VI. Chÿpre
autem- ajoute que, précisément en cette même année 1372, Pietro da Vecchiano est parti pour Famagouste où il est allé occuper le poste de consul pisan en Chypre. Le fait est confirmé d’une manière générale par les livres de comptes de la ville de Pise;* on y relève deux notes relatives à des paiements faits à Pietro da Vecchiano, au moment de son départ lK)Ui- aller occuper le poste de consul à Famagouste; elles portent les dates du 17 juillet et du 17 août 1373. U’autre pai't, comme un décret du 19 mai 1373 désigne pour le poste de consul en Chypre un autre personnage nommé Moni del Sellario,- il semble qu'on se heurte là à une contradiction. Le seul moyen de sortir de cette difficulté est, à mon avis,' d’admettre que ce dernier avait refusé sa nomination et que Piètre da Vecchiano fut dé.signé à sa place, auciuel cas il serait parti, non pas en 1372, comme le dit Tronci, mais en 1373, comme le rappoi'te Roncioni.’* Quoi qu’il en soit, il est certain que le consulat pisan existait encore à Famagouste au commencement du XV“ siècle et qu’à cette époque la loggia des Pisans .se faisait remarquer par sa beauté entre toutes celles des Occidentaux.^ — Florence jouait alors déjà, à l’extérieur-, un rôle plus crmsidérable que Pise. Deux des rois de Chj-pre, .Jacques I*" (1382— 1398) et Jacques II, le Bastard (1460 — 1473), lui firent l’honneur- d’accorder de letrr propre mouvement à ses marchands des faveur-s spéciales, afin de les encourager à fréquenter- l’ile de plus en plus. Par- cette mesur-e, torrs dettx comptaient imprinrer un nouvel essor- au commerce. .Jacques II avait, d’ailleurs, des motifs spéciatrx de sympathie poutcette république, car- trn Florentin, nommé Janozzo Salviati,* l’avait fidèlement servi à l’époqtre où il défendait sa corrronne contre ses compétiteur-s. Les Florentins lui témoignèrent leur r-ecorrnaissance en multipliant leurs relatioirs commerciales avec son r-oyaume. En 1465. ils demandèrent l’exemption des droits de pavillon et de port pour les marchandises que leur propriétaire devait réexpédier faute d’avoirti-ouvé acheteur- en Chypre; on peut être certain que leru- pétition fut bien accueillie.^ Sauf plus amples renseignements, les sout-ces flor-entines ne noirs font connaître qu’un nom de consul florentin en Obj-pre: Mario Squarcialupi.’ — Montpellier et les Catcdans n’avaient l»as cessé d’avoir leur consulat à Famagouste; nous en trouvons la preuve dans des documents portant nomination à ce poste pour les
' Note (le Bouaiui eur le passage de Koncioni cité au ]>eu plus loin.
’ Bibl. tic l'École de* chutic*, 1874, p. 106 et s.
• Roncioui, Istorie Biaam (Areh. *lor.
Uni.. VI. 1), p. 913.
* Piluti. p. 366.
‘ Uoe. *uUe reku. to*e., p. 142 et s., 191 et 88.: voir égalemeut le second de cea documenta dans Mas Latrie, III, 154 et 88.
" JMk. siMe relou, tosc., p. 203 , 206; cf. Amari, IHpI. arab., App.. p. 41.
' Mas Latrie, ni, 286, not.
422 Troifième période. — Décadence du commerce du Lecani.
années 1381 (Montpellier),* 1416 et 1429 (Barcelone).* En 1416, le personnag:e nommé au poste de consul catalan à Famagouste par les autorités de Barcelone était un Génois nommé Raphaël de Podio: cette particularité pourrait donner à. croire que le port était fi'équcnté par la marine marchande catalane, mais que la colonie n'était plus assez nombreuse pour fournir un consul. Ce serait une erreur, car il est dit expressément dans le brevet que le Génois eu question aura à exercer les fonctions administratives et judiciaires qui lui sont confiées, non-seulement à l’égard des nombreux ( quamjüures ) voyageurs catalans qui traversent Famagouste,* mais aussi à l’égard de ceux qui y résident 11 ne manque pas d’autres témoignages qui démontrent l’existence de cette colonie. Ainsi, en 1387, l’agent d’une maison de commei’ce catalane momrait en Chypre laissant des mai-chandises et d’auti'es biens; en 1436, le même cas se représentait pour un bourgeois de Bai-celone: chaque fois, les propriétaires ou héritiers légitimes ayant dû faire le voyage de Chypre pour régler leurs affaires, les autorités de Barcelone leui- remirent au dépai-t des lettres de recommandation.* Enfin, on connaît par diverses relations une famille catalane du nom de Fener, dont les propriétés, situées à Colossi près Limis.so, lurent dévastées par des corsaires turcs en 1434.*
Ainsi, l’ile de Chyjjre et Famagouste eu pai'ticulier étaient toujouis le rendez-vous de marchands de différentes nations, mais l’affluence diminuait à vue d’œil. Le chiffie de la population décroissait également'’ et, dans le budget de la ville, les dépenses dépassaient de beaucoup les recettes. En 1447, une députation de bourgeois de Famagouste, envoyée à Gênes pour exposer au gouvernement le mauvais état des finances de la ville, attribuait cette situation à la mauvaise administration d’anciens fonctionnaires.* Quelques années plus taixl, on rejetait tout le mal sur un nouvel impôt, établi en 1446, et l’on disait qu’il avait fait du tort à la ville en effarouchant les marchands et les mainns.» Nous avons fait voir que la véritable cause de l’état d’abandon et de l’appaumssement de Famagouste était dans le monopole stipulé en faveur de Gênes ;
' StM Latrie, II, 2t>8, uot.
’ Ibid. III, 800 et 88.; Ca]«iiauy, Mémorial, II, app., p. 69, «1.
‘ Des bâtiments mettent â la vuile à Barcelone pour Chypre, en 1393 et en 1394; voy. Caimany, 1. e., p. 63, 64. Des marchands catalans livrent des marchandises à .lacques II et reçoivent du sucre eu paiement (1468): Mas Latrie, 111, 220.
* Capmany, II, 176 et s., 223.
* Sauuto, J'ite dri diuji. p. 1037.
" Le jiéleriii .Stephan von Giimppenbers dit (1449) que c’est â b'amagouste ((u'ou voit les plus belles maisons, mais qu'elles sout “einisl uiid mist“, vides et désertes; voy. Keyssbufli des hcil. Landes (1584). fol. 243, an verso.
' Mas Latrie, III, 36.
" Ibid, ni, 57.