‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 118 sur 251 · V. Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont · texte numérisé non relu

V. Fin des colonies de la rive septentrionale du Pont

des églises construites dans cette partie de la place; tous ceux qui s’y étaient réfugiés y trouvèrent, à proprement parler, leur tombeau, car les Turcs, après avoir tout massacré, laissèrent les cadavres amoncelés les uns sur les autres et se bornèrent à murer les poides et les fenêtres.' Quelques écrivains ont prétendu qu’un certain nombre de colons avait fui dans les montagnes et pris part, sans succès d’ailleurs, à la défense de la forteresse de Mangoup contre les Turcs;* mais les sources n’en disent pas un mot. .\u reste, on connaît maintenant assez exactement comment les choses s’y passèrent au deniier moment Le prince Alexandre, fils et successeur du seigneur de Mangoup (Théodoroi), ^ trouvait à la cour de Moldavie, où sa sœui- était mariée au voivode Étienne. Il la quitta peu de temps avant la chute de Caffa, pour prendre possession du château de ses pères.* Assailli à son tour par les Turcs, il les battit dans cinq renconties et les contraignit de renoncer provisoirement à leur entreprise;' mais, au bout de quelques mois, ils revinrent à la charge et la famine accomplit ce que n'avait pu faire la force; au mois de décembre 1475, la forteresse (Alexa quam vulgo Thodorizam vocant) capitula; dirigé avec sa famille sur Constantinople, le prince eut la tète tranchée; son épouse et ses filles furent enfermées dans le harem du sultan.*

Toutes les autres colonies, nous l’avons déjà dit, subirent tour à tour le même sort. Anapa, dont Tamerlan avait détruit le faubourg sans pouvoir entamer le corps de place, succomba une des premières.* Chassé de Matrega, Zaccaria Ghizolfi rallia autour de lui les habitants de la ville, expulsés comme lui, et une partie de la population de Copa; il mena pendant quelque temps une vie errante dans la presqu’île de Taman, en butte aux mauvais traitements des petits princes du pays, dont il n’obtenait les bonnes grâces qu’à force d’argent;* "il finit par passer en Russie où il se fixa, paraît-il, définitivement* La prise de Tana couronna la ruine des colonies génoises; nous n’en connaissons point les détails.* Au reste, pendant longtemps encore, quelques familles

' Bronioviu8, p. 10.

’ Serra, III, 234; Oanale, Delta Crimea, U, 147.

’ Atii délia Soe. lÀg., VH. 2, p. 477,

‘ Canale. Délia Crimea, III, 354.

‘ Atti, 1. c., p. 488.

‘ Evliyya effendi, Narrait te of Ira tels, tranal. by Hammer, II, 58 et s.

' Voyez «ne lettre de lui, datée du “12 Aug. 1482 ex campania prope caatrum Matrice'', communiquée par M. Belgrauo

dans le Rendieonto délia Soe. Lig., 1866 — 1866, p. 189 et s. (Atti, IV, p. cclvii et a.) : il demande précisément à la banque de S. Georges une somme de mille ducats dont il a besoin pour cet usage.

" Odesa. Sap., V, 272 — 274; Bruun, Not. mtr les colon, ital. en Oax., p. 33. et Oiom. liguai., I, 343 et ss.

’ On trouve par ci par là quelques mots à ce sujet dans Malipieri, Annali, p. 112; Relax, delta presa di Caffa, 1. c., p. 352; Atti, 1. c., p. 488 (duo ad Tanam

génoises continuèrent d’habiter Azov (c’est le nom qui fut substitué par la suite à celui de Tana) et d’y jouir d’une situation prospère: on cite dans le nombre celle des Spinola.* A CafFa même, le nom Génois ne disparut pas tout à fait;’ les survivants de la conquête se réunirent et fondèrent, près de la ville de Baghtchèsémï, une petite colonie qui acquit une certaine importance; ils obtinrent même des priAriléges qui leur permirent d’y vivre en paix et d’y jouir de l’exercice de leur religion.’

La domination génoise avait laissé en CYimée des traces trop profondes pour que son souvenir s’éteignît avant longtemps. Les éléments chrétiens de la population, et par là nous entendons non -seulement les Italiens, mais encore les Grecs et les Arméniens, en appelaient de leurs vœux le retour; le khan de Crimée lui-même, Mengli-Gueraï, y était si peu opposé qu’il alla jusqu’à offrir aux anciens maîtres de la côte de l’occuper de nouveau. L’un des anciens colons, réfugié en Pologne, Andreolo da Guasco, fit parvenir cette offre à Gênes et, après la mort de Mahomet II (3 mai 1481), il pressa ses compatriotes de mettre à profit la rivalité des fils du sultan qui se disputaient son héritage les armes à la main. Effectivement, comme ces événements coïncidaient avec la formation d’une coalition entre les puissances chrétiennes contre le Turc, le gouvernement génois conçut le projet de s’y joindre et d’expédier quelques navires dans la mer Noire, tandis que des troupes mercenaires pénétreraient en Crimée par la Pologne. Deux agents s’y rendirent par la voie de terre pour y préparer le terrain; ils se nommaient Lodisio Meschi et Bartolommeo Fregoso. Le khan de Crimée, à qui ils devaient faire connaître les intentions de leur gouvernement, répondit à leur demande d’audience par une lettre des plus amicales (30 déc. 1481); la population chrétienne, dans laquelle Us devaient nouer des intelligences, se montra pleine de bonne volonté; enfin on comptait sur Zaccaria Ghizolfi, encore errant aux alentours de la mer d’Azov et qu’on

ehrùtianorum eastetla, les deux quartiers fortifiée des Génois et des Vénitiens à Tana); Hiechow, Trael. de duabus Sarmatiiê, U, 2.

' Hieron. de Harinis, dans le Orttr.

the». ital., I, 1, p. 1436; Comelis Cruis, Niete Pas Kaart Boek behelsende de groote ritrier Don of Tanaïs. Amsterd. s. a.

fol. 10, cité dans Huiler, Satnml. rues. Oeseh., Il, 86.

' Bronior., p. 10; Demidoff, Seüi- in die Krim, trad. Neigebaur, II, 116.

’ Broniov., p. 9. H. Siestrzencewicx (p. 338) raconte, d'après une source arménienne, qu’à sa rentrée de captivité HengU-Gueraï fit massacrer tous les Génois qui se trouvaient encore dans le pays. Il avait, paraîtrait-il, à se venger d'un gouverneur génois de Vieux -Krim (Solgat):

mais les Génois n’ont jamais possédé cette ville et, d'un autre côté, Mengli avait donné anx Génois trop de preuves d'amitié pour que cette anecdote soit croyable.

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