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V. Fin des colonies de la rive sejderUrionale du Pont

avait pris cette tournure favorable, les Protecteurs de la banque de S. Georges pouvaient à bon droit s’en attiibuer le mérite. En effet, dans les instructions données aux consuls de Caffa, ils revenaient sans se lasser sur la nécessité d’agir dans un esprit de conciliation k l’égard de leur voisins, et d’autre part, ils cherchaient à gagner l’esprit de ceuxci en leur écrivant les lettres les plus aimables,* ce qui ne les empêchait pas d’interdire aux colons toute démarche qui eût pu être interprétée comme un acte de dépendance à leur égard ou donner naissance à des complications.

Après la mort d’Hadji Gueraï, ses héritiers se disputèrent sa succession. Le second de ses fils, Nour Devlet,’ eut d’abord le dessus, mais, dès 1467 ou, au plus tard, en 1468, il fut renversé par le sixième., nommé Mengli Gneraï. Le gouvernement de Cafifa avait fourni à ce dernier un renfort de mercenaires; après sa victoire, elle lui rendit encore le service de garder en prison le [malheureux Nour Devlet et quatre de ses frères. En témoignage de reconnaissance, le nouveau khan alla en personne visiter la ville en 1468, renouvela les anciens traités conclus avec la colonie et lui fit remise d’une partie de son tribut.* A Gênes, on fondait de grandes espérances sur ces témoignages de bienveillance; on se figurait déjà qu’en cas d’attaque des Turcs, le khan de Crimée prendrait parti pour Caffa. Au mois de novembre 1470, l’attaque toujours attendue parut imminente : Mahomet II ne prétendait-il pas élever d’un conp le tribut annuel de 3,000 ducats à 8,000? L’émoi fut grand à Caffa: les Protecteurs de la banque de 8. Georges ne croyaient pas une guerre absolument inévitable, mais, au cas où il faudrait en venir là, ils comptaient fermement sur la résistance que la place pouvait opposer, grâce au bon état d’entretien de ses fortifications: néanmoins, ils lui envoyèrent encore un petit renfort d’hommes d’élite.* De son côté, le gouvernement de Caffa négociait avec le sultan et obtenait de lui qu’il réduisît ses prétentions de moitié, c’est-à-dii'e à 4,000 ducats. Cet arrangement semblait garantir pour longtemps le maintien de la paix et les Protecteurs crurent pouvoir, sans inconvénient, réduire la garnison de Caffa à 150 mercenaires ou à 200 tout au plus.*

C’est vers cette époque que Venise fit alliance avec Ouzoun Hassan, sultan des Turcomans: ce fait créait une situation qui pouvait devenir des plus dangereuses pour les Osmanlis. Le florentin Benedetto Dei*

' Âtti délia Soe. Lig., VI, p. 665 et I., 660, 816; VH, 1, 490, 662, 671, 767, 789, 867 et a, 878 et ».

’ Aboulithazi, Hitt. de» Mongol», éd.

Deimaiaouii, II, 187.

* AUi. Vn, 1. p. 459 et s.. 464. 487,

490, 495, 516 et se., 662, 628, 655, 674. 730, 778, 797 et ss., 806.

* Ibid, vn, 1, p. 743, 747 et ss., 763,

‘ md. vn, 1, p. 764, 778, 886, 877.

“ Dans Pavnini. Deüa décima, n. 249.

400 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.

affirme que les Génois de Gaffa accédèrent à cette entente: c’est une erreur assurément, car voici un fait qui prouve ce dont ils étaient capables pour éviter d’offenser le sultan. En 1473 et en 1474, deux Vénitiens, Caterino Zeno et Ambrogio Contarini, passèrent par Gaffa. Le premier venait de la cour d’Ouzoun Hassan et se rendait auprès de divers princes chrétiens, pour travailler k un rapprochement entre eux et le prince turcoman; le deuxième allait lui porter un message du gouvernement vénitien, le sommant d’ouvrir les hostilités contre les Osmanlis. Pour pouvoir loger chez des compatriotes, ils durent tous deux dissimuler soigneusement leur présence,' car le consul génois avait défendu à tous les habitants, sous peine d’une forte amende, de les recevoir dans leur maison et de leur prêter assistance d’une manière quelconque: “car, ajoute Zeno, Gaffa obéissait au sultan et lui payait tribut." Quand une ville en est arrivée à ce point de bassesse, elle est mûre pour la conquête. Le sultan n’avait plus qu’à faire un semblant d’attaque pour transformer Gaffa de ville tributaire en ville sqjette. L’occasion se présenta en 1475, à l’instigation d’un personnage important pai-mi les Tatars. On sait que les Tatars établis à Gaffa et dans les envii'ons étaient placés sous la juridiction d’un fonctionnaire de leur nationalité, appelé par eux Tudun (gouverneur), et par les Génois CapUano ddla campagna. D’habitude, le khan de Grimée ne le nommait qu’après entente préalable avec le consul de Gaffa, avec ses conseillers, et avec une commission de quatre membres, dite Uffùtio deUa campagna. Âu commencement de 1473, le titulaire de cet emploi, nommé Mamak, vint à mourir; c’était un personnage extrêmement influent et il occupait cette situation depuis de longues années. Son frère Ëminek lui succéda: dans le commencement, les Génois n’eurent qu’à se louer de ce choix, mais, au bout d’un certain temps, il émit des prétentions exagérées; n’ayant point trouvé d’appui dans le gouvernement, il lui jura une haine à mort et fit son possible pour affamer la colonie.* Or, la veuve de Mamak rêvait de lui faire enlever sa place et de lui substituer son fils à elle, nommé Sertak, personnage peu méritant d’ailleurs et, en outre, détesté de presque toute la population tatare. Elle chargea un Génois, Gonstantino di Pietra R(»sa, de travailler en faveur de son fils; cet agent essaya de la corruption, mais il avait affaire à des hommes d’une probité éprouvée: ses premières démarches échouèrent. H attendit pour les renouveler le changement du personnel: effectivement, en 1474, *il réussit à s’assurer

‘ Viaggi alla Tana, p. 63; Samnsio, Viaggi, H, 224. Cela prouve qu’il y avait encore alors une colonie vénitienne à Caffa; en 1473, elle avait pour consul

Cristoforo de Galle: Berchet, La repubblica di Venexia e la Persia, p. 137 — 139.

’ Atti délia Soe. Lig., VII, 1, p. 490, 736 , 766; VU, 2, p. 66 et s., 120 et ss.

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