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V. Fin des colonies de la rive septentrionale dn Pont

rean, le khan des Tatars empêcher les arrivages de l’intérieur de suivre leur voie ordinaire, les diriger sur des points de la côte situés en dehors dn territoire génois, tels que Vosporo (Kertch) et Calamita (près d’Inkerman), et expédier par des navires à lui les marchandises et les esclaves soit vers Samsoun, soit vers d’autres marchés de la mer Noire.'

Cependant, les Protecteurs de la banque de S. Georges ayant intimé à leurs commissaires l’ordre de ne pas prolonger leur séjour à Chio et de se rendre à Caffa à tout prix, dussent-ils pour cela opérer nn transbordement et laisser en arrière une partie de leur monde,* ceuxci durent bien se décider à se mettre en route. Ils passèrent en vue de Constantinople le 3 Janvier 1456, essuyèrent dans le Bosphore une canonnade à laquelle ils échappèrent sans avaries et atteignirent enfin Caffa; ils n’amenaient avec eux que cent hommes.’ Pendant ce temps, les Protecteur espéraient encore arriver à un arrangement par voie diplomatique. Us voulaient tâter le terrain auprès du sultan, voir si l’on ne pouirait pas acheter la paix. Le prétexte mis en avant devait être la nécessité de s’entendre au sujet du tribut k payer pour Caffa; c’est assurément dans ce bnt quïls désignèrent Luciano Spinola’ pour remplir nne deuxième mission à Andrinople. Mais Spinola refusa d’aller se présenter de nouveau au sultan et comme, d’un autre côté, on ignorait le résultat des démarches faites par l’ambassade envoyée de Caffa, les choses en restèrent là pour le moment.’ Finalement, on apprit qu’elle avait acheté la paix en consentant au paiement d’un tribut annuel de 3,000 ducats vénitiens, mais qne Samastri n’était pas comprise dans la convention.’

Ce traité de paix n’empêcha pas les Turcs de canonner, à leur passage dans le Bosphore, deux navires expédiés à Caffa par les Protec.tenrs de la banque de S. Georges. Ils réussirent cependant à passer et, le 22 avril 1455, ils débarquaient à Caffa des armes, des munitions et cinq cents mercenaires dont une partie étaient destinés à aller renforcer la garnison de Samastri, car les Protecteurs étaient bien résolus à ne pas abandonner cette colonie au sultan sans la lui faire chèrement payer.' Quelque temps auparavant deux autres bâtiments, affrétés

' AUi délia Soc. Lig., VI, 111.

’ Ibid. VI, 98 et RS., 119 et 189 et g.

• Ibid. VI, 889. 999, 300.

* A l'époque de aa première ambassade, Spinola avait pour collègrue Baldassare Haruffo: leurs instructiona portaient que le mieux était de ne pas aborder le sujet de Caffa, mais que, cependant, si le sultan en parlait le premier et réclamait un tribut, ils devraient avoir l'air surpris de

cette prétention et se garder de conclure: Atti délia Soc. Lig., XITT, 867 et s.

‘ Ibid. VI, 118—182, 133 et s., 298.

• Ibid. p. 299.

’ Ibid. p. 127 et s., 130 et ss., 134 et SS., 140 et s., 130 et ss., 153 et s., 253 et ss., 270, 288 et ss., 287 et ss., 290 et 8., 293 et ss.. 297, 303 et ss.. 312, 323 et ss., 386 et s.. 328 et ss., 341. 366, 387, 639.

