‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 116 sur 251 · V. Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont · texte numérisé non relu

V. Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont

le concours d’abord d’un des deux membres de YUffisno délia campagna puis d’Oberto Squarciafico, l’un des deux conseillers du consul, et, finalement, de tous ceux qui avaient un mot à dire en cette affaire, sans en excepter le consul Antoniotto délia Gabella lui-même. Au mois de déctembre 1474, ces fonctionnaires peu scnipuleux tâchèrent à leur tour de faire entrer le khan dans leurs vues, et, pour détruire Éminek dans son esprit, ils l’accusèrent de s’entendre avec les Turcs.’ Mengli-Gueraï consentit k la destitution d’Eminek, mais il déclara qu’il lui était impossible de mettre Sertak â sa place et que son choix s’était porté sur un cjindidat, autiement méritant et autrement populaire, nommé Kami Mirza. Quand il se rendit à Caff'a pour y pi^océder à l’installation du nouveau Tudun, il se heuita à une vive résistance. Oberto Squarciafico était au premier rang parmi les oppo.sants.; il ne perdait pas de vue les 2000 ducats que lui avait promis, en cas de succès, la mère de Sertak. Au cours d’une harangue violente, il ne craignit pas de donner à entendre au khan que, s’il ne se prononçait pas en faveur de Sertak, on pourrait bien relâcher ses frères, scs anciens rivaux, vaincus par lui, détenus d’abord par les GénoLs à (’affa, et qui se trouvaient en ce moment à Soldaja.* Mengli-Gueraï céda et Sertak fut inve.sti des fonctions tant disputées. Mais cette intrigue ne tarda pas k jwrter ses fruits. Presque tous les nobles tatars prirent paiti pour Éminek, s’insurgèrent contre le khan et inritèrent le sultan des Osmanlis à s’emparer de Caffa et des autres colonies génoise.s.’

‘ n re.ssort «l'une lettre publiée par M. Cniiale (fklh Orimen. III, 346 et ss.) que ce n'était pa.s là une pure calomnie.

’ .Sur leur transfert dans œtte place forte (1471), voy. Alli delta Soc. Lig., vn, 1, p. 799; VII, 2, p. 2b. 63.

* Pour faire cet exposé des i-auses qui amenèrent la chute de OalTa, j'ai puisé particuliérement dans la relation d’Ag.

Ginstiniani (p. 226, b — 227, b); elle abonde en détails et porte tous les caractères de la véracité. U nomme son témoin, un certain Cristophoro da Mortara, qui avait assisté à l'installation de Sertak. Foglietta (p. 626 et s.) le copie, comme d'ordinaire. Noua poa-sédons en outre un rajv port sur la chute de Caffa, écrit par un témoin oculaire et portant la date du 15 aofit 1475; M. Cauale l’a trouvé dans le dossier des Strozzi, aux archives de Florence , et l'a publié dans sou ouvrage H

iJella Crimea, III, 346 et ss.; le récit des faits concorde, en gi'méral, parfaitement avec celui de Oiustiniani, mais l’auteur ne reprend pas les choses d'aussi loin; pour les événements antérieurs, il renvoie son lecteur à une lettre du 23 février 1476 qui a jirobablement été égarée. Qios. Barbare dit également que tous les détails qu'il donne sur la chute de Caffa, il les tient de la bouche d'un témoin oculaire, le Génois Ant da Guasco; cependant il commet des erreurs nombreuses (Viaggi.

p. 17); ainsi, quand il cite le concurrent d’Émiuek au poste de Tudun, il nomme Mengli au lieu de lertak: il considère encore les khans du Kiptehak comme les suzerains de Caffa, tandis que depuis longtemps, nous le savons, les khans de Crimée avaient hérité du pouvoir souverain sur la presqu’île. Suivant Ualipiero (Aunai. Venel, p. 111), Caffa aurait succombé

402 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.

Mahomet II n’attendait évidemment que cette invitation. Au printemps de l’année 1475, il expédia dans la mer Noire une flotte nombreuse et bien armée,* sous les ordres du grand-vizir Queduk Ahmed-Pacha; le 31 mai elle arrivait en vue de Gaffa; elle mettait à terre les troupes de débarquement le 1” juin, l’artillerie, le 2, et elle ouvrait immédiatemeul le siège. La majorité de la population tatare s’était ralliée aux Turcs sous la conduite d’Éminek. Mengli-Gueraî, abandonné de son peuple, craignant de ne pouvoir tenir dans Kerkri, sa résidence ordinaire, s’était jeté dans Gaffa avec quinze cents cavaliers fidèles. Depuis plusieurs mois, cette attaque était prévue; on avait eu tout le temps de faire les préparatifs de défense; néanmoins, la résistance fut très molle. Le 4 juin, les vieux murs tombaient sous les coups de l’artillerie ennemie, mais, en arrière, s’élevaient des murailles toutes neuves; aussitôt après avoir démoli les premières, l’ennemi commença à les battre en brèche; on pouvait aV tendre, juger du degi-é de résistance dont elles étaient capables: les habitants, atterrés par le nombre des assiégeants, n’en eurent pas le courage; le 6, ils demandèrent un armistice et dès le même jour ils capitulaient* Le commandant des forces turques leur promit-il la vie sauve et la conservation de leurs propriétés contre paiement d’une contribution de tant par tête (kharadj)? ou bien les négociateurs envoyés au camp des Tui’cs prirentrils sur eux, à leur retour, pour calmer la population affolée de terreur, d’annoncer qu’ils n’avaient accepté la capitulation qu’à cette condition? c’est un point resté obeur: les sources* ne l’établissent pas avec netteté. La ville renfermait 8000 maisons et une population de 70,000 âmes:* après la remise de la place entre les

par la trahiaon de huit bourgeoia qui, dit-il, appelèrent lea Turca et promirent de leur livrer la place ai l’on voulait leur promettre le quart du butin: cela eat évidemment faux. Benedetto Dei (p. 269) attribue l'attaque du aultan & ce que Caffa, colonie gènoiae, aurait eu alora, comme la mère-patrie, pour aeigneur auzerain, le duc de Uilan, allié de Veniae et, par conséquent, ennemi dea Turca. D n’eat pas impossible que ce motif ait influé pour une part sur la résolution du sultan, mais assurément il n’a pu le faire que d’une manière tout à. fait secondaire.

' On trouve les renseignemeuts les plus sflrs sur la composition de cette flotte, dans la relation d'un espion originaire de Sainte-Maure; il assista i son départ de Constantinople, le 19 mai, et compta 180

galères, 3 galéasses, 170 bitiments de charge et 120 bateaux affectés au transport des chevaux: Âtii délia Soe. Lig..

Vn, 2, p. 476. Suivant une autre source (ibid. p. 488), le nombre des voiles aurait été un peu moins élevé; Sanuto (FV, 326) donne un chiffre beaucoup trop faible.

’ Suivant Laudivio da Vezzano, ce fut une émotion populaire qui contraignit les autorités de capituler. Une relation écrite par un habitant de Chio disculpe les colons italiens: suivant elle, s’ils renoncèrent i la résistance, c’est qu’ils y furent obligés par les Grecs et les Arméniens qui fo^ maient la grande majorité de la population: Atti, L c., p. 480.

* Halipiero, p. 111: Relaxûme deUa prêta di Caffa, dans Canale, III, 349.

* AUi, vn, 2, p. 480, 482.

Digitii- ' '

Page 1