‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 122 sur 251 · VI. Chypre · texte numérisé non relu

VI. Chypre

sa relation que, lorsque le gouverneur se rend k l’église, il est précédé de deoi trompettes et d’un écuyer portant une épée, comme un prince.' La hante protection du podestat s’étendait au delà de Famagouste et de sa banlieue, à tous les Génois établis sui' un point quelconque de l’île. Les consuls génois recevaient leurs instructions de Famagouste: il est à ci-oire qu’il y en avait dans plusieurs villes du royaume; en tout cas, pour Nicosie le fait est certain.* En dehors du cas d’une ambassade spéciale, tontes les affaires à traiter avec les rois de (’hypre passaient par l’intermédiaire du Capitaneus de Famagouste ou, exceptionnellement, par celui du consul de la résidence royale. Ces affaires embras.saient les questions touchant d’abord aux intérêts de la République en général, puis à ceux d’un grand nombre de particuliers et de corporations de Gênes. Nous avons vu, par exemple, (lue la grande expédition commandée en 1373 par l’amiral Pietro de Campofregoso n’avait pu être organisée que grâce au concours des capitaux privés, dont les propriétaires avaient pris à leur charge tous les frais de l’armement; des armateurs, des marchands, des capitalistes grands et petits, des églises, des monastères avaient donné leur argent et constitué une solde de société par actions { Maona di Cipro ) dont chaque membre avait droit à une part des bénéfices de l’entreprise, proportionellement à son apport.* De même, en 1383, quelques armateurs avaient éciuipé à leurs frais les galères chargés d’escorter Jacques 1"' en Chypre, et on avait attribué à chacun d’eux mille actions nouvelles dans la société.' Enfin, en 1403, quand on eut décidé une nouvelle expédition en Chypre, destinée à réprimer les attaques incessantes du roi .Tanus contre Famagouste, quelques particulieis en prirent encore les frais à leur charge et formèrent une deuxième société par actions qui prit le nom de «ora Maona Cypri, par opposition à l’ancienne, qu’on désignait sous celui de Maona vetm.^ Comme c’étaient les Lusignans qui occasionnaient toutes ces dépenses, il. s’agissait de se les faire rembourser par eux: les deux sociétés furent donc considérées comme créancières des rois de Chypre et, en cette qualité, elles eui’ent des receveurs ( massarii) ^ à elles, chaigés d’encaisser les sommes versées par les percepteurs royaux et de les expédier à Gênes. Le réglement des échéances était l’objet de négociations incessantes entre Gênes et Chypre et donnait fréquemment lieu à un échange de dépêches plus ou moins désagréables, car si d’une part la dette imposée aux rois, déjà très lourde en temps ordinaire, devenait absolument écrasante en cas

' Beygtburh det heil. Ixindes. fol. 243. »u Terso.

’ Mas L*trie, III, 26, 46.

’ Ibid. U, 366 et ss.

‘ Ibid, n, 406, 413.

* Ibid. U, 368 , 466 et ss., 482 , 497, 514 et s., 521 et s.

• Ibid, n, 406; ni, 46.

414 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant .

de mauvaises 'récoltes ou à la suite de quelque descente des Sarrazins, d’autre part, -à Gênes, beaucoup de gens se trouvaient réduits à la misère quand les dividendes de Chypre n’arrivaient pas.' En dehors de cette question, les matières à discussion rentraient surtout dans le domaine de la justice et de la police maritime. Âu point de vue du commerce, tout tournait autour d'un seul point, point de la plus hante importance, il est vrai, et sur lequel Gènes n’entendait pas céder d’une ligne. Jusqu’à l’occupation génoise, Famagouste avait été, de fait, le principal centre du commerce de Chypre; après l'occupation, Gênes profita de sa supériorité morale pour arracher aux rois la promesse de n’ouvrir au commerce, dans rae, aucun anti-e port que celui-là.’ Seuls, les objets de consommation, les esclaves et les bestiaux devaient dorénavant être librement admis dans les autres ports de l’ile, à l’importation et à l’exportation; les restrictions imposées par les Génois ne visaient pas d’ailleurs le cabotage entre les différents ports de l’île; en outre, ils consentaient à faire une exception à la règle générale en faveur du port de Lamaca (in loco Salinarum), pour l’exportation du sel, et de celui de Limisso, ainsi que de quelques autres, pour l’exportation des caroubes; enfin, le port de Cérines, sur la côte septentrionale de l’île, conservait le droit de trafiquer avec la côte d’Âsie-Mineure,’ en raison de son voisinage. De la sorte, en vertu des traités, à l’exception de ce qui était laissé au petit et au grand cabotage; tout le commerce se trouvait concentré à Famagouste. On comprend ce que cette situation avait de pénible pour les rois; la ville même de Nicosie, leur résidence, en était réduite à ne pouvoir rien importer ni exporter que par l’intermédiaire de Famagouste. Mais Gênes se montrait inflexible pour tout ce qui pouvait porter atteinte à son monopole.' La seigneurie de Venise fit représenter à Janus à quel point cette clause des traités conclus avec Gênes, lésait les intérêjts vénitiens et les privilèges qui leur garantissaient la

' Uas Latrie, II, 4S2, 62S; Sperone, Real grandexxa d% Qenota, p. 161.

’ Ce monopole semble déjà stipulé, en faveur de Famagouste, par la clause ciaprès du traité de 1874: “quod non posait tieri portus in aliqua parte insulœ Cypri niai more aolito“ (Lib. jur., II, 809). Le traité de 1383 est plus positif encore.

’ Sperone, 1. c., p. 123. Hacbairas (p. 342) donne une autre explication de cette clause: {t'ia tÙ f^i/orrrcu àaov

rijv Tm'^^K^av rà ai^ivyoïte rrjp Kfÿijrtlar ôncux oneUtuç tirai ànov t *Ayiàntv

Kcù ajtârrt (Ua rà l^/orrrm liç rt^r Kiur^~ Vilar rai ^i»jd^r jzijyairorr ovSl il^ rô T^^Jir ovàl ihi rr^r fhrtaylar oril ili rhr “Ayior EvlUftp’," c. à d. : “tous les navire» partis des ports de l'Asie-Hinenre, aitnét à l'ouest de Lajazzo, ne pourront faire escale que dans le port de Cérines: U leur est interdit d’entrer dans ceux d'.tkrotiri, de Pendaia et d’Hagios Xiphès.“ Ces trois derniers sont de petits ports de la côte septentrionale (cf. Mas Lvtrie, H, 396; m, 80).

* Mas Latrie, H. 403, 478. 496; m, 37,

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