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moment où il prenait la ferme générale des douanes de Famagouste, conditions également imiwsées, sans doute, à ses prédécesseurs et à ses successeurs. H est stipulé dans le contrat que les Vénitiens n’auront pas à payer, à l’entrée et à la sortie, d’autres droits que les Génois euï-mémes, soit 1 “/o. même */» ®/o seulement pour l’or, l’argent et les pierres précieuses ; pour les sujets des autres nations en général, le taux en vigueui’ jusqu’au jour de l’entrée en fonctions du nouveau fermier ne sera pas surélevé; pour les Catalans et les Provençaux, il s’en tiendra au tarif réglé d’un commun accord avec eux en 1390; ‘ ce tarif n’est pas parvenu à notre connaissance. On peut admettre, cependant, qu’en signalant les exactions, les mesures arbitraires, les vexations de toutes sortes que la nation dominante se permettait dans une foule de cas à l’égard de ses rivales, le chancelier ne formulait pas des accusations absolument sans fondement: nous en donnerons tout à l'heure des preuves en ce qni concerne les Vénitiens. 11 y avait bien encore, dans le royaume de Chypre, certains ports où les navires de nationalité autre que la nationalité génoise auraient pu aller feire escale; mais, comme nous l’avons vu, les traités ôtaient aux rois de Chypre la faculté de les ouvrir au commerce des Occidentaux. Heurei^ment pour ces derniers, les anciennes prohibitions de trafic avec l’Égypte et la Sjrie tombaient de plus en plus en désuétude et ils en profitaient pour fréquenter à nouveau les places .spécialement affectées autrefois au commerce des épices. D en résulta qu’un grand nombre de marchands étrangers k Gênes abandonnèrent le marché de Famagouste et donnèrent la préférence à Beyrout, à Dama,s, à Alep, à Alexandrie, soit comme but de leurs voyages, soit pour y fonder des comptoirs.’ Si Famagouste ne se ressentit pas de ce changement dans la mesure indiquée par Phil. de Maizières, il est cependant certain qu’elles y perdit beaucoup.
Nous avons vu quelles avaient été, pour les Vétiüiem, les suites de la prise de possession de Famagouste par les Génois. Le gouvernement de la République avait décrété le rappel de la colonie et du baile, et il n’y avait laissé que deux sergents commis k la garde de la maison du baile et de la maison commune. En 1378, il se décida à retirer ce décret,’ mais la guerre de Chioggia était dans son plein et le moment n’était rien moins que favorable à une reprise sérieuse du trafic. Cette situation se prolongea jusqu’en 1381; la paix de Turin rétablit alors
' Mas Latrie, III, 787 et n.f.
’ PUoti, p. 366 et 8. Ulric Léman iCod. gerni. .Voiiar., n" 692, p. 46) confirme le fait de cette émigration et la aignale avec regret, parce qu'elle place le» roarcbaiid.8 occidentaux dan.s la dépen-
dance de.s musulman.^. Hachairaa dit, de 80U côté (p. 49), qu’après la mort de Pierre 1“', tout le trafic commercial s’est détourné vers la Sjrrie et que ce sont les Sarrasins qui ont profité de ce déplacement.
" .Mas Latrie. II, .364.
418 Troisihuc période. — Décadence du commerce du Levant .
la liberté de la circulation. Au cours des négociations préliminaires, la République génoise avait rejeté, sous divers prétextes, toutes les demandes d’indemnités présentées par des sujets vénitiens poui‘ faits se rattachant à l’expédition de Campofregoso;* mais les conditions de la paix une fois arrêtées, elle promit de laisser toute liberté de trafic aux sujets vénitiens qui voudraient fréquenter le port de Famagouste et de les traiter, au point de vue des droits à payer, sur le même pied que ses propres sujets. =* Nous avons vu qu’elle tint sa promesse. Malheureusement, à Famagouste, les capitaines génois n’entraient pas toujours dans ces vues et il leur arrivait encore assez fréquemment de brutaliser les marchands vénitiens et de prononcer contre eux la confiscation d’une fa^on toute arbitraire.* D faut ajouter cependant que, dans les deux cas de ce genre qui sont parvenus à notre connaissance, les victimes de ces abus ayant porté à Gênes leurs réclamations, les autorités y firent droit Les conflits entre Génois et Vénitiens se renouvelaient si fréquemment que, pour- y mettre fin, les autorités vénitiennes interdirent à plusieurs reprises, en 1401 et en 1408, aux patrons de navires et aux marchands, d’aborder en Chj'pre et de faire des achats à Famagouste.* Les rois de Ch>i)re eux-mêmes, depuis qu’ils étaient réduits à une dépendance humiliante à l’égard de Gênes, cherchaient mainte chicane aux Vénitiens;* ils refusaient, par- exemple, de les laisser rentrer en jouissance de leurs anciens privilèges, et prétendaient leur faire supporter les nouveaux impôts établis à la suite de la gueire contre Gênes.® Les agents diplomatiques vénitiens multiplièrent inutilement leurs démarches pour faire rendre à leure concitoj'ens la jouissance intégrale de leurs anciens droits; ils n’y arrivèrent jamais complètement, car la liberté absolue du trafic en faisait partie et elle était supprimée au détriment de toutes les puissances autres que Gênes, par le fait du monopole assuré à Famagouste. Dans un nouveau traité conclu avec Gênes, le 9 décembre 1410, le roi Janus ayant encore laissé introduire la clause qui lui interdisait d’ouvrir au commerce, sur tout le territoii-e de Chypre, aucun autre port que celui de Famagouste, la République de Venise affecta de voir* un défi dans cette disposition et menaça de dissoudre entièrement sa colonie dans un délai de neuf mois, k moins que le roi ne décrétât une exception pour la nation vénitienne tout au moins. Elle ne donna à ses colons l’autorisation provisoire de rester que le jour où il eut envoyé un ambassadeiu’ k Gênes pour négocier un arrangement
' C«sati, p. 186 et s., 233 — 325.
’ lÀb. jur., n, 873.
' M. de Mas Latrie (U, 402 et s.) cite deux faits de ce genre, arrivés en 1890 et en 1398.
* Mas Latrie, II, 465; Sathas. Doc.
II, 209 et 8.
‘ Mas Latrie, U, 400, 403.
• Itid. n, 406, 416 et ss.