VI. Chyjyre
core, aboatirent à la guerre connue sons le nom de guerre de Ckioggia. Dès qn’elle éclata, Pierre II adhéra à la ligue formée entre Bemabo Visconti, duc de Milan et le doge de Venise pour combattre Gfênes sur terre et sur mer.* Fort de cette alliance, que devait confirmer encore son mariage prochain avec la princesse Valentine de Milan, il alla avec une armée mettre le siège devant Famagonste. Les galères vénitiennes qui amenaient la princesse (1378)* appuyèrent ses opérations sur mer, comme il avait été convenu dans le traité II s’en fallut de peu que cette attaque combinée ne réussit, mais, finalement, Pierre dut renoncer à Pentreprise. • C’était lui qui avait rompu la paix; son échec empirait encore sa situation: il n'avait plus qu’à attendre d’un jour à l’autre les effets de la vengeance de Gênes. Suj' ces entrefaites, les autres puissances belligérantes avaient accepté la médiation d’Amédée VL comte de Savoie, et elles étaient arrivées à conclure une paix solide (traité de Turin, 8 août 1381). Comme Amédée n’avait accordé qu’un délai de quinze jouis pour la réunion des plénipotentiaires, le roi de Chypre s’était trouvé dans l’impossibilité absolue de se faire représenter aux conférences;* les ambassadeurs de Bemabo, son beau-père et ceux de la République de Venise avaient fait de vains efforts** pour le faire comprendre dans le traité de paix. Ce fut sans doute le motif pour lequel le duc de Milan cessa de prendre part aux négociations. Les Vénitiens, n’ayant pas les mêmes raisons pour insister, ne firent pas de cette admission une condition sine qua non; Amédée, quoique médiateur, n’insista pas davantage, et, de la sorte, Pierre se trouva abandonné à la vengeance de Gênes,® ce
223 — S36; Dandolo, p. 443; Sanuto, Vite dei dogi, p, 679.
' Mas Latrie, H, 370 — 372; Commtm.
rtg., m, p. 136, n“ 49; p. 138, n» 51 et a., p. 142 et g., n“ 72.
’ Pour l’époque de leur départ, Toy.
Oiio, DoeumerUi dipUmuUici tratti dagli arehitj Uiianeti, I, 197 et s., et Mas Latrie, H, 373.
* Dandolo , p. 444 ; Sanuto , p. 681 ; Chron. Tarvis., dans Murat. SS., XIX, 761; SteUa, p. 1109.
‘ Caaati, 1. c., p. 175 — 179. Il est mi que les Chroniques de Saroye (Mon.
kilt. pair. Script., I, 361) affirment 1a présence d’ambassadeurs du mi de Chypre aux conférences de Turin, mais elles eu disent autant pour des ambassadeurs de l'empereur grec et cette dernière asser-
tion est certainement inexacte. Tout au plus serait-il possible d’admettre que les agents du duc de Milan aient prétendu figurer, en outre, comme plénipotentiaires de son gendre, mais que les autres puissances aient refusé de les reconnaitre en cette qualité. Le mieux est, d’ailleurs, de citer, sur ce point, le texte même de
l’instrument de paix : “cum Petrus
rex Jérusalem et Cypri non vene-
rit nec transmiserit aliquem procuratorem pro ipso cum idoneo et sufficienti mandato ad tractatum pacis presentis cum Januensibus faciendæ,’' etc.
* Mas Latrie, II, 378 et s.
* Woy. & ce sujet les remarques du chroniqueur Chinazzo, dans Murat., S8., XV, 802, et la lettre de reproches, écrite par Bemabo à Amédée, dans Cibrario,
412 Troisihne période. — Décadence du commerce du Levant.
qui n’était peut-être pas très loyal de leur part; les ambassadeurs génois ne manquèrent pas de le présenter comme persistant à se maintenir sur le pied de guerre et réclamèrent de Venise la promesse de ne s’immiscer en rien dans les affaires de Chypre tant que cette situation se prolongerait: ceux de Venise eurent encore la faiblesse d’y consentir.* Toutes les tentatives faites par la suite pour amener la conclusion d’une paix séparée entre la République de Gênes et Pierre II restèrent sans résultat* Par bonheur pour ce dernier, les Génois avaient dû employer toutes leurs ressources dans la deimière guerre et ils en sortaient épuisés à un tel point qu’ils n’avaient aucune hâte de régler leurs comptes avec lui. Il mounit (1382) avant que la République eût suffisamment réparé ses forces pour lui faire éprouver le poids de sa vengeance. Mais Jacqueji 1er, son successeur, était à Gênes comme otage. Avant de le laisser partir, on exigea de lui la cession de Famagouste avec un territoire de deux milles de rayon et une renonciation absolue à tous ses droits sur la ville (nihü juris in se rdenio) ainsi qu’à tous les revenus qui s’y percevaient encore au nom du rei.* Après avoir été un simple gage entre les mains des Génois, Famagouste devenait sa propriété régulière. Mais la dette subsistait et la république exigeait un autre gage: elle se lit livrer en remplacement de Famagouste un autre port chypriote, celui de Cérines; cependant, tout en le fai.sant occuper, elle consentit à laisser au roi la jouissance de la juiidiction et du revenu des impôts.*
Dorénavant, Gênes pouvait jouir de la possession de Famagouste sans restriction et dans toutes les conditions de stabilité désirables. La République y était représentée par le podestat, faisant les fonctions de gouverneur, et, pow bien marquer à tous les yeux la hante importance de sa situation, on lui donna le titre plus sonore de Capitnneu.s d potestas.^ D ne paraissait plus en public qu’avec un déploiement de pompe extérieure preportionné à sa haute dignité; nous en avons pour témoin le voyageur Stephan von Gumppenberg; il note dans
Storia delta monarchia di Ikircga. III.
363 et s.
' Ca.sati, p. 153, 191, 931; Lib. jur.,
’ Cibrario, I. c.. p. 261; Mas Latrie, II, 379.
* Cependaut les couleurs royales couliuuèreut de flotter à côté des couleurs iféuoisea: c’était Tunique signe qui rappelât encore la royauté.
‘ Ou trouve le texte de ce traité du 19 févr. 1383, dans Sperone, Real gran-
dexxa di Uenora, Uenova, 1669, p. 116 — 137; Machairas (p. 337 et ss.) etStrambaldi iMas I.atrie, II, 395) en indiquent les clauses avec trop peu d’exactitude.
Far exemple, dans le texte du traité il n’est nullement question d’une clause de rachat éventuel de Famagouste par le roi; cependaut elle y figurerait, à en croire .Strambaldi.
* Mas Latrie. II, 402 , 482. 496; III.
60; Casati, Ixi guerra di Chioggia. p. 90 et 8.