leur étaient garantis siu les :x-venus publics, soit dans la mère -patrie, soit dans les colonies. A la formation de cette société, ses membres avaient reçu un nombre plus ou moins gi-and de titres ou actions (luoghi), projwrtionnel à leur part dans la dette publique, et ces actions leur donnaient droit à toucher (diaque année des dividendes variables. La direction de la société était confiée à un comité de huit membres apj)elés I\otecteurs ; la composition de ce comité st* renouvelait d’année en année par voie d'élection. Par le fait des nombreux privilèges dont elle jouissait et de l’indéirendance (|u’ils lui assuraient vis-à-vis de l’état, de l’immense étendue de ses lU'opriétés foncières, du nombre infini d’agents de toute sorte employé.^ par elle à la perception des droits, des impôts, des intérêts cédés par l’état en gai’antie, à l’administration des .sommes ^ ainsi encaissées, à la répartition des diridendes entre les actionnaires, la société formait un véritable état dans l’état et, d’un autre cfité, les énormes capitaux dont elle disposait, ainsi que la réputation de probité et d’habileté de .son administration, lui assuraient un crédit illimité chez les i)articuliers. Dans ces conditions, il était assez naturel que la commission des colonies, chargée des intérêts des colonies du Pont, fit au doge la proposition

* Alli deMa Soc. Lig.. VI, S, 21 — 23.

’ Sur les origines et l'organisation de la Banque de S. Georges, voyez l’historique abrégé qu'en a donné Agostino Giustiniani dans les Anncdi di (Senoca.

p. 171; Foglictta, p. 529 et s.; Serra. Steria delV auticu lAguria, m, 69 — 72:

IV, 295 — 313; Mas Latrie, lli»!. de Chypre. II, 368 et s. Les personnes curieuses d’étudier l’histoire des finances au Moyen- Age et qui voudraient plus de détails sur cette intéressante institution les trouve-

ront dans: Ant. Lobero, Memorie slohrhe deJla haiica di S. Oioryio (GenoV.i, 1832): C. t’uneo, Memorie eopra l' auticu debiio jmbblico, mutui, cotiipere e baiica di S Giorgio iu Oenora (ibid. 1842); et enfin, comte Adam Wiszuiewski, Histoire fie ta hangue de S. Georges (Paris, 1865). M.

Moland a aussi donné uue étude sur l’origine et l’organisation de cette institution, dans les Ârehires des miss, seientif.. 3e série, VI, p. 31 et ss.

F. Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont. 385

de les céder à VUffieio di S. Giorgio comme à la seule puissance financière en état de les préserver de leur perte. Une assemblée, composée des Protecteui-s et des plus gros actionnaii'es, vota l’acceptation par 248 voixe entre 27,* et elle motiva son vote sur ce qu’un refus aurait pour résultat inévitable la perte de la colonie et, par suite, la suppression des grands revenus que la société en tirait comme ayant hérité des droits de la Campera di Gateeria (société des créanciers de l’État en Crimée).* En conséquence, le 15 novembre 1463, le doge Piero di Campoiregoso et les plus hauts fonctionnaires de l’État déclarèrent céder formellement et à perpétuité, à la banque de S. Georges, la colonie de CafiOi et toutes les autres possessions génoises dans le Pont et ce, non k titre de jouissance, mais de propriété pleine et entière, lui reconnaissant dorénavant tout pouvoir de légiférer pour les colonies, de nommer des fonctionnaires à son choix, d’exercer tous les droits de souveraineté et de juridiction, y compris celui de haute justice. Cette décision, était-il dit dans la délibération, est motivée d’abord par la pleine confiance des cédants dans la loyauté des Protecteurs, parce qu’ils sont choisis d’ordinaire parmi l’élite de la bourgeoisie et que l’on peut compter sur eux pour ne nommer aux fonctions coloniales que des hommes honorables, et en second lieu par la considération des vastes ressources dont la société pourra disposer pour le mieux dans le cas présent avec sa promptitude ordinaire.*

Les Protecteurs firent honneur à leur réputation de célérité dans les afiaires, en versant entre les mains dn doge, dès le lendemain du traité, la somme de 5,600 livres (14,310 lire), prix convenu pour la cession,* et sm-tout en édictant une série de mesures prises coup sur coup en faveur des colonies. D’abord, pour s’assurer avec CaflFa des communications k l’abri du caprice des Turcs, ils décrétèrent la création d’un service de courriers par voie de terre entre Gênes et cette colonie, et ce service fut assez rapidement organisé pour y apporter la première nouvelle de la prise de possession des colonies par la banque de S. Georges, nouvelle qui y fut accueillie avec de grands témoignages de joie et y suscita de nouvelles espérances pour l’avenir.* Pendant ce temps, les fondés de pouvoirs de la banque, Simone Grillo et Marco Cassina, partaient par mer avec un corps auxiliaire fort de 200 hommes et un convoi d’armes. Les deux bâtiments loués pour ce transport

‘ Atti delta Soe. Idg., VI, 34 et as.

Cette aeaeroblée eut lieu le 13 nov. 1463.

* Canale, Delta Orimeo, II, 350 et as. ; Atti delta Soe. Lig., VI, 35; Wiazniewaki, 1. c., p. 34 et SS., 86 et ss.

* Atti delta Soc. Lig., VI, 33 et sa.; (Not. et extr., XI, 81 et sa.)

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