V. Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont
hommes de renfort ‘ La nouvelle était prématurée et l’ennemi ne se montra pas. Sauf une guerre avec le seigneur de Sinope pendant l’hiver de 1468 — 1459, guerre dont nous ne connaissons ni l’origine ni l’issue,* la colonie de Gaffa eut en général, à cette époque, plus à souffrir de ses difScultés intérieures que des attaques de l’extérieur. Il en fut autrement de celle de Samastri. Celle-ci payait depuis longtemps tribut aux Turcs;* néanmoins, en 1459* Mahomet II se présenta inopinément devant les murs de la place; elle se rendit, parai tril, sans coup férii* et le vainqueur transféra de force les deux tiers de la population à Constantinople.* En perdant Samastri, les Génois perdaient non pas leur plus importante possession de la mer Noire, comme le disent MM. Hammer* et Zinkeisen,’ mais une bonne station navale et un refuge parfaitement placé sur la route de Trébizonde et de Caffa. A Gênes, un ne se dissimulait pas que, de toutes les colonies, c’était la plus exposée;* aussi lui âiisait-on toujours sa part dans les envois de troupes, d’armes ou de blés dirigés sur Caffa. Au cours des deux annnées suivantes, Sinope et Trébizonde subirent à leur tour le même sort; nous l’avons déjà vu.
Les établissements des Génois au nord de la mer Noire étaient sauvés jusqu’à nouvel ordre.* Provisoirement, le sultan se contentait du tribut que la ville de Caffa lui payait depuis 1454 et, à partir de ce moment, la banque de S. Georges tint strictement la main à la ponctualité des versements. Les choses durèrent ainsi jusqu’en 1466. Cette année -là, des faucons destinés au sultan et embarqués sur un vaisseau du port de Caffa ayant péri en route, le sultan exigea pour l’année un supplément de tribut de six cents ducats.*® Avec l’autre puissant voisin, Hadji-Gueraï-khan, on eut encore moins de peine à maintenir
' Alli delta Soe. Lig., VU, 1, p. 38, 45 et s., 47 et s., 50 et e., 56 et 57 et 88., 68 — 69, 74 et 8., 79. On fit partir d'un autre c5té, par voie de terre, une troupe composée d’hommes armés seulement en partie; elle était placée sous la conduite de deux bourgeois de Caffa, Constanào de Sarca et Cristiano Cattaneo : v. Chmel, Regeeten K. Friedriehe III, n“ 8867.
’ Atti, VI, 900.
• Ibùi. Xm, 269.
* Pour cette date, voy. CritobuL, éd. Huiler, p. 126 et s.
‘ Chaicoc., p. 460 et s.; CritobuL, p. 196.
' Otteh. de* ostmin. Reieht, II, 50.
’ Gaeh. de* otman. Reieh* in Europe, n, 337.
' Atti délia Soe. lAg., VI, 818.
’ Cependant, à Caffa on était toujours inquiet et on cherchait tous les moyens de garantir la sécurité de la colonie: c'est ainsi qu'en 1469 Raffaele Monterosso, consul de Caffa, pria Casimir, roi de Pologne, de la comprendre à titre d'alliée dans le traité qu'il négociait en ce moment avec le sultan et le khan: Oiom. lig., n, 379.
Atti délia Soe. Lig., VU, 1, 370, 550, 731. Suivant Dei (dans Pagnini, U, 249) U devait toujours y avoir, dans le tribut payé annuellement au sultan, on lot de cinquante faucons de chasse.
392 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.
l’entente pacifique.^ Qnuit anx princes de moindre importance, tels que le Bendian de Mingrélie, à qui appartenait Sebastopolis,’ et Étienne, voivode de Valachie, dans la dépendance duquel se trouvait Moncastro, on évitait autant que possible tout conflit avec eux pour ne pas s’exposer à une prohibition de commeiee, ou se laisser entraîner dans une série de complications à l’inflni; si les citoyens ou les protégés de Gênes avaient des réclamations élever contre eux, on préférait les ajourner que d’avoir recours à la force pour les faire valoir, quelque bien fondées qu’elles fussent.* A Gaffa même, les Protecteurs s’efforçaient d’étouffer tous les genres de discorde entre les habitants et de maintenir les sujets grecs et arméniens en bonne disposition;* en cas d’attaque de l’ennemi, il importait de pouvoir lui opposer une population parfaitement unie. D’un autre côté, les travaux d’achèvement et de perfectionnement des fortiflcations étaient activement poussés sous la direction d’ingénieurs occidentaux; on comblait dans les arsenaux les vides produits moins par les besoins de la guerre que par des soustiactions et des détournements trop fléquents; on tenait les magasins de vivres toujours au complet; pour remédier au manque d’eau, on creusait une citerne.* Grâce â toutes ces mesures, le sentiment de la sécurité rentra dans les cœurs; la situation matérielle s’améliora et le commerce luimême eut un regain de prospérité.*
Ce qui avait le plus nui au commeice, c’était la terreur inspirée par les canons turcs dans le Bosphore. A la date où nous sommes, il se produisait bien encore par-ci par-là quelque temps d’arrêt,’ mais, en général, à condition de se soumettre à des visites ennuyeuses et de payer un droit de passage, les navires de commerce occidentaux faisaient la traversée sans accident* Voici un exemple qui le prouve. Les Protecteurs désiraient assurer la régularité des arrivages de blé de Gaffa
‘ Atti délia Soe. Lig., VH, 1, p. 339, 346, 371, 401, 443.
