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il était tellement odieux aux autres nations commerçantes, qu’elles préféraient aller plus loin, à Be3m>ut ou à Alexandrie. En 1447, le gouvernement génois crut avoir trouvé le remède au mal qui rongeait cette colonie en en confiant l’administration à l’office de S. Georges devenu plus tard célèbre sous le nom de banque de S. Georges, Nous connaissons • déjà cette société de fermiers généraux; depuis 1408, l’ancienne mahone de Chypre avait opéré sa fusion avec elle.* L’espoir que l’on fondait sur l’habileté éprouvée des financiers placés a la tête de la société fiit déçu par les événements: le traité qui leur cédait l'administration de la colonie avait été passé i>our une durée de vingt-neuf années, mas il ne jouirent de leur baile que pendant dix-sept ans. En effet, ce que n’avaient pu obtenir plusieurs rois de Chj-pre, ni pai- la force des armes, ni par des machinations soigneusement ourdie.s, ni par des offres de rachat,* Jaajues II le Bastard le réalisa par son énergie personnelle et par ses talents militaires. Après un siège prolongé, il fit tomber les défenses de Faniagouste et réunit de nouveau cette place à son royaume (1464).* C’était la ruine du prinlége défendu avec tant d’acharnement par les Génois. Jacques ne le renouvela pas,^ car il n’avait aucun motif pour favoriser Famagou-ste au détriment des autres ports de l’ile.
Si grand que ffit le service rendu par Jacques II au royaume eu l'econqaérant une ville qui en était détachée depuis plus de quatrevingt dix ans, il n’en était pas moins un nsurpateui’, et il sentait le besoin de se consolider sur le trône pai‘ une alliance avec une grande puissance. En 1466, il fit son rapprochement avec la république de Venise:* il promettait, bien entendu, de faire aux marchand vénitiens le meilleur accueil à Famagouste; mais, pour mieux prouver encore sa bonne volonté, il demanda à la Seigneurie de lui choisir une épouse.
La Seigneurie lui désigna d’aboixl une princesse de la famille impériale de Byzance, fille du despote de Morée. Mais peu de temps après, apprenant qu’un riche patricien de Venise, établi en Chypre, Andrea Cornaro avait recommandé au choix du roi sa nièce Catherine, elle adopta cette idée, que peut-être, d’ailleurs, elle avait suggérée elle-même, et mit tout son zèle à la faire aboutir: c’était effectivement une combinaison des plus favorables aux intérêts de la République. Jacques II donna son consentement, et les négociations préliminaires s’ouvrirent sur le champ;
' Mas I..atrie, II, 483 et »s. ; III, 34 et ss.
’ .Sur ces offres de rachat, voy. Bibl. de l’Éeole des chartes, 1874, p. 130 — 133.
‘ Il ue prit poasessiou de la ville que le 29 aofit (Georg. Bustron, daus Sathas, II, 489), tandis que les conditions de la capitulation avaient été signées dés le
6 janvier (Flor. Bustron., dans Mas Latrie, m, 170 et SS.); le motif de ce retard est resté iuex]iliqué: voy. les remarques de M. de Mas Latrie (III, 128, not.. 170, not.).
‘ L'argumentation de M. de Mas Latrie (HI, 486 et s.) est irréfutable.
‘ Mas Latrie, III, 173 et ss.
424 Troiftihiw fu'^iodr. Di’cmleiirr tin cmiiiiwrcr du Tjermtf.
il est à croire que l’empressement avec lequel le roi confirma, eu 1467, les privilèges des Vénitiens dans l’ile, et le zèle qu'il mit à satisfaire les réclamations de la République et de quelques particuliers ‘ n’y étaient pas étrangers. Les fiançailles eurent lieu l’année suivante par procuration. Entre temps, le roi avait changé d’idée et l’accomplissement de cette formalité ne l’empécha pas de chercher ailleurs une épouse. Mais la République avait le moyen de le contraindre à tenir sa parole. Elle fit prévaloir ses tities d’alliée et de i)rotectrice pour exercer sur lui une pi-ession salutaire,’ et, comme elle n’oubliait jamais les intérêts de son commeree, elle profita de l’occasion pour lui arracher une nouvelle faveur, l’exemption des droits d’entrée et de sortie pour les maichandiscs vénitiennes qui ne faisaient que passer par File en transit* A l’automme de 1472, le roi consomma définitivement son union avec sa fiancée, mais elle ne fut pas de longue durée: il mourut dans la nuit du 5 au 6 Juillet 1473 et son fils posthume ne vécut qu’une année. La Seigneurie laissa iK*.ndant quelque temps sa veuve jouir des apparences du pouvoir, mais, en 1489, elle la contraignit de céder File à la République et de se retirer à Venise poiu- y vivre dans la retraite.
Ainsi, les occupations étrangères se succédaient enOhjqire: une des puissances commerciales de l’Occident avait ouvert la série en occupant le principal port de File: une autre la remplaçait, mais elle mettait la main sui- File tout entière. Cependant, il n’entrait nullement dans ses \Ties de faire de Famagouste le centre de son commerce dans le Levant et les galères vénitiennes continuèrent à rtsiter régulièrement le port de Beyrout d’une part, celui d’Alexandrie de l’autre.^ Tant que l’accès de ces deux ports ne leur était pas absolument fermé. File de Chypre n’était et ne pouvait être qu’une station intermédiaire eomraodément située. Mais, avec des souverains aussi violents que les sultans d’Egj'pte, les occasions de conflit pouvaient naître à tout moment, et les marchands vénitiens pouvaient se trouver pour un temps dans l’impossibilité de séjourner soit en Egj'pte, soit en Syrie: dans ce cas. File de Chjq)re leur oflrait un refuge à peu de distanee du théâtre de leurs opérations commerciaies et l’on pouvait, de là, les continuer tant bien (pie mal, en attendant des conjonctures plus favorables. Le gouvernement de Venise s’était proposé de concentrer dans sa main puissante tous les points des pays du
' Mas Latrie, III, 176 et sa.
’ Ibid. III, 307 et »s.
’ Ibid, m, 319.
' Malipieru, Anmtli lene/i'tdiiusrylrcfiir. slor. ital., VII): ce chroniqueur «'occupe avec uu suiu tout «péciul de« mouvementH des sralère» de commerce véni-
tiennes: il mentionne, pendant les dix dernières années du XV» siècle, beaucoup de départs pour Beyrout et .Alexandrie et pas un seul pour Chypre; le seul qui soit indiqué, p. 613, remonte au régne de Jean II de Lusignan (1457).