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à Chio par les Protecteurs, avaient déjà pu, à ce qu’il paraît, gagner Gaffa sans accident.' Un ingénieur, nommé Giov. Piccinino, envoyé par eux, s’occupa de remettre les fortifications de C^ffa en état, tandis qu’à Soldaja le consul nouvellement nommé réparait les forts de la place.’ Parallèlement à ces soins de piemière nécessité, les Protecteurs travaillaient à réformer l’administration coloniale, en remplaçant les anciens fonctionnaires, vieillis, négligents, avides, corrompus, par des agents plus pénétrés du sentiment de leur devoir, plus honnêtes et plus désintéressés.’ Leurs efforts pour la mise des colonies en état de défense, pour l’amélioration de leur situation morale et matérielle, portèrent vite leurs fhiits; les habitants reprirent confiance* et une partie de ceux qui avaient fui se décidèrent à rentrer sur l’invitation qui leur en fut adressée.’ Malheureusement, on ne tarda pas à entendre parler de visites d’un ambassadeur turc à la cour du khan tatar;’ c’était la preuve que tout danger d’attaque n’était pas passé; en outre, le spectre de la famine apparaissait, menaçant, car les quelques ports chrétiens de la mer Noire, tels que Moncastro et Licostomo, dont le commerce des céréales faisait toute la fortune, souffraient eux-mêmes de la disette et les Turcs barraient la route aux arrivages d’Occident.' Ën 1456, un bâtiment parti de Gênes avec un chai-gement de grains fut coulé par eux à coups de canon; en 1456, un convoi portant 250 soldats et 7782 sacs de blé resta en panne à l’ile de Chio par la fisiute des capitaines, trop lâches pour oser pousser plus loin.’ Pi'écisément, cet envoi avait été particulièrement coûteux, car le blé était pi-esqu’aussi rare à Gênes que dans la colonie, et, en raison des dangers inhérents au voyage de Gaffa, une expédition dans ces parages coûtait le double ou le triple de toute autre.® Avec tout cela, la banque de S. Georges se voyait obligée de restreindre ses dépenses pour les colonies sous peine de mécontenter ses actionnaires, dont les dividendes étaient déjà réduits de 7 à 4®/o.“ Il était urgent de trouver un expédient L’horizon semblait s’éclaircir: n’était-il pas possible d’abandonner Gaffa à ses propres ressources? Les

’ Atti delta Soc. Lig., VI, p. 303, 387.

’ Ibid. p. 304, 310, 321 et s., 369 et s.

* Voy. les lettres écrites par les colons en témoig^nage de reconnaissance, ibid.

p. 313 et 8., 314 et s., 319 et s., 344 et s., 361 et a. Cela n’empêche que certains Protecteurs, plus rigoureux que d’autres, trouvaient encore à blâmer.

‘ Ibid. p. 289, 296 et s., 326, 334, 387.

* Ibid. p. 193, 610 et s., 927, 930.

■ Ibid. p. 348, 360. 366, 618.

’ Ibid. p. 306, 337, 343, 358 et s., 368, 379 et 8., 383 , 388, 613, 618, 632 et s.. 534, 536 et s., 649 et s.

” Ibid. p. 637 , 644 et s., 646 et t.^ 554 et 88., 574 - 578, 585 et ss., 590, 692 et 88., 600 et ss., 611 et s., 641 et s., 666 et 8.

• Ibid. p. 614, 618, 637.

Ibid. p. 388.

“ Ibid. p. 475, 736; Cuneo, L c.. p. 307.

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consuls résistaient, il est vrai; ils objectaient la difficulté d’obtenir un accroissement des recettes par une au'gravation des impôts; il restait, disaient-ils, peu de marchands dans la ville, et surtout peu de marchands aisés, et ce serait une lourde faute que de surcharger les Arméniens, les Grecs, et, en général, les habitants non génoi&‘ Mais le commerce ne pouvait pas refleurir* tant que les transports de grains courraient risque d’être coulés k fond dans le Bosphore; les mai'chands d’esclaves sarrasins ne se montraient plus k Caffa: et même, depuis que Marino Cicala avait capturé un bâtiment parti de Sinope avec un chargement d’esclaves, ils commençaient à abandonner Calamita (près d’Inkerman).* Malgré ces observations, la banque de S. Georges décréta quelques impôts à titre provisoire, adopta le système de la vénalité pour certaines charges jusque là données gratuitement, et ordonna des poursuites rigoureuses contre les débiteurs des caisses publiques.^ En même temps, elle s’occupait de réduire les dépenses, car les consuls se plaignaient dans lenrs lettres de manquer du nécessaire pour faire face aux dépenses oi-dinaires, à plus forte raison pour les dépenses extraordinaires.^ Ils demandaient trois cents hommes en permanence pour la défense de la ville: les Protecteurs décidèrent que cent cinquante on deux cents au plus devaient suffire; les consuls fixaient à trois le chifire des bâtiments nécessaires pour le service de la colonie; les Protecteurs répondirent que c’était trop. Les tributs à payer an sultan et au khan des Tatars étaient leur grand grief; suivant eux, la banque de S. Georges n’avait rien à y voir et les habitants de Cafia devaient les prendre à leur charge;* d’ailleurs, disaient-ils, on avait le droit, soit de les supprimer, soit au moins de les réduire, attendu que, du côté des Turcs, on avait affiiire à des ennemis toujours prêts à attaquer dès qu’ils le pouvaient, et, du côté des Tatars, les agitations intestines semblaient devoir aboutir à une solution favorable aux Génois.’ C’est ainsi que, le premier danger passé, les dispositions généreuses dont les Protecteurs avaient été

' AUi délia Sœ. Lig., VI, p. 367.

