‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 117 sur 251 · V. Fin des colonies de la rive seplentriMuüe du Pont · texte numérisé non relu

V. Fin des colonies de la rive seplentriMuüe du Pont

mains du vainqueur, tout ce monde passa plusieurs jours dans l’attente de son sort. Les étrangers établis dans la ville, Valaques, Polonais, Russes,' Géorgiens, Tcherkesses etc. furent les premiers fixés à cet égard: tous leurs biens, dont la valeur s’élevait à plus de 260,000 ducats, furent confisqués et eux -mêmes vendus comme esclaves ou jetés dans les fers. Le 9 et le 10 juin, tons les habitants de Cafia, Latins, Arméniens, Grecs, Juifs etc. durent fournir des renseignements exacts sur leur situation personnelle, leur famille, leur fortune; le prétexte de cette enquête était la fixation du chiffirc du kharadj. Effectivement, pendant les jours suivants, le vainqueur firappa les habitants d’une contribution (kharadj) variant de 15 à 100 aspres par tête, suivant la situation de fortune de chacun.' Pendant les mêmes journées (12 et 13 juin), les chefs turcs passèrent en revue toute la jeunesse masculine et féminine, pour y faire un choix d’esclaves destinés au sultan: suivant Un des auteurs qui rapportent ce fait, 1500 individus des deux sexes, suivant un auti'e 3000, suivant un troisième un nombre bien plus grand encore, dont 5000 jeunes garçons, furent ainsi arrachés des bras de leurs familles; leur départ donna lieu U des scènes déchirantes. La mesure paraissait comble et on pouvait croire le grand -vizir satisfait. Mais à peine la population avait-elle, sur son ordre, repris ses occupations ordinaires, qu’il publiait un nouveau décret poilant ordre à chaque habitant, sous peine de mort, de payer en argent comptant, dans un délai de trois jours, une somme égale à la moitié de la fortune portée sur sa déclaration. Ceux qui ne purent pas s’exécuter, et c’était le grand nombre, furent soumis à toutes sortes de tortures. Enfin, le 8 juillet, ordre fut donné à tous les habitants de race latine de s’embarquer avec tout ce qui leur restait de leur avoir sur des navires turcs qui devaient les transporter à Constantinople. Le 12 juillet, tons les colons italiens quittaient Cafia, incertains du sort qui les attendait dans la capitale ennemie." Pendant la traversée, une révolte éclata à bord

' Sur les marchands russes à Caffa, Toy. Karamsin, Oeseh. des rues. Reieht, VI, 68. En 1474, une caravane organisée par les marchands de Caffa ayant à traverser, à son retour de Russie, le territoire du souverain de Moscou fut attaquée et pillée par un parti de cosaques: les colons se dédommagèrent en saisissant tout ce qui appartenait à un certain nombre de marchands moscovites (Rutheni de Moscho) établis dans la ville: AUi, 1. c., p. 114 et s.

' L’aspre de Caffa avait & peu prés

la valeur de quinze centimes de notre monnaie; c’est ce qu'établit M. Desimoni dans le supplément de l’ouvrage de M.

Belgrano, La viia prirata dei Oenottai, S* éd.

” L’auteur de la Relazione que nous citons un peu plus haut (Canale III, 346 et SS.) assistait à la prise de Caffa et tenait, jour par jour, une note exacte de tous les faits, pendant et après la catastrophe. Le récit d'Ag. Qiustiniani et celui de Ualipiero concordent à peu prés sur tous les points avec le sien. On possède une 86»

404 Troisiènu; période. — Décadence du commerce du Levant.

de l’un des vaisseaux; les transportés massacrèrent l'équipage et prirent la fuite vers Moncastro (Akjerman); mais, quand il s’agit de partager le riche butin qu’ils avaient trouvé sur leur vaisseau, ils ne purent s’entendre; le seigneur d’ Akjerman les mit d’accord en saisissant le tout et les expulsa de la nlle les mains vides.* Les autres anivérent à Constantinople, on on leur assigna un quartier de la \ille resté jusqu’alors désert, et payèrent le kharadj au sultan. Parmi eux se trouvait cet Oberto Squarciafleo dont la vénalité avait été l’une des principales causes de la catastrophe; quelques jours après son débarquement, il eut la tête tranchée à l’instigation d’Éminek probablement Mengli-Gueraï avait été fait prisonnier avec tous les autres; après avoir passé par des angoisses mortelles, il eut la vie sauve et même il fut plus tard renvoyé en Crimée et y reprit le sceptre comme vassal du sultan.*

En attendant, les Turcs poursuivaient en Crimée le cours de leurs conquêtes: en une seule campagne, toute la côte méridionale tomba en leur pouvoir. Ijes sources mentionnent, entre autres choses, que leui's conquêtes se terminèrent par celle de la Gothie.® et Broniovius a transmis à la postérité, au sujet des derniers joui-s de la colonie de Soldaja, quelques détails qu’il tenait de la bouche d’un métropolite grec. Soldaja, défendue pai‘ une garnison peu nombreuse mais énergique, soutint un long siège et ne put être réduite que par la faim. Au moment où les Turcs pénétrèrent dans la citadelle basse, un combat furieux s’engagea dans l’une

lettre de Laudinu da Vezzanu, écrite de Rhodes, ilans laquelle il annonce au l'ardinal de Parie la chute de Cnffa (.larohi CardinaJin Papieims epùlola , u” (U1 :

se trouvent d la suite des Pü 11 cotninetitarii, a Joli. Oubelliuo compositi, Franeof. 161-t, fol. 873 et s.; publiées de nouveau par M. A. Xeri dans le Giorn. ligiist., II. 144 et 88.). Laudivio da Vezzano se montre bien informé sur certains points de détail, mais il ne faut pas prendre au pied de la lettre son tableau des massacres et des exécutions qui eurent lieu pendant les jours qui suivirent la prise de la ville: c'est un morceau déclamatoire. On trouve encore des détails précieux dans certaines relations très brèves, originaires de la Valachie, de Chio, de Raguse, et réunies dans les Alti, VII , 2 , p. 477 — 489. U. Siestrxencewicz (p. 336 et s.) cite des faits nombreux empruntés à des traditions arméniennes inédites. Dans l'im-

jMssibilité où Je suis de remonter à la source, je préfère ne pas reproduire ce qu'il rapporte, car son exposé semble tenir beaucoup de lu légende. Eu voici un exemple: d'après lui, la ville aurait été livrée par quelques Arméniens et, pour toute récompen.se de leur trahison, ils auraient été livrés au bourreau et pendus sur le vais, seau amiral turc; autre exemple: un évéque de Caffa, nommé Siméon, serait parti pour Kiev, d'où il comptait ramener du renfort: à son arrivée il aurait appris é l'improviste la prise de la ville par les Turcs et serait tombé mort sur le coup.

' Ag. Giustiniani, p. 228. U. Bruun tCol. Hal. en Gax., p. 77 et s.) donne de ces faits un récit un peu différent, qu'il à emprunté à d'autres sources.

’ Hammer. Qtteh. der CItane lier Krim.

* Uistoria politica Cpot.. éd. Bonn., p. 45.

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