’ Ibid. p. 883; Oios. Barbare, Viaggio alla 1\ma, p. 16.
• Atti, Vn, p. 338 et s., 367, 634.
* Ibid. p. 277 et ta., 347 et a., 362 et I., 374, 487; VH, 2, p. 80 et a., 36 et a., 101 et aa., 106 et a., 118 et a. Ed 1439, on ne comptait paa moina de 30,000 Ânnéniena à Caffa; Atti délia Soe. Lig.. V, 415. Vera 1476, ila formaient lea deux -liera de la population. Ibid. VII, 2, p. 343.
‘ Ibid. p. 870, 374, 407, 412, 465 et a., 490 et a., 492 , 629 et a., 633 , 664, 730 et a., etc.
• Ibid. p. 363, 369, 432.
’ Ibid. p. 106, 412.
' En 1460, le gouvernement florentin oaa donner aon conaentement au départ d’une ou deux galères pour la mer Noire; l’objectif du voyage était une viaite aux ports de Trébizonde et de Caffa, en passant par Constantinople: mais si ce projet fut mis à exécution, ce qui n’est pas démontré, cette tournée fut, en tout cas, une exception, car elle sortait des limites dans lesquelles se renfermaient d’habitude les navires de commerce florentins: Doe. sttiie relax, lose., p. 296.
F. Fin des eolomes de la rive septentrionale du Pont.
k Gènes. Mais comment arriver à ce résultat? Us profitèrent dn départ des ambassadeurs chargés de remettre au sultan le tribut de Cafia, pour lui soumettre la proposition suivante; s’il consentait k laisser expédier annuellement, de Caffa k Gênes, une quantité de 6 à 10,000 simri de blé, eux, de leur côté, promettaient de faire prendre par les mêmes vaisseaux, comme fret de retour, des articles au goût de ses sujets ou tout au moins soumis à des droits assez forts pour rapporter une somme considérable k son trésor.* Les marchands de blé de Caffa faisaient d’ailleurs des affaires partout où ils en trouvaient l’occasion, avec les musulmans comme avec les chrétiens, sans distinction; on peut se figurer que les marchands d’esclaves n’étaient pas plus scrupuleux.* Les navii*es de commerce du port de Cafta parcouraient toutes les côtes de la mer Noire et, réciproquement, les échelles génoises de Caffa, de Soldaja et de Cembalo étaient fréquentées par les marchands de la Valachie comme par ceux de Trébizonde et de la Géorgie.*
Les relations d’affaires avec la mer d’Azov subsistaient toujours. Cependant, le moment approchait où le port de Vosporo (Kertch), situé k l’entrée de cette mer, allait perdre’ toute son importance. lies Génois s’étaient fait céder cette ville, antérieurement k 1429, par un khan tatar dont nous ignorons le nom. La seule condition posée par celui-ci avait été le maintien d’un bureau de douane pour son compte.* Ils y établirent un consulat: ce fait ressoil des statuts de 1449;* mais nous ne connûssons que les noms de deux consuls, celui de 1465, Antonio Carato, et celui de 1456, Francesco Fieschi.* Par la suite, la Banque de S. Georges jugea inutile le maintien d’un consul k ce poste et même, en 1471, on se demandait s’il n’y aurait pas lieu de démolir la ville pour l’empêcher de servir de point d’appui aux Turcs dans le cas où ils prendraient l’offensive.’ Ainsi, le commerce des grains, qui autrefois donnait de l’animation à ce port, avait pris une autre direction et avec lui la vie s’en était retirée.* Tana, au contraire, gardait une certaine importance comme entrepôt; aussi les Génois comme les Vénitiens y conservaient-ils leurs quartiers
' Atti deila Soc. Lig., VII, 1, p. 339 avait abandonnée, i, ce qu’il parait, et et 8.. 869. qui restait & la disposition de qui voudrait
’ Ibid. p. 401. s’en emparer. En effet, l’Iherezonda (Che-
* Ibid. Vn, 1, p. 371; 9, p. 617, 677, rezonda) des documents, de même que la