‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 11 sur 251 · C. II. Lu Petite -Arménie · texte numérisé non relu

C. II. Lu Petite -Arménie

tmetion complèti^ des états croisés; c’est évidemuieut une erreur.* Marco Polo passa par cette* ville vingt ans avant la chute d'Acre et y trouva un mouvement commercial déjà très actif; on y voyait, dit -il, •‘toutes les espéa*s possibles d’épices, de soieries, de brocarts d’or et d’autres marchandises, (pton y apjmrtait de l’intérieur de l'Asie. “ IjCs marchands de Gênes, de Venise et de '‘tons nutres puis'' y venaient apiwirter les produits de l’Occident et les échanger contre ceux de l’Orient. Au temps de ce célébré voyageur, Lajazzo était d’ordinaire le point de départ des marchands et autres voyageurs occidentaux* qui se proposaient de pénétrer dans l’intérieur du continent asiatique; c’était aussi le port ou ils venaient se rembarquer au retour. I..ors de leur j)remier voyage en Chine, les deux frères Xiccolo et Maflio Polo étaient partis des bords de la mer Noire, mais ils passèrent par Lajazzo en 1269, pour regagner letir patrie, et ce fut également cette ville qu’ils choisirent pour point de départ du second voyage qu’ils entreprirent en 1271, en compagnie du jeune Marco Polo.”

De tout ce que rapporte Marco Polo sur Lajazzo, ce qui nous intéresse le plus, c’est qu’il désigne ce port comme un marché de premier ordre pour les épices de toutes sortes (toute l’espiceric), Le fait est confirmé par un privilège accordé aux Génois en 1288. On y lit rémunération de certains articles, tels (pie le poivTe, gingembre, le bois du Brésil, l’indigo, ([ue les Génois avaient coutume d’acheter à Lajazzo et «l'exporter du cf'ité d'Iconium.* Dix ans plus tard, deux Vénitiens, Marco Michiel surnommé lo Tataro et Paolo Morosini, achetaient à Lajazzo six balles de gingembre, de la qualité dite beledi.® Mais c’est a.ssez de preuves. Il est certain que Lajazzo était reliée aux pays de production des éi)ices par des routes de caravanes 11 s’agit de rechercher d’abord le tracé du chemin suivi par les épices; i)assaient - elles par le golfe Persique et remontaient-elles à partir de là le. cours de l’Euphrate, pour aboutir j>ar Portella à Lajazzo dans le golfe d’Alexandrette? Cette qnestion se résout iwr l’affirmative, si l’on admet avec M. Pauthier qu’il faille lire comme il suit le passage de Marco Polo relatif à ce point: sachiez (pte toute V v.tjncerie et draps de .soie et dorés d’ F.ufratere se por-

' Aboulf., (iéogr., I. c.

’ V. le Liber pereffritiationis de Ric»|ilo di Monte Croce, dans Laurent. Pereyrinatore», p. 113, 122.

’ Mareo Polo, «1. Pauthier, I, 15, 18 et «., ;M et ».

* Recueil dee hieloriens des croisades, flocutrienis arméniens, éd. Diilnnrier, I. 752, 754.

‘ 1a' iloeunient où il fait mention de ect achat a été publié d'alwrd. mai» iucoraplètement, par Romonin. Slor. di Venex., III, 400 et ».; il a été donné depuis, en entier, par M. de Ma» Latrie, dan» l&Bibliolh. de V École, des chartes, 1873, p. 50 — 54. «lu en trouve un regeste dan» le» Commrm., I, p. 67 et »., n" 298.

76 Deujrième période. — II. Dévelopjiement du commerce du Levant.

tent à ceste ville, “ et un peu plus loin, par voie de conséquence: „rhascun qui veut aler en Fratere, ou rnttrchans ou autres, prennent leur voie de ceste ville. “ Mais M. Yule a démontré, à l’aide des raisons les plus solides,* que le sens du premier passage a été faussé pai- une note marginale ajoutée après coup, et qu’il n’y est nullement question de l’Euphrate: l’ancien traducteur latin l’avait mieux compris que l’auteur de la glose ; il l’avait simplement rendu pai' ces mots: infra terrant (Orientis); effectivement, dans les deux passages. Marco Polo a écrit fra terre, expression qui, dans sa pensée, désignait l’intérieur de l’Asie. Ce serait donc peine perdue que de chercher à y découvrir une indication précise des pays par lesquels se faisait le transit En tout cas, un fait qui n’est pas niable, c’est l’existence d’un trafic entre la Syrie et l’Asie-Mineure. Fréquemment entravé par les incursions des khans Houlagou, Abaka et Gbazan (1260—1300) et par les campagnes des sultans d’Égypte contre la Petite -Arménie, il continuait cependant de subsister en dépit des difficultés, et la douane de Portella rapportait d’assez beaux revenus aux rois d’Arménie.* Un certain nombre de marchands vénitiens passaient également la frontière sui- ce point et y acquittaient les droits.” D’autres, arrivés en Arménie par mer, trouvaient à s’approvisionner à Lajazzo des produits de la Syrie; témoins ce Michiel et ce Morosini, dont nous avons parlé plus haut à propos d’un achat de six balles de gingembre: ils emportèrent en outre dix-huit sacs de coton d’Alcp. Mais il y en avait toujouis quelques-uns qui, leurs affaires tenninées en Arménie, faisaient le voyage de Syrie; la République de Venise intervint, en 1320, en faveur de ses nationaux auprès du roi Léon V, afin d’obtenir qu’on ne fit pas de difficultés k ceux qui voudraient passer d’Arménie en Syrie; le roi se déclara disposé à leur laisser toute liberté à cet égard, tant qu’il ne serait pas en guem avec les San-asins.* Disons de suite que, dans le passage du document dont nous donnons ici le sens général, la Syrie n’est pas nommée : le nom du pays et remplacé par un mot en apparence énigmatique: “Insem“. L’ensemble du texte fait voir qu’il s’agit d’un pays voisin mahométan, avec lequel l’Arménie était fréquemment en guerre. Ceci suffit déjà pour éliminer le sultanat d’Iconium; d’ailleurs, tout ce qui est dit s’applique clafrement à la Syrie. D faut lire: in Sem:^ le texte original portait évidemment le mot Sem (Scham) usité chez les Annéniens pour désigner la SjTie en général, et spécialement.

' M. Polo, I, 4S, note 4.

’ A partir de 1388, ils furent contraints de céder la moitié des revenus des douanes de Portella et de Lajazzo aux sultau.s d’Égypte: Rajiiald, Annal, eecl., a. a. 1388, n» 9, T. XXrV, p. 881.

* Traités de 1307 et de 1381, dans Langlois, Trésor, p. 167, 183.

* Langlois, ihùt. p. 181.

‘ Pans les Commemoriaii impriir.é», I. p. 827. n" 257. le texte original porte : "in 8»cm“.

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