’ D’après un ordre de la banque de S. Georges, le produit de la vente des céréales aurait dû être expédié à Gènes ■ous forme de marchandises en nature; cet ordre ne fut pas exécuté parce que ces céréales ne parvenaient pas è Caffa, mais nous y relevons les noms des articles désignés par la banque de S. Georges comme devant se trouver dans le pays: c’étaient: la soie, la cire, des draps écartâtes, l’or et l’argent. Ibid. p. 686.

' Ibid. p. 366 et s.

* Ibid. p. 661.

‘ Ibid. p. 366.

* En 1469, il fut arrêté que cette charge serait répartie aussi également que possible entre les habitants; ibid. p. 919; voy. encore VII, 1, p. 427.

’ Les Protecteurs émettent cette opinion dans trois lettres datées du 3 mars, du 22 mars et du 27 — 29 nov. 1466.

Ibid. p. 536 et BS., 686 et ss., 667 et ss. Les instructions du 8 févr. 1468 sont rédigées dans le même esprit; ibid. p. 808 et sa.

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animés à l’égard des colonies firent place à un esprit d’économie exagérée. Certains cas de force majeure seuls les décidaient de temps à autre à s’écarter de ce principe. De la sorte, un moment arriva où il devint difficile de pourvoir aux fonctions coloniales; les refus se multipliaient de plus en plus pour deux motils: les dangers inhérents à la situation et l’insuffisance des traitements. On se décida en rechignant à augmenter celui du consul de Cafia et on conféra pour deux ans d’autres fonctions de moindre importance, afin de donner aux titulaires le temps de jouir plus longtemps de leurs appointements.'

Au reste, les efforts de la banque de S. Georges en faveur des colonies de la mer Noire n’étaient pas isolés. Les papes, et entre tous Calixte III. portaient le plus vif intérêt à ces avant-postes de la chrétienté. Ils ordonnèrent des quêtes dans le territoire génois et dans les pays circonvoisins, renoncèrent en faveur de la banque de S. Georges aux dîmes dont le clergé de ces diocèses envoyait d’ordinaire le produit ù Rome, et, tout en s’occupant des préparatifs d’une croisade générale contre les Turcs, ils ne perdirent jamais de vue les intérêts spéciaux des colonies génoises du Pont* Mais la croisade rêvée par Calixte DI et Pie n n’eut jamais lieu; leurs préparatifs aboutirent à l’envoi d’une flotte qui, du moins, tint les Turcs en respect et assura le repos des principautés chrétiennes de l’Archipel pendant les années 1466 et 1467; quant aux colonies dn Pont, elles attendirent vainement l’apparition de la flotte puissante et victorieuse qui devait venir d’Occident mettre un terme k leur détresse.

En 1469, on reçut à Gênes une nouvelle déplorable : les finances de la colonie de Gaffa présentaient un déficit énorme et il était urgent de porter remède k cette situation. Les Protecteurs expédièrent une somme de 1800 sommi (valant entre 6 et 7 lire génoises le sommo) à titre de secours extraordinaire, et de nouvelles instructions sur les économies k réaliser: par exemple, réduction du chiffre des mercenaires entretenus, k cent pour Caffa, k trente pour Samastri, abaissement du chiffre des traitements, usage de la contrainte contre les débiteurs de la commune etc.* La réduction de l’effectif des troupes était une faute dont ils comprirent vite d’eux-mêmes la portée,* car, en 1460, à la nouvelle que le sultan se préparait k envoyer une expédition dans la mer Noire, ils se hâtèrent d’expédier à C^fta deux bâtiments avec cent cinquante

' Atli delta Soe. Lig., VI, p. 73fi, 737 et *., 749 et s., 762, 799 et s., 906; VII, 1, p. 109, 267. Le traitement du suppléant (vicaire! du consul de Caffa est augmenté et la durée de ses fonctions portée à trois année.s; ibid. p. 802 et s.

’ Voyez les listes de ces dîmes, ibid.

p. 224 et SS., 446 et as., 678 et ss.

’ Ibid. p. 910 et ss., 914 et ss., 920 et a * En 1466, le chiffre de la garnison fut de nouveau porté à cent -cinquante hommes: ibid. VII, 1, 379